Il cingla ensuite vers le Grand-Cibou, sur la côte orientale du

Cap-Breton, pour avoir des nouvelles de Québec. Il apprit là d'un

capitaine de Bordeaux, que lord Jacques Stuart, ayant sous ses ordres

trois vaisseaux, s'était emparé deux mois auparavant d'un bâtiment

pêcheur de St.-Jean-de-Luz; et qu'il l'avait envoyé avec deux des siens

à Port-Royal; que lui-même, resté avec un vaisseau, avait construit un

fort au port aux Baleines, prétendant que l'île du Cap-Breton

appartenait à la Grande-Bretagne. A cette nouvelle Daniel résolut sur le

champ de s'emparer du fort de Stuart, et de remettre l'île sous la

domination française. Il arriva devant la place dans le mois de

septembre, et débarqua à la tête de cinquante-trois hommes complètement

armés et munis d'échelle pour l'escalade. L'attaque fut vive et la

garnison se défendit avec un grand courage; mais les portes ayant été

enfoncées à coups de hache, Daniel y pénétra un des premiers et fit le

capitaine Stuart prisonnier avec une partie de ses gens. Dans le même

temps un drapeau blanc s'élevait sur une autre partie du rempart.

Daniel rasa le fort, et en fit bâtir un autre à l'entrée de la rivière

Grand-Cibou, qu'il arma de 8 pièces de canon. Il y laissa une garnison

de 38 hommes avec les PP. Vimont et Vieuxpont, Jésuites. Mettant ensuite

à la voile pour la France, il débarqua en passant à Falmouth

quarante-deux de ses prisonniers et emmena le reste au nombre d'une

vingtaine avec leur chef, à Dieppe.[41]

[Note 41: Champlain: mémoire à la fin de l'édition de 1632.]

Le capitaine Stuart formait probablement partie de la flotte de l'amiral

Kirtk, qui, au rapport d'Haliburton, soumit le Cap-Breton sans éprouver

de résistance, et y bâtit un fort avant de remonter le St.-Laurent.

Tandis que Kirtk s'emparait de Québec, et que son lieutenant perdait le

Cap-Breton, l'extrémité sud de l'Acadie repoussait les attaques de deux

vaisseaux de guerre commandés par Claude de la Tour, protestant français

récemment passé au service de l'Angleterre.

Cet homme d'un esprit entreprenant et qui possédait une grande fortune,

avait été fait prisonnier sur un des navires de Roquemont et conduit à

Londres où il avait été fort bien accueilli à la cour. Il y épousa une

des dames d'honneur de la reine, et fut fait baronnet de la

Nouvelle-Ecosse. Tant de marques d bienveillance achevèrent d'éteindre

le reste d'attachement qu'il avait pour sa patrie. Ayant obtenu la

concession d'une très-grande étendue de terre sur la rivière St.-Jean,

il prit des arrangemens avec le chevalier Alexander pour y établir des

colons écossais, et en même temps pour amener la soumission de son fils

qui commandait un fort au cap de Sable.

Pour l'exécution de ce dernier dessein, l'on mit deux vaisseaux de

guerre sous ses ordres, et il partit avec sa nouvelle épouse pour

l'Acadie. Rendu au cap de Sable, il eut une entrevue avec son fils, dans

laquelle il lui peignit la réception flatteuse qu'on lui avait faite en

Angleterre, les honneurs dont on l'avait comblé, et les nombreux

avantages qui l'attendaient lui-même, s'il voulait passer au service de

la Grande-Bretagne et placer son fort sous le sceptre de cette

puissance. Dans ce cas, ajouta-t-il, je suis autorisé à vous en

conserver le commandement, et à vous conférer de plus l'ordre d'une

chevalerie. A cette proposition inattendue, le jeune de la Tour fit une

réponse pleine de noblesse. Si l'on m'a cru, dit-il, capable de trahir

mon pays même à la sollicitation de l'auteur de mes jours, l'on s'est

étrangement trompé. Je n'achèterai pas les honneurs qu'on m'offre au

prix d'un crime. Je sais apprécier l'honneur que veut me faire le roi

d'Angleterre; mais le prince que je sers est assez puissant pour payer

mes services, et dans tous les cas ma fidélité me tiendra lieu de

récompense. Le roi mon maître m'a confié cette place, je la défendrai

jusqu'à mon dernier soupir. Le père désappointé par cette réponse à

laquelle il ne s'attendait pas, retourna à bord de ses navires.

