Derrière l'église Saint-Merry, parallèlement à la rue de Rivoli,
s'étend un quartier hideux, dont on ne pourrait soupçonner l'existence
au centre même du beau Paris. Il y a là un flot de maisons presque en
ruines, et de rues si étroites qu'une voiture n'y pourrait passer, et
si sombres que le pavé y est fangeux en toutes saisons.
Les rues Maubué, du Poirier, Pierre-au-Lard, Brise-miche, Taille-Pain,
de Venise, Beaubourg, etc., peuvent rivaliser, sous le rapport du
délabrement et de l'insalubrité, avec les courettes de Lille et les
parties les plus misérables de la Guillotière.
Les maisons se pressent les unes contre les autres comme des pauvres qui
grelottent. Quelques-unes se penchant sur la rue semblent vouloir se
rejoindre au faîte; d'autres se bombent au milieu comme si elles
allaient s'éventrer. Aux fenêtres, la plupart dégradées, on voit
suspendus des langes ou des lambeaux de linge qui s'essorent.
En bas sont des boutiques sordides où s'étalent les rebuts de la
consommation parisienne.
À l'intérieur, les escaliers s'effondrent, les planchers pourrissent.
Il pleut dans les mansardes; et, dans les charpentes courbées sous le
poids des tuiles, la bise gémit et tousse comme un phtisique agonisant.
Les murailles disjointes laissent écouler une sorte d'humidité
purulente. Les conduits suintent. Les eaux ménagères forment des mares
putrides dans les cours.
Il est telle cage de poutres lépreuses et de plâtras infects où l'on
ne voudrait pas compromettre la santé d'une ménagerie. En comparaison
de ces affreuses demeures, les hôpitaux sont des résidences de rois.
Faut-il s'étonner si, dans ces habitations nauséabondes, la fièvre,
le rachitisme, la phtisie, le typhus, se disputent les malades?
Et personne ne se plaint! Les malheureux qui habitent ces maisons ne
sont pas exigeants, quoiqu'ils payent encore fort cher; mais ils
demeurent là à la nuit, à la semaine, au mois, et, locataires de
passage, ils ne peuvent imposer leurs réclamations. D'ailleurs, quelque
dégradées que soient ces maisons, il y a toujours assez de misérables
qui s'estiment heureux d'y trouver un abri.
Cependant la commission des logements insalubres surveille ces cloaques
avec un zèle incessant. Sans doute elle a produit quelques bons
résultats; elle aura fait fermer quelques caves ou quelques soupentes
privées de jour; mais elle n'a pas pouvoir d'ordonner la reconstruction
des maisons, l'élargissement des rues pour y faire circuler l'air et la
lumière.
On tourne toujours dans le cercle vicieux de la misère. Peut-être la
classe laborieuse qui remplit ces bouges, regarde-t-elle comme un plus
grand mal d'être reléguée au loin que d'habiter un quartier
insalubre, mais du moins central.
Vers l'extrémité de la rue de Venise est un hôtel garni où, dit
l'enseigne, on loue à la nuit ou au mois des chambres meublées
_bourgeoisement._
Geneviève Gendoux et son amie Fossette habitaient au cinquième de
pauvres mansardes froides et désolées; et, pour y arriver, il fallait
gravir un étroit escalier à rampe humide et que des jours de
souffrance éclairaient d'une lueur fausse. Sur chaque palier six ou
huit portes pour autant de cellules se pressaient dans un maigre
corridor. À tous les étages, dans ces trente ou quarante prisons où
l'air manquait, des vagissements de marmots, des chants mêlés
d'invectives et de pleurs faisaient tressaillir les frêles cloisons.
L'âme et les sens étaient également révoltés par ce chaos
d'existences à la fois cloîtrées et confuses, qui se coudoyaient à
travers toutes sortes d'émanations putrides.
Cet hôtel était pourtant l'un des plus luxueux du quartier.
Geneviève, à peu près abandonnée par M. de Lomas, s'était
réfugiée dans ce garni que Fossette habitait depuis quelques mois
déjà.
