VIGÉE.

* * * * *

Le singe de Nicolet attirait tout Paris par la gentillesse de ses tours;

on lui fit parodier fort ingénieusement la maladie de Molé et tous les

ridicules qui s'en suivirent. Il parut sur le théâtre en bonnet de nuit

et en pantoufles; il joua le moribond, et cherchait à exciter la

commisération publique, ce qui fit beaucoup rire aux dépens de l'acteur,

dont la fatuité était excessive. «_Comme cette farce est désagréable

pour ce pauvre Molé_, dit Sophie; _on n'est jamais plus maltraité que

par ses confrères_.»

* * * * *

Les premiers sujets des grands spectacles ont toujours eu la manie de se

dire malade lorsque, par caprice ou pour se faire désirer, ils ne

voulaient pas remplir leurs rôles. Mlle Arnould jouait rarement[30],

et le public en murmura plus d'une fois; mais lorsqu'elle reparaissait,

les mécontens oubliaient tout pour l'applaudir. Mlle Laguerre qui

devait la doubler, s'étant trop fatiguée en jouant Armide, ne put

paraître à son tour; on vint chercher Sophie pour la remplacer, en lui

disant que la débutante était indisposée. «_Peste!_ reprit-elle, _cette

jeune personne se conduit fort bien; la voilà déjà malade comme un

premier sujet_.»

[30] Barthe, dans ses Statuts pour l'Opéra, critique ainsi les

principaux acteurs:

Ordre à Pillot de ne plus détonner,

A Muguet de prendre un air leste,

A Durand d'ennoblir son geste,

A Gélin de ne pas tonner;

Que le Gros chante avec une âme,

Beaumesnil avec une voix;

Que la féconde ARNOULD se montre quelquefois,

Et que Guimard toujours se pâme.

* * * * *

Mlle Asselin, danseuse de l'Opéra, faisait beaucoup de dépense et

payait fort mal ses créanciers. Après avoir eu successivement plusieurs

amans qui n'avaient point amélioré ses affaires, elle s'amouracha d'un

mousquetaire nommé _de Termes_. Sophie ayant appris cette nouvelle

liaison, lui dit:--_Eh bien! ma chère, voilà toutes tes dettes

payées._--Comment cela?--_Qui a TERME ne doit rien._

Dorat était d'une constitution faible. Né de parens énervés, livré

lui-même au torrent des plaisirs, sans caractère et sans énergie, il ne

pouvait avoir que des grâces dans l'esprit, et ses grâces étaient

maniérées. «_Ce petit Dorat_, disait Mlle Arnould, _ressemble à une

colonne de marbre; il est sec, froid et poli_.»

* * * * *

Un jeune acteur doué d'un physique agréable, mais ayant une

prononciation vicieuse, venait débuter à Paris. On le présenta à Sophie;

elle lui fit répéter quelques rôles, et dit ensuite à son Mécène:

«_Votre protégé est charmant; il ne lui manque que la parole._»

* * * * *

Mlle Durancy amena un soir au foyer de l'Opéra un petit garçon d'une

charmante figure. Cet enfant de l'amour était caressé de tout le monde,

et il rendait caresse pour caresse. Sophie le voyant aller de l'un à

l'autre, lui dit, en le prenant sur ses genoux: «_Mon petit ami, est-ce

que tu cherches ton papa?_»

* * * * *

Un jeune seigneur, grand chasseur et fort inconstant dans ses amours,

lui adressa les propositions les plus galantes. Sophie, qui connaissait

sa légèreté, lui envoya pour réponse un tableau qui représentait un

lévrier dormant auprès d'un lièvre, avec ces mots pour devise:

_Il néglige ce qu'il a pris._

* * * * *

Milord Forbes, pour voir plus souvent Mlle Lafond, lui proposa d'être

sa maîtresse de langue, et lui offrit pour ce service cent louis par

mois. La belle ne se fit pas tirer l'oreille, et l'écolier devint

bientôt maître. Mlle Arnould ayant appris cet arrangement, dit:

«_Milord a sagement fait; avant de s'engager dans une affaire, il est

bon de prendre LANGUE._»

* * * * *

Mlle Mazarelli, courtisane fameuse par plus d'une aventure, devint la

maîtresse de M. de Montcrif; elle avait puisé près de cet Anacréon le

goût de la belle littérature; elle faisait même gémir la presse, et ne

fréquentait plus que des savans. «_Comme les goûts changent avec l'âge!_

dit Sophie; _jadis Mazarelli ne s'attachait qu'aux beaux corps,

maintenant elle n'a commerce qu'avec les beaux esprits_.»

