Mlle Levasseur devait à l'art la moitié de ses charmes, et son
cabinet de toilette était un sanctuaire impénétrable lorsque la
prêtresse y opérait ses mystères. Sophie étant allée la voir dans ce
moment critique, une femme de chambre lui dit confidentiellement que sa
maîtresse ne pouvait la recevoir parce qu'elle faisait son visage.
Sophie tire aussitôt sa boîte à rouge, en répondant: «_Portez-lui cela
de ma part, et dites-lui que c'est pour l'achever de peindre._»
* * * * *
Un habitué de l'Opéra se plaignait de ce que les actrices dirigeaient
tout, brouillaient tout et commandaient en despotes dans ce spectacle.
«_Voulez-vous_, dit Sophie, _que ce soient les hommes qui distribuent
les rôles, et qui règnent sur ce théâtre? nommez les femmes directrices;
car tant que les hommes resteront directeurs, ils seront eux-mêmes
dirigés par les femmes_.»
* * * * *
On lui demandait ce qu'elle pensait de l'arcade qui sert de porte à
l'hôtel Thélusson, situé au bout de la rue Cérutti. Elle répondit:
«_C'est une grande bouche qui s'ouvre pour dire une sottise._»
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Louise Contat[59], nommée par les gens de lettres la Thalie de la
Comédie-Française, eut Préville pour maître; elle débuta le 3 février
1776. Une jolie figure, des grâces naïves, un son de voix enchanteur, et
cet art d'être propre à _presque_ tous les emplois, firent sa
réputation. Sophie assistant à la représentation d'un drame où cette
actrice était fort déplacée, riait continuellement, et disait à ses
voisins qui s'étonnaient de cette gaieté folle: «_Je ne cesserai de rire
que lorsqu'elle me fera pleurer._»
[59] A Mlle Contat, jouant le rôle de Thalie dans _la Centenaire_ de
Corneille:
A voir tous les Amours voltiger sur vos traces,
A cet air enchanteur, à ce ton séduisant,
On croirait que Thalie a cédé son talent
A la plus belle des trois Grâces.