Le lendemain il adressa à son fils une lettre écrite dans les termes les

plus pressans et les plus tendres, sans plus de succès; il employa alors

la menace qui fut aussi inutile. Ayant échoué dans toutes ses ouvertures

pacifiques, il fut contraint de recourir à la force, et ayant fait

débarquer ses soldats avec un corps de matelots, il attaqua le fort avec

une extrême vivacité. Repoussé une première fois, il renouvela ses

attaques pendant deux jours avec un acharnement inouï, jusqu'à ce

qu'enfin ses troupes rebutées refusèrent de s'exposer davantage. Force

lui fut de les faire rembarquer, confus et mortifié d'avoir subi une

défaite en combattant et contre son propre sang et contre sa patrie.

N'osant reparaître ni en France, ni en Angleterre, il resta en Acadie

avec son épouse qui ne voulut pas l'abandonner dans ses malheurs. Son

fils craignant de l'admettre dans le fort, eut cependant pitié de lui;

il lui fit bâtir une petite maison très-proprement meublée à côté de

lui, sur le bord de la mer, où il demeura quelques années. Il y fut

visité en 1635 par l'auteur de la description géographique etc. des

côtes de l'Amérique septentrionale, M. Denis.

Le chevalier Alexander, qui était son ami, le chargea de reprendre la

colonisation de Port-Royal, où arrivèrent quelques émigrans écossais. Il

en mourut trente du scorbut dès le premier hiver. Découragé par les

dépenses énormes qu'entraînait l'établissement de cette province,

Alexander la céda toute entière, excepté Port-Royal, à la Tour à la

charge de relever de la couronne d'Ecosse (1631).

A peu près dans le même temps, la compagnie des cent associés expédiait

deux navires pour secourir le fort du Grand-Cibou au cap Breton; et deux

autres chargés de colons pour la cap de Sable. Ainsi la France et

l'Angleterre travaillaient, chacune de son côté, à l'établissement de

l'Acadie.

Cependant l'invasion du Canada après la conclusion de la paix, fit

d'abord jeter les hauts cris aux Français, parceque l'on crut l'honneur

du royaume engagé; mais après réflexion, une partie du conseil opina

pour ne pas demander la restitution de Québec, disant que l'on n'avait

rien perdu en perdant ce rocher, que le climat y est trop rigoureux, que

l'on ne pourrait peupler un pays si vaste sans affaiblir le royaume; et

de quelle utilité serait-il si l'on ne le peuplait pas? L'Asie et le

Brésil ont dépeuplé le Portugal; l'Espagne voit plusieurs de ses

provinces presque désertes depuis la conquête de l'Amérique. Charles V,

avec tout l'or du Pérou, n'a pu entamer la France, tandis que François

I, son rival, a trouvé dans ses coffres de quoi tenir tête à un prince

dont l'empire était plus vaste que celui des premiers Césars? cherchons

plutôt à améliorer la France disait le parti de l'abandon.[42]

[Note 42: Charlevoix.]

L'on répondit à ces raisons que le climat du Canada est sain, le sol

très fertile et capable de fournir toutes les commodités de la vie; que

c'était la retraite des Maures qui avait épuisé la péninsule espagnole

d'hommes; qu'il ne fallait faire passer qu'un petit nombre de familles

et de soldats réformés tous les ans dans la N.-France; que la pêche de

la morue était capable d'enrichir le royaume, et que c'était une

excellente école pour former des matelots; que les forêts les plus

belles de l'univers, pourraient alimenter la construction des vaisseaux;

enfin, que le seul motif d'empêcher les Anglais de se rendre trop

puissans en Amérique, en joignant le Canada à tant d'autres provinces où

ils avaient déjà de bons établissemens, était plus que suffisant pour

engager le roi à recouvrer Québec, à quelque prix que ce fût.