* * * * *

La vie privée de Louis XV autorisa les scènes scandaleuses qui se

multiplièrent sous son règne. Ce monarque blasé n'eut pas honte

d'élever jusqu'à son trône une fille publique nommée Lange, et qui

bientôt devint comtesse Dubarri[31]. Une telle métamorphose anoblit pour

un temps l'état de courtisane, qui depuis la régence avait offert tant

de chances de fortune. Lorsque cette célèbre Laïs devint la maîtresse du

roi, Sophie dit: «_Qu'elle avait changé sa monnaie contre un LOUIS._»

[31] La chronique scandaleuse a prétendu que Mme Dubarri devait le

jour à un _picpus_ nommé Gomar. En 1768, cette dame conversait avec M.

de Choiseul sur les moines que le gouvernement voulait alors détruire.

La favorite était contre eux; le ministre en prenait la défense, et pour

frapper en leur faveur le dernier coup, il ajouta avec finesse: _Vous

conviendrez au moins, Madame, qu'ils savent faire de beaux enfans._

Lorsque Favart donna sa _Rosière de Salency_, une jeune figurante

demanda à Sophie ce que c'était qu'une rosière.--_C'est une jeune fille

couronnée de roses pour en avoir défendu le bouton._--_En ce cas_,

répondit naïvement la danseuse, _je ne serai jamais rosière_.

* * * * *

Un jour qu'elle jouait le rôle de Thélaïre dans Castor et Pollux, la

foule était si grande qu'on étouffait dans toutes les parties de la

salle. Quelqu'un vint sur le théâtre s'en plaindre à Mlle Arnould.

C'était précisément dans le temps que les arrêts du conseil venaient de

paraître au sujet de la réduction des effets royaux. «_Où est notre cher

abbé Terray?_ dit Sophie; _que n'est-il là pour vous réduire de

moitié!_»

* * * * *

Mlle G. rassemblait en 1769, dans un hôtel de la chaussée d'Antin,

nommé le _Palais de Terpsichore_, la foule de tous les plaisirs: à

Athènes et à Rome, où les courtisanes étaient si révérées, on ne trouva

jamais l'exemple d'un pareil luxe. Mais le prince de Soubise ayant

retiré à cette nymphe les 72,000 liv. de rentes dont il la gratifiait,

et M. de Laborde, valet de chambre du roi, s'étant ruiné à son service,

elle fut obligée de suspendre les délicieux spectacles qu'elle donnait,

et ses créanciers la tourmentèrent au point qu'elle se vit à la veille

de déposer son bilan. Un des fournisseurs ayant demandé si cette Laïs

ferait honneur à ses affaires: «_En doutez-vous?_ lui dit Sophie; _je

réponds que G. mourra au lit d'honneur_.»

* * * * *

M. d'Aucourt, fermier général et bel esprit, est l'auteur des _Mémoires

Turcs_, où il rappelle les aventures galantes de l'envoyé de _Maroc_

qui vint en France en 1768. Il les dédia à Mlle Duthé, ce qui fit la

fortune de l'ouvrage. Les talens cachés de cet heureux musulman

répondaient à sa taille supérieure et à sa vaste corpulence, et les

odalisques de plus d'un théâtre ont attesté ses prouesses. Mlle

Peslin fut une de celles qui lui firent cueillir le plus de lauriers.

Sophie dit à ce sujet: «_Depuis que Peslin a trouvé chaussure à son

pied, elle ne veut plus que du MAROQUIN._»

* * * * *

Tandis que le boucher Colin achevait de se ruiner avec Mlle Duplant,

cette actrice avait encore d'autres amans pour ses menus plaisirs.--Il

faut que cet homme ait l'esprit _bouché_, dit un plaisant, pour ne pas

s'apercevoir des incartades de sa maîtresse.--_Vous ne savez donc pas_,

reprit Sophie, _que pour mieux l'attraper elle le fait jouer à

Colin-maillard_.