Rien ne rapproche comme l'infortune. Au bout de huit jours, les deux
jeunes ouvrières s'étaient liées d'une étroite amitié.
Elles avaient accueilli comme une ancienne connaissance la belle
Claudine Bordier.
Madeleine d'abord, en gravissant ce sombre escalier, avait reculé
d'horreur. Mais partout ailleurs Claudine ne pouvait obtenir un trou
sous les combles à moins de douze à quinze francs par mois; et là,
moyennant huit francs, elle aurait assez d'air pour respirer, assez de
jour pour travailler. Enfin elle ne serait pas isolée. Elle aurait une
compagne obligeante qui paraissait honnête et qui promettait de lui
procurer immédiatement de l'ouvrage.
D'ailleurs, entre la rue de Venise à Paris et la rue Terraille à Lyon,
il y avait certes peu de différence.
Depuis huit jours, Claudine était donc installée dans sa position
nouvelle. Elle avait obtenu de l'ouvrage du magasin de lingerie qui
occupait Geneviève. En faisant deux chemises par jour, elle pouvait
gagner un franc cinquante centimes; mais il fallait travailler depuis
six heures du matin jusqu'à dix heures du soir, et soigner l'ouvrage,
ce qui fatiguait les yeux.
Comme remetteuse, Claudine n'était point habituée à un travail
très-régulier: aussi l'état de lingère lui parut-il d'abord
pénible.
Une femme du monde qui prend une broderie ou un ouvrage de tapisserie,
et qui brode en causant, à points interrompus, douillettement étendue
dans un fauteuil, ne peut comprendre combien cette besogne est rude,
triste et ingrate, pour l'ouvrière qui coud tout le jour, qui coud sans
relâche. Cette aiguille, qui le matin paraît si légère, devient bien
pesante à la fin de la journée, et c'est à peine si, le soir, la main
roidie et gonflée peut la tenir.
L'ouvrière a la tête lourde, le cou s'endolorit, ses yeux rougissent,
et, à la longue, l'estomac et la poitrine se resserrent.
Hélas! souvent c'est la faim qui la pousse, cette aiguille. Si
seulement elle donnait toujours du pain à la pauvre fille!
Ce qui soutenait Claudine dans son nouvel état, c'était l'espoir de
voir bientôt arriver Jaclard. Elle avait écrit pour lui donner son
adresse, et, comme il ne répondait pas, elle pensait qu'il ne pouvait
tarder à venir.
Par une belle journée de mars, elles étaient toutes trois réunies
dans la chambre de Fossette, la plus spacieuse, et qui avait l'avantage
de recevoir à midi quelques rayons de soleil.
Elles travaillaient et causaient.
Fossette avait la passion des fleurs: c'était son luxe; sa mansarde en
était pleine. Une humble touffe de primevères s'abritait modestement
sous un superbe camélia. La jacinthe et la violette mêlaient leurs
senteurs.
Ces parfums, ces fraîches corolles, ces trois belles filles, leur babil
plus allègre que le chant des moineaux francs qui sautillaient sur les
toits, répandaient dans cette mansarde pauvre et glacée comme une
chaude lumière, comme un air de fête, un air de printemps.
Fossette était artiste, elle aimait tout ce qui est vraiment beau. De
l'artiste elle avait aussi la mobilité, la gaieté, l'insouciance.
Quelle rieuse que Fossette! Le rire, un rire, franc et mutin, creusait,
dans ses joues pâlies parle travail et les privations, de gracieuses
fossettes. Ces fossettes, c'était toute la physionomie de cette
charmante fille, qui semblait faite uniquement pour le bonheur. Elle
avait encore une fossette profonde au menton, ce qui est un signe de
bonté. Et aux coudes comme aux épaules se modelaient aussi de petits
trous rieurs.
Voilà donc ce qui avait valu à cette jolie fille le surnom de
Fossette. D'ailleurs, enfant perdue ou abandonnée, elle se rappelait
vaguement ses jeunes années, et ignorait son vrai nom.
