HOFFMAN.

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Un journaliste publia en 1776 une lettre de Sophie Arnould, dans

laquelle cette actrice annonce qu'elle est née en 1744, qu'elle a reçu

le jour dans l'alcove de l'amiral de Coligny, et que cette anecdote est

la seule illustration de sa naissance. On lui répondit fort poliment

qu'elle se trompait sur ces trois points; 1º que son baptistaire datait

du 14 février 1740; 2º que les chambres à coucher des grands seigneurs

du seizième siècle étaient sans alcoves; 3º qu'une actrice de l'Opéra

n'avait pas besoin d'une autre illustration que celle de ses talens ou

de sa beauté.

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La mort du prince de Conti laissa veuves beaucoup de vierges de l'Opéra.

On trouva dans son immense mobilier plusieurs milliers de bagues de

différentes espèces. Son altesse avait l'habitude de constater chacun de

ses exploits amoureux par cette légère dépouille; il fallait que la

femme dont il obtenait les faveurs lui donnât sa bague ou son anneau, et

sur le champ il étiquetait ce bijou du nom de l'ancienne propriétaire.

Quelqu'un parlant à Sophie de cette singulière manie, elle répondit:

«_Je ne vois en cela qu'une allégorie; une femme aimable n'est-elle pas

un anneau qui circule dans la société, et que chacun peut mettre à son

doigt?_»

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Colardeau, dans la vigueur de l'âge, périt victime d'une passion

malheureuse. Il était lié depuis longtemps avec deux filles célèbres

qui, à l'instar de Mlle G., avaient dans leur hôtel un théâtre et

tous les accessoires de l'opulence. Colardeau fit, en faveur de l'aînée,

vivement éprise de lui, un drame en deux actes intitulé: _La Courtisane

amoureuse_; mais cette courtisane[60], ingrate et perfide, laissa à son

favori un souvenir amer de ses embrassemens, et la santé délicate du

poëte en fut altérée au point de périr insensiblement. Au commencement

de cette maladie de langueur, un de ses amis voulant en déguiser la

cause, dit à Sophie qu'il était malade de la petite vérole. «_Bah!_

reprit-elle, _est-ce que vous prenez Colardeau pour un enfant?_»

[60] M. de Bièvre disait que le coeur des courtisanes est comme un

miroir qui réfléchit tous les objets qu'on lui présente, sans en garder

jamais aucun souvenir.

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On lui faisait remarquer les armoiries d'un certain duc connu par le

déréglement de ses moeurs et la nullité de ses moyens. «_Voilà_,

dit-elle, _une affiche bien pompeuse pour une pièce bien médiocre_.»

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Un abbé qui pinçait agréablement de la guitare, fut prié d'accompagner

une romance. Il y consentit quoiqu'il eût la voix fausse. On demanda

ensuite à un musicien nommé _Lemoine_ comment il trouvait que l'abbé eût

chanté?--Parfaitement, répondit-il.--Cela est faux, dit tout bas

quelqu'un.--_En ce cas_, reprit Sophie, _LEMOINE répond comme l'ABBÉ

chante_.

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Elle donnait un repas où se trouva Linguet[61], son conseil et son ami.

A chaque mets qu'on lui offrait, cet avocat répondait modestement qu'il

avait peu d'appétit, et cependant il acceptait tout et mangeait comme un

ogre. Mlle Arnould dit aux convives au moment où Linguet usait encore

de son refrain: «_Vous pouvez en croire monsieur, la_ faim _de l'orateur

est de persuader_.» (La fin.)

[61] Le _maréchal_ duc de Duras était chargé en 1779 de la surveillance

des théâtres. Linguet ayant dans une de ses feuilles maltraité ce

seigneur au sujet de ses vexations contre Mlle Sainval aînée,

celui-ci fit dire au journaliste qu'il eût à s'abstenir de parler de

lui, ou qu'il lui ferait donner des coups de bâton. _Tant mieux_,

répliqua Linguet; _on pourra du moins dire qu'il s'est servi de son

bâton_.