* * * * *

Poinsinet[32] partit pour l'Espagne en 1769; il comptait travailler dans

ce royaume à la propagation de la musique italienne et des ariettes

françaises; malheureusement il se noya dans le Guadalquivir. Lorsque

Mlle Arnould apprit cet événement, elle s'écria: «_Pauvre Poinsinet,

voilà donc tous tes projets à vau-l'eau?_»

[32] On connaît ces vers tirés de la Dunciade de Palissot:

Alors tomba le petit Poinsinet;

Il fut dissous par un coup de sifflet.

Telle au matin une vapeur légère

S'évanouit aux premiers feux du jour,

Tel Poinsinet disparut sans retour.

Une figurante vivait avec un maître de danse qu'on appelait _Moka_,

parce que, semblable au bon café de ce nom, il était _petit_, _vieux_ et

_sec_.--Il a toutes les qualités du coeur, disait-elle en parlant de son

amant; c'est dommage qu'il ne soit pas un peu plus _vert_.--_Hé bien!_

répartit Sophie, _il faut le planter là pour reverdir_.

* * * * *

Un jeune homme bien né, mais plus fastueux que sage, après avoir mangé

sa légitime avec une danseuse de l'Opéra, nommée Martigny, se trouva

réduit à vivre d'un talent qu'il avait jusque-là cultivé pour son

agrément, et il se fit peintre en miniature. Quelque temps après Sophie

dit à sa camarade: «_Reçois mon compliment_, ma chère Martigny, _je

croyais ton amant ruiné, et je viens d'apprendre qu'il fait FIGURE dans

le monde._»

* * * * *

Quoique Mlle Laguerre eût acquis une fortune considérable, elle ne

s'occupait aucunement de ses parens. Son père vendait des cantiques dans

les carrefours, et sa mère allait offrant dans les promenades cette

sorte d'oublis qu'on appelle _le plaisir des dames_. Un jour Sophie

rencontra sur les boulevarts la mère Laguerre, et elle dit en la

montrant à quelqu'un: «_Cette pauvre femme n'a pas gagné dans le cours

de sa vie, avec_ le plaisir des dames, _ce que sa fille gagne dans une

heure en se livrant au_ plaisir des hommes.»

* * * * *

Le chevalier de T., officier aux gardes, avait une grande taille et un

petit esprit. Elle le comparait à «_ces hôtels garnis dont

l'appartement le plus élevé est ordinairement le plus mal meublé_.»

* * * * *

M. Bertin, trésorier des parties casuelles, dont les folies amoureuses

ont tant coûté à l'état, fréquentait souvent les coulisses: Mlle

Arnould l'avait surnommé l'_inspecteur des parties casuelles_. Un

étranger qui le rencontrait toujours à son poste favori, et qui ne

connaissait pas ses titres, demanda à Sophie si ce monsieur avait un

emploi à l'Opéra. «_Certainement_, répondit-elle; _ne voyez-vous pas

qu'il contrôle les grandes et les petites entrées_.»

* * * * *

On cite dans les fastes de l'Opéra cette journée mémorable où Sophie

Arnould et Geliotte, représentant l'acte de Vertumne et Pomone, ils

recommencèrent à deux fois, et l'assemblée, aussi brillante que

nombreuse, en fut dans le ravissement. On complimenta beaucoup Sophie

sur un triomphe aussi éclatant. «_Hélas!_ dit-elle, _je paie tous les

jours l'honneur de m'être élevée par la peine de me soutenir_.»

* * * * *

Un de ces aimables roués[33], remplis de grâces et de défauts, et dont

le persiflage est tout l'esprit, voyant Sophie richement parée et

couverte de diamans, s'approcha d'elle en la lorgnant, et lui demanda si

ses bijoux lui avaient coûté bien cher. «_Mon petit ami_,

répondit-elle, _vous croyez sans doute parler à votre maman_?»