Fossette avait vingt ans. Quel avait été son passé? Celui de toutes
ces pauvres filles jetées sur le pavé de Paris, sans direction, sans
principes, n'ayant sous les yeux que l'exemple du vice. Bien que son
existence eût été fort tourmentée, si elle avait souffert, sa gaie
philosophie l'avait du moins préservée des grandes douleurs.
Une certaine fierté naturelle et sans doute une triste expérience
l'avaient aidée à sortir du désordre, et à ne demander qu'à son
travail le pain de chaque jour.
Sa beauté n'était pas de celles qui attirent l'attention dans la rue:
c'était le minois chiffonné, mais un peu terne de la Parisienne. Tout
le charme de ce visage résidait dans le jeu de la physionomie, dans
l'expression de ces yeux gris, frangés de cils bruns, et qui
pétillaient d'une douce malice; dans ce nez coquettement retroussé,
aux narines moqueuses, et dans ces lèvres d'un rose pâle, aux coins
relevés, au sourire si fin, si vraiment gai et à la fois si bon.
Elle était de taille moyenne et elle avait l'allure vive et pimpante de
la grisette parisienne. Tous ses mouvements avaient une grâce
naturelle, exempte de prétentions. Coquette et femme de goût, elle
eût porté la soie, les plumes et le cachemire avec autant de
distinction qu'une grande dame; mais n'ayant ni robes de soie, ni
plumes, ni cachemire pour se parer, c'était elle qui parait ses
chiffons. Toutefois, comme elle ne pouvait se passer de luxe, elle
s'achetait des fleurs; et souvent pour son dîner elle ne mangeait qu'un
petit pain d'un sou.
Un connaisseur, un fin connaisseur, un homme d'esprit, pouvait seul
apprécier les qualités féminines de Fossette.
C'était un gracieux tableau que ces trois jolies ouvrières cousant et
babillant à travers un rayon de soleil.
Entre elles le contraste était si frappant!
Geneviève était la blonde fille du Nord, à la figure gravé et douce,
aux yeux bleus, au regard tendre, avec une magnifique chevelure à
reflets d'or; elle était grande et frêle, un peu languissante. Depuis
quelque temps son visage avait perdu sa placidité flamande. Dans ses
traits amaigris on remarquait une expression inquiète, fiévreuse. Ses
yeux brillants, d'un bleu plus sombre, souvent se fixaient dans le
vague. Et son teint, autrefois si pur, offrait en plusieurs endroits des
marbrures maladives.
Quant à Claudine, c'était la beauté plastique dans toute sa
splendeur. Elle était grande et bien développée. Son corps
présentait des proportions sculpturales.
De visage, elle ressemblait à Madeleine. Beaucoup, l'eussent jugée
plus belle. C'étaient ses traits, avec des lignes moins nobles
peut-être, mais plus correctes. Ils n'étaient pas empreints de cette
intelligence à la fois puissante et raffinée, qui caractérisait la
figure originale de Madeleine. Ses yeux noirs exprimaient plus de
volupté que de profondeur. Son front bas, comme celui des statues
antiques, était large et bien dessiné. Le front élevé de Madeleine
appartenait à l'art moderne plus idéalisé. Claudine avait une
chevelure opulente, mais un peu massive. Le menton, quoique
très-régulier, était trop matériel.
Elle avait plus de fierté que de dignité réelle. Son geste et son
attitude avaient l'abandon des femmes élevées dans un milieu où l'on
reconnaît, en fait, sinon en principe, la liberté des relations
amoureuses.
Toutes trois portaient dans l'amour la différence qui se remarquait
dans leur organisation.
Chez Geneviève, ce qui dominait, c'était la tendresse, une tendresse
un peu romanesque, mais exclusive et dévouée. On devinait que l'amour
absorberait sa vie.
Claudine était une méridionale passionnée, impétueuse, révoltée
contre les entraves.
Fossette, elle, c'était la femme de la fantaisie; frêle, mais
nerveuse. Il y avait dans cette mièvre créature des ressorts inouïs;
soit pour lutter contre un obstacle, soit pour satisfaire un caprice,
soit pour se consoler des revers de l'amour.
Que disaient-elles, là, toutes trois? Ce que peuvent dire des jeunes
filles amoureuses; elles s'entretenaient de leurs amoureux.
