SUR UN POËTE APPARU EN 1820

Mai 1820.

I

Vous en rirez, gens du monde, vous hausserez les épaules, hommes de

lettres, mes contemporains, car, je je vous le dis entre nous, il n'en

est peut-être pas un de vous qui comprenne ce que c'est qu'un poëte.

Le rencontrera-t-on dans vos palais? Le trouvera-t-on dans vos

retraites? Et d'abord, pour ce qui regarde l'âme du poëte, la première

condition n'est-elle pas, comme l'a dit une bouche éloquente, de

_n'avoir jamais calculé le prix d'une bassesse ou le salaire d'un

mensonge_? Poëtes de mon siècle, cet homme-là se voit-il parmi vous?

Est-il dans vos rangs l'homme qui possède l'_os magna sonaturum_, la

bouche capable de dire de grandes choses, le _ferrea vox_, la voix de

fer? l'homme qui ne fléchira pas devant les caprices d'un tyran ou

les fureurs d'une faction? N'avez-vous pas été tous, au contraire,

semblables aux cordes de la lyre, dont le son varie quand le temps

change.

Littérature et Philosophie mêlées · 第 11 / 86 题