Ces raisons, dont on avait déjà fait valoir plusieurs du temps de

Jacques Cartier, ne persuadèrent pas tout le conseil. Il n'y eut que des

motifs d'honneur et de religion qui déterminèrent Louis XIII à ne point

abandonner le Canada. Peut-être aussi que l'orgueil du ministre qui

gouvernait la France, et qui regardait l'irruption des Anglais, comme

son injure personnelle, étant à la tête de la compagnie, fit-il changer

d'avis comme l'avance Raynal. Quoiqu'il en soit, le roi d'Angleterre en

promit la restitution; mais Richelieu voyant cette affaire traîner en

longueur, afin d'activer les négociations, fit armer six vaisseaux qu'il

mit sous les ordres du commandeur de Rasilli. Cette démonstration eut

son effet; et par le traité de St.-Germain-en-Laye, signé le 29 mars

1632, l'Angleterre abandonna tous ses droits sur les provinces qui

composaient la Nouvelle-France. De ce traité malheureux, dit Chalmers,

l'on peut dater le commencement d'une longue suite de calamités pour la

Grande-Bretagne et pour ses colonies, et les difficultés provinciales

qui s'élevèrent plus tard, et en quelque sorte le succès de la

révolution américaine.

Il reste à faire une observation sur la conduite des protestans français

dans cette guerre. Si les persécutions dont ils étaient l'objet doivent

être réprouvées, ils ne sont pas moins condamnables eux-mêmes, pour

avoir porté les armes contre leur patrie. Le récit de cette guerre nous

montre continuellement des Français armés contre des Français,

dépouillant la France au profit de ses ennemis, avec une espèce

d'ennivrement et à l'envi les uns des autres.

Richelieu, en excluant les Huguenots du Canada, commit, sans doute, un

acte de criante tyrannie; mais leur conduite ne l'autorisait-elle pas,

ou du moins ne lui donnait-elle pas, un prétexte plausible d'en agir

ainsi. Elle ajoutait de la force aux assertions des catholiques qui ne

cessaient de répéter qu'il n'y avait pas de sûreté à les laisser

s'établir dans le voisinage des colonies protestantes anglaises, parce

qu'à la moindre difficulté avec le gouvernement, ils se joindraient à

elles: le chevalier Claude de la Tour en était un exemple.

LIVRE II.

DESCRIPTION DU CANADA. NATIONS INDIGÈNES.

Nom donné aux premières terres découvertes dans l'Amérique

septentrionale.--Frontières des colonies mal définies; sujet de beaucoup

de contestations.--Description du Canada.--Tableau des populations

indiennes de l'Amérique du Nord, et en particulier des tribus du

Canada.--Leur nombre.--Description de leur personne, de leurs vêtemens,

de leurs armes.--Leur manière de faire la guerre et la

chasse.--Gouvernement des Sauvages.--Ils n'ont pas de religion.--Leurs

devins.--Leur respect pour les morts; leurs funérailles.--Leurs

fêtes.--Ils sont fort passionnés pour le jeu et peu pour les femmes;

mais très attachés à leurs enfans. Eloquence figurée des Sauvages.

--Formation de leurs langues: ils ne connaissaient point les lettres:

caractère synthétique des langues indiennes.--Facultés intellectuelles

de ces peuples.--Leur origine.--Descendent-ils de nations qui ont été

civilisées?

Lorsque les Européens visitèrent pour la première fois l'Amérique du

Nord, n'ayant aucun nom pour désigner les diverses contrées où ils

abordaient, ils leur donnèrent l'appellation générale de terres neuves.