Malgré ses promesses, M. de Lomas n'était pas revenu. Geneviève
était triste; et, en parlant de lui, des larmes tremblaient au bord de
ses cils.
«Voyons, Geneviève, disait Fossette, faites la risette, et plus vite
que ça. Si tu continues à pleurer ainsi, on ne pourra plus rester dans
ton voisinage. C'est affreusement contagieux, la tristesse. Et moi, si
j'étais deux jours sans rire, j'en ferais une maladie. Est-ce qu'on se
laisse abattre pour un homme qui vous plante là!
--Vous avez raison, appuya Claudine; si Jaclard ne m'aimait plus, je
l'aurais bientôt oublié. Mais, je crois que je le tuerais d'abord.
--Dieu! mesdemoiselles, cria une voix mâle de l'autre côté de la
cloison, vous bavardez que la langue m'en démange.
--Monsieur Robiquet, repartit Fossette, nous vous prions de respecter
notre intérieur.
--Puisque vous me refusez de participer à votre aimable conversation,
dit la voix, je vais chanter.
--Accordé, monsieur Robiquet; vous danserez ensuite si le cœur vous en
dit.»
Robiquet chanta en fausset:
Pour tant d'amour ne soyez pas ingrate....
«À part mon idole, reprit Fossette, et ce brave Robiquet, tous les
hommes sont des infâmes, et ils se prétendent honnêtes! Peut-être ne
tromperaient-ils pas un homme; mais ils trompent une femme sans la
moindre vergogne, et une femme qui les aime encore! Ils n'ont pas de
cœur, mais seulement de la gloriole. Ils n'aiment réellement une femme
que si elle flatte leur vanité. Savez-vous pourquoi ils osent nous
tromper ainsi? c'est qu'ils savent que nous avons intérêt à nous
taire, et que nous n'oserons pas révéler leurs infamies. Non seulement
ils nous trompent, mais encore ils nous exploitent. À quatorze ans, je
servais un vieil écrivassier qui portait perruque, et qui, sous
prétexte que la servante de je ne sais quel grand homme écoutait ses
vers et lui donnait des conseils, me faisait asseoir devant lui pendant
des heures entières pour me lire ses tragédies. Comme je n'y
comprenais goutte, il me maltraitait, et, pour me venger, quand il ne me
regardait pas, je lui tirais la langue. Un jour, il y avait plus de
quatre heures que je me tenais droite sur une chaise à l'écouter; j'en
avais des crampes. Tout à coup il me demande: «Eh bien! comment
trouves-tu cela?--Quoi cela? Votre frimousse ou votre perruque? L'une
portant l'autre, je les trouve affreuses.» Il devint furieux et me
souffleta. Depuis ce moment, je le détestai. Mais je ne savais que
devenir. Et puis il me promettait toujours de me mener au spectacle
quand il aurait une pièce représentée; et je désirais tant voir un
théâtre! Cette pièce ne s'est pas jouée, et jamais ce ladre ne m'a
conduite au spectacle. Je l'ai quitté pour servir un peintre qui
faisait des tableaux. Celui-là était plus gai que l'autre; mais comme
les modèles coûtaient fort cher, il me drapait avec des morceaux
d'étoffe et me faisait rester des journées entières dans la même
position. Avec cela, jaloux comme un tigre, quand il sortait, il
m'enfermait. Toute mon ambition alors était de porter des bottines. Il
m'en promettait toujours et ne m'en dormait jamais. Les arts ne m'ayant
pas réussi, je me jetai dans, le populaire. Je me disais: «C'est là
seulement que je trouverai du cœur, de la franche et bonne gaieté.»
J'aimai un serrurier. Ah! j'en ai vu de belles avec celui-là! Il était
ivrogne et paresseux. Il me battait plus souvent que son enclume, et me
forçait à travailler pour me voler mon gain et le dépenser au
cabaret. Voilà donc les hommes! Des hypocrites qui font de belles
phrases pour séduire les femmes; des brutaux qui les battent quand ils
les ont séduites: en somme, des égoïstes qui ne songent qu'à
satisfaire leurs vices. Après le serrurier, je me mis en garni à mon
compte, jurant de ne plus aimer que les fleurs, et de ne plus habiter
qu'avec elles.