[33] Les libertins de qualité, dit un moraliste, prenaient le surnom de

_roués_ pour se distinguer de leurs laquais, qui n'étaient que des

_pendards_.

* * * * *

Beaumarchais n'était point aimé. Quelqu'un mit sur l'affiche de la

première représentation des Deux Amis[34]: _par un auteur qui n'en a

aucun_. Cette pièce tomba presqu'aussitôt qu'elle parut. Quelque temps

après cette chute l'auteur eut la maladresse de plaisanter sur l'abandon

dans lequel le public semblait laisser l'Opéra. La salle était

nouvellement restaurée, et on allait y donner la reprise d'une ancienne

pièce. Beaumarchais dit à Sophie:--Votre salle est très-belle, mais

vous n'aurez personne à votre Zoroastre.--_Pardonnez-moi_, reprit-elle,

_vos AMIS nous en enverront_.

[34] On fit sur cette comédie le quatrain suivant:

J'ai vu de Beaumarchais le drame ridicule,

Et je vais en un mot dire ce qu'il en est:

C'est un change où l'argent circule

Sans produire aucun intérêt.

* * * * *

Mlle D*** était devenue amoureuse d'un M. Levacher de Charnois,

gendre du comédien Préville. C'était un bel esprit qui rédigeait le

Journal des Théâtres. D***, enchantée de trouver dans ce jeune homme les

agrémens de la figure et les ressources de l'esprit, goûtait dans cette

liaison un charme inexprimable; mais M. de Charnois s'étant réconcilié

avec sa femme, abandonna sa maîtresse. La nymphe ne put soutenir une

telle rupture, et en mourut de douleur. «_Mourir pour un infidèle_,

s'écria Sophie, _voilà une mode que les actrices ne suivront pas_.»

Quelqu'un rapportait que le médecin Chirac, interrogé si le commerce des

femmes est nuisible, avait répondu:--_Non, pourvu qu'on ne prenne point

de drogue; mais j'avertis que le changement est une drogue._--_Hé bien_,

répartit Sophie, _c'est pourtant cette drogue-là qui fait aller le

commerce_.

* * * * *

Mlle d'Albigny, pensionnaire de l'Opéra, s'était mise sur le pied des

dames du bel air, et ayant donné à jouer chez elle, fut envoyée, par

ordre du roi, à la Salpêtrière. A son retour cette princesse voulant

être bien avec tout le monde, admit à l'honneur de sa couche le

commissaire de son quartier. Quelques jours après Sophie lui demanda

«_comment elle trouvait la chair de commissaire?_ (la chère).»

Le chevalier de C. était d'une gaucherie et d'une indifférence

insoutenables; on ne savait par où le prendre pour l'émouvoir. Mlle

Arnould s'étant infructueusement occupée de son éducation, le congédia

en disant que «_c'était une cruche sans anse_.»

* * * * *

J.-J. Rousseau allait en 1770 souper chez Sophie Arnould avec l'élite

des petits-maîtres et des talons rouges; il avait choisi Rulhières pour

conducteur, et il se trouvait souvent là en fort bonne compagnie.

Voulant prouver que la plupart de nos tragédies lyriques ne doivent

leurs succès qu'aux charmes de la musique, il disait:--_S'il est

possible de faire un bon opéra, il ne l'est pas qu'un opéra soit un bon

ouvrage._--_Voilà pourquoi_, répartit Sophie, _chez nous le SON vaut

mieux que la farine_.

* * * * *

Elle s'intéressait pour un jeune homme auquel elle désirait faire

obtenir un emploi qui dépendait de M. D., fermier général, lequel,

disait-on, avait été laquais; elle attendait depuis deux heures dans

l'antichambre du traitant qui était remplie de valets. Un jeune seigneur

sortant du cabinet du financier, témoigna sa surprise à Sophie de la

voir attendre en si mauvaise compagnie. «_Je ne crains point ces

messieurs_, répondit-elle, _tant qu'ils sont encore laquais_.»