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_Colalto_ était un acteur de la Comédie-Italienne dans le rôle de

_Pantalon_, où il excella pendant vingt ans. La pièce des _Trois Jumeaux

Vénitiens_ rend son nom immortel, et l'on se souviendra longtemps de

l'art étonnant avec lequel ce comédien exécutait et variait ses

différens rôles. On sait que Mlle R. se mettait souvent en homme. Un

plaisant ayant fait courir le bruit que cette actrice allait se marier:

«_Je gage_, dit Sophie, _que c'est avec Colalto, car R. aime beaucoup

les PANTALONS_.»

Mlle Laguerre était fort avare et faisait de temps en temps la vente

de ses meubles et de ses bijoux. Un jour qu'elle procédait à cette

opération, des femmes de qualité marchandèrent divers objets précieux,

et se plaignirent de leur chèreté. «_Il paraît, Mesdames_, leur dit

Mlle Arnould, _que vous voudriez les avoir à prix coûtant_.»

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Gluck[62] a la gloire d'avoir fait en musique ce que Corneille a fait en

poésie; il a conçu, il a créé la véritable tragédie lyrique.

_Iphigénie_, _Orphée_, _Alceste_ et _Armide_ sont des chefs-d'oeuvres

qui ne vieilliront jamais. Cependant le mérite de ce célèbre compositeur

éprouva de violentes critiques. Un Picciniste disait à Mlle

Arnould:--L'illusion est détruite, la musique de Gluck est

tombée.--_Oui, tombée du ciel_, répondit-elle.

[62] Marmontel s'était uni à Piccini pour refaire l'opéra de _Roland_.

Les Gluckistes logèrent le poëte rue _des Mauvaises-Paroles_, et le

musicien rue _des Petits-Champs_. Les Piccinistes prirent leur revanche,

et firent placarder que le chevalier Gluck, auteur d'_Iphigénie_,

d'_Orphée_, d'_Alceste_ et d'_Armide_, logeait rue _du Grand-Hurleur_.

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En 1776, trois nouvelles actrices débutèrent pour le chant à l'Opéra.

Mademoiselle Lambert avait une jolie figure, mais point de talent;

Mlle Sevri faisait de jolies cadences, mais avait besoin de goût;

enfin Mlle Monville possédait une belle voix, mais était gauche au

théâtre. Ces trois nymphes, qui déjà avaient placé leur honneur à fonds

perdu, se promenaient un soir au Palais-Royal. Quelqu'un ayant demandé

qui elles étaient, Sophie répondit: «_Ce sont trois GRACES qui prennent

l'air un peu tard._» (_l'R._)

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Dauberval, célèbre danseur de l'Opéra et compositeur du charmant ballet

de _la Fille mal gardée_, s'était chargé de l'éducation théâtrale d'une

jolie figurante. Un jour qu'elle avait dansé un nouveau pas, Dauberval

dit à ses camarades d'un air satisfait:--Trouvez-vous que mon élève ait

fait des progrès?--Sophie Arnould s'apercevant que l'embonpoint de cette

danseuse s'augmentait chaque jour, répondit aussitôt:--_Une écolière

docile doit profiter à vue d'oeil sous un maître tel que vous._

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Un officier aux gardes nommé de la Roirie devint éperdument amoureux de

Mlle Beaumesnil[63], actrice de l'Opéra, l'enleva à son oncle qui

l'entretenait, et non content de cet exploit, voulut l'épouser. Ce jeune

fou fit part à Sophie de son projet; elle tâcha de l'en détourner, et

finit par lui dire: «_Prenez-y garde, le coeur d'une femme galante est

comme une rose dont chaque amant emporte une feuille; il ne reste

bientôt plus que l'épine au mari._»

[63] Cette nymphe eut la générosité de refuser les propositions de son

amant, qui, de désespoir, se retira à la Trappe: il démentit en cela le

caractère national.

Lorsqu'un objet fait résistance,

L'Anglais fier et vain s'en offense;

L'Italien est désolé;

L'Espagnol est inconsolable;

L'Allemand se console à table;

Le Français est tout consolé.

Arnoldiana, ou Sophie Arnould et ses contemporaines; recueil choisi d'Anecdotes piquantes, de Réparties et de bons Mots de Mlle Arnould précédé d'une notice sur sa vie précédé d'une Notice sur sa Vie et sur l'Académie impériale de Musique. · 第 23 / 27 题