--Et ton _aristo_, cependant? demanda Claudine.
--Je l'aime, c'est vrai, mais je reste libre, c'est convenu. J'ai fait
serment de ne jamais le revoir s'il entreprenait d'attenter à ma
liberté.
--Vous ne voulez donc pas vous marier? demanda Claudine.
--Me marier! mais ce serait bien pis. Se lier pour toujours, autant
les galères, à perpétuité.
--Robiquet est pourtant un brave garçon, fit observer Geneviève.
--Sans doute. Mais impossible devine décider. Monsieur Robiquet,
cria-t-elle de nouveau, assez de musique comme cela! Veuillez maintenant
montrer à la société votre galant museau.»
Robiquet ne se fit pas prier. Il entra aussitôt, le sourire sur les
lèvres; avec l'air gracieux d'un homme qui veut plaire.
«Monsieur Robiquet, ne confondez pas. Je vous ai dit de vous montrer;
mais non pas d'entrer. Mlle Claudine avait oublié que vous avez le nez
en trompette. Maintenant; merci; monsieur Robiquet, vous pouvez vous
retirer.
--Ah! mais non! on ne met pas comme cela un honnête homme à la porte.
Tant pis! Vous m'avez appelé; je m'assieds.
--Vous avez tort, monsieur Robiquet; dit Fossette avec un fin sourire.
Je vais continuer mon histoire, et vous n'y êtes pas flatté. Donc, ma
chère Claudine, vous avez vu cet excellent Robiquet. Depuis près d'un
an, il me harcèle pour que je devienne son épouse devant Dieu et
devant les hommes; comme disait dans ses drames le vieux monsieur à
perruque. Oui, Robiquet est aussi simple que cela; il s'imagine qu'on se
marie par complaisance. Monsieur Robiquet, je vais vous apprendre mon
secret tout entier, et vous satires alors pourquoi je refuse l'honneur
de m'appeler Mme Robiquet. Depuis que j'ai l'âge de raison, je me suis
juré à moi-même de ne jamais épouser un instrument de musique.
--Mes chants vous déplairaient-ils, mademoiselle Fossette? dit
anxieusement Robiquet.
--Non, c'est votre nez en trompette.
--Ah! mademoiselle Fossette, vous regardez mon nez avec des yeux mal
disposés; car on m'a toujours dit: «Avec ton coquin de nez, Robiquet,
tu as tout l'air d'un mauvais sujet.»
--Comme les nez sont trompeurs! reprit Fossette en riant.
--Allons bon! voilà que vous me reprochez ma vertu, à présent?
--Vraiment, j'ai peur que la présence ici d'un pareil mauvais sujet ne
nous compromette, monsieur Robiquet.
--Mais qu'avez-vous donc, Geneviève? s'écria Claudine; comme vous
pâlissez!
--Moi; dit Geneviève qui passa la main sur son front. Oh! ce n'est
rien, un spasme. C'est fini.
--Ce sera vous, monsieur Robiquet, qui l'aurez bouleversée avec vos
airs conquérants.
--Allons, mademoiselle Fossette, je retourne à mes chapeaux; mais,
puisque vous êtes si méchante, je ne ferai plus vos commissions.
--Ah! une idée, monsieur Robiquet, si vous alliez nous chercher des
sucres d'orge, cela remettrait Geneviève. Tenez, voilà trois sous.
--Gardez votre argent, mademoiselle. Vous me permettrez bien de vous
faire ce petit cadeau.
--Vous savez, monsieur Robiquet, repartit Fossette en affectant un air
sévère, que je n'accepte jamais rien des hommes.
--Jamais rien! murmura Robiquet en se dirigeant vers la porte. Et ces
belles fleurs-là que vous apporte tous les huit jours un
commissionnaire....
--Comme tu tourmentes ce pauvre garçon, Fossette, dit Geneviève, quand
Robiquet fut dehors.
--Si je ne le tourmentais pas un peu, il est si bon, qu'il
engraisserait.»