* * * * *

Louis-Gabriel Fardeau, procureur au Châtelet, composait des pièces pour

le théâtre des Associés. Un plaisant trouva dans l'anagramme de ses noms

son véritable portrait: _Il a l'air du boeuf gras._ Ce dramatiste

s'étant avisé de faire sa cour à une danseuse de l'Opéra, Sophie dit à

sa camarade: «_Comment peux-tu supporter ce FARDEAU? Un procureur de son

espèce n'aime les femmes que pour les formes._»

* * * * *

Après le déplacement de M. de Choiseul on fit des tabatières où il y

avait d'un côté le portrait du duc de Sully, ministre de Henri IV, et de

l'autre celui du duc de Choiseul[35], ministre de Louis XV. «_C'est

bien_, dit Mlle Arnould en voyant une de ces boîtes; _on a mis

ensemble la recette et la dépense_.»

[35] Vers sur M. de Choiseul, après sa retraite des affaires:

Comme tout autre, dans sa place,

Il put avoir des ennemis;

Comme nul autre, en sa disgrâce,

Il acquit de nouveaux amis.

Le baron de Grimm, devenu amoureux de Mlle Fel, chanteuse à l'Opéra,

et n'ayant pu s'en faire écouter, tomba dans une sorte de catalepsie

qui, pendant plusieurs jours, parut l'avoir privé de tout mouvement. Le

médecin Senac se douta de la ruse et en parla à Mlle Arnould qui lui

dit en riant: «_Mon cher docteur, si Fel était auprès de votre malade,

il ressusciterait bientôt._»

* * * * *

Mlle Lemaure, cette sublime actrice de la scène lyrique, si connue

par ses caprices et sa belle voix, s'était retirée du théâtre en 1743.

Les entrepreneurs du Colisée mirent en 1771 ses talens à contribution,

et elle y chanta le monologue de l'acte du Sylphe avec un succès

prodigieux. Cette cantatrice était fort laide. Sophie disait: «_On a

beau l'applaudir, elle fait toujours mauvaise mine._»

* * * * *

L'intérêt renferme un poison si actif, si subtil, que dès qu'il vient se

joindre à un sentiment, il le corrompt et finit par l'éteindre. Mlle

Laguerre en offrit un exemple, et la galanterie ne fut pour elle qu'un

commerce. Cette chanteuse ayant mis sur la liste de ses nombreux

favoris[36] un apothicaire nommé La C., Sophie le surnomma «_le premier

commis de LA GUERRE_.»

[36] Barthe, dans ses Statuts pour l'Opéra, dit à ce sujet:

Le nombre des amans limité désormais

Et pour la blonde et pour la brune,

Défense d'en avoir jamais

Plus de quatre à la fois; ils suffisent pour une.

Que la reconnaissance égale les bienfaits;

Que l'amour dure autant que la fortune.

Un financier, vieux et blasé, venait de prendre à ses gages une jeune et

jolie danseuse.--Comment va ton monsieur? lui demandait une de ses

camarades.--Il paraît beaucoup m'aimer, répondit-elle, car il ne fait

que m'embrasser. «_Tant pis pour toi_, répartit Sophie; _qui trop

embrasse mal étreint_.»

* * * * *

Le marquis de Lettorière, officier aux gardes, passait pour le plus joli

homme de Paris; il avait fait faire son portrait pour le donner à une

actrice connue pour être moins tendre qu'intéressée. Mlle Arnould, à

laquelle il le montra, lui dit: «_Vous êtes beau comme l'Amour, mais

votre Danaé aimerait mieux l'effigie du roi que la vôtre._»

* * * * *

On parlait de la prochaine représentation du Faucon, opéra comique de

Sedaine. Sophie semblait n'en avoir pas bonne opinion; elle se fit

presser quelque temps pour s'expliquer et déclarer les motifs de son

préjugé. «_C'est que_, reprit-elle avec vivacité par ce vers de Boileau:

Arnoldiana, ou Sophie Arnould et ses contemporaines; recueil choisi d'Anecdotes piquantes, de Réparties et de bons Mots de Mlle Arnould précédé d'une notice sur sa vie précédé d'une Notice sur sa Vie et sur l'Académie impériale de Musique. · 第 17 / 27 题