Du temps de François I ce nom désignait tout aussi bien la Floride, le

Canada, que le Labrador et l'île de Terreneuve qui seule l'a conservé en

propre. A mesure que ces pays devinrent mieux connus, ils prirent des

dénominations particulières qui servirent à les distinguer les uns des

autres, mais qui furent souvent changées. D'ailleurs les limites des

contrées qui les portaient, étaient incertaines et presque toujours

confondues par les différentes nations: de là naquit la confusion qui,

dans la suite, enfanta tant de difficultés entre la France, l'Angleterre

et l'Espagne au sujet des frontières de leurs colonies.

Vers le commencement du dix-septième siècle le nom de Nouvelle-France

fut donné à l'immense contrée qui embrassait le Canada, la baie

d'Hudson, le Labrador, le Nouveau-Brunswick, la Nouvelle-Ecosse et une

portion des États-Unis.[43] A cette époque la péninsule de la

Nouvelle-Ecosse commença à porter le nom de Cadie ou Acadie; et celui du

Canada fut conservé au pays que nous habitons, mais avec des bornes

beaucoup plus étendues dans toutes les directions.

[Note 43: Lescarbot lui donne une bien plus grande étendue. «Notre

Nouvelle-France, dit-il, a pour limites du côté d'ouest les terres

jusqu'à la mer dite Pacifique au-deçà du tropique du Cancer; au midi les

îles de la mer Atlantique; au levant la mer du Nord; et au septentrion

cette terre qui est dite inconnue, vers la mer glacée jusqu'au pôle

Arctique.» Mais ces limites étaient plus imaginaires que réelles,

puisque l'on ne connaissait pas alors même la vallée entière du

St-Laurent.]

La Nouvelle-France, avant la découverte du Mississipi, à la vallée

duquel ce nom s'étendit ensuite, embrassait donc tout le bassin du

St.-Laurent et tout celui de la baie d'Hudson. Ce dernier fleuve qui a

plus de sept cents lieues de cours, et qui se jette dans l'Océan par un

golfe qui est lui-même une mer, prend sa source sous le nom de rivière

St.-Louis, par le 48e°. 30' de latitude nord, et le 93e°. de longitude

ouest,[44] sur le grand plateau central, où naissent aussi le Mississipi

qui coule vers le sud, et les rivières qui versent leurs eaux vers le

nord dans la baie d'Hudson. Le bassin, ou la vallée que le St.-Laurent

parcourt, faisant un coude au midi pour embrasser le lac Érié, s'élève

par gradin de la mer au plateau dont on vient de parler, et qui, comme

le reste des régions septentrionales de ce continent, a peu d'élévation.

Le lac Supérieur, presque de niveau avec ce plateau, n'est qu'à six cent

vingt-sept pieds au-dessus de l'Océan.[45] L'inclinaison longitudinale

du bassin plus considérable vers le haut, diminue graduellement jusqu'à

la mer.

[Note 44: Bouchette:--_Possessions britanniques dans l'Amérique

septentrionale._]

[Note 45: Bayfield:--_Géologie du lac Supérieur. Transactions de la

Société littéraire et historique de Québec_, vol. I. Cet auteur en

évalue la profondeur à 200 brasses; le fond en serait alors à près de

600 pieds au-dessous du niveau de l'Océan. On n'a pas pu atteindre le

fond du lac Ontario, au centre, avec une sonde de trois cents brasses.

Voici quelles sont les hauteurs au dessus de la mer des quatre

principaux lacs du grand bassin du St.-Laurent, et leur plus grande

longueur et largeur, d'après Bouchette:--

Longueur, Largeur.

Lac Supérieur, 627 pieds, 360 milles géogra. 140 m.g.

Lac Huron, 590 " 210 " 220

Lac Erié, 565 " 265 " 63

Lac Ontario, 231 " 172 " 59

Cette chaîne n'ayant pas de nom propre et reconnu, nous lui donnons

celui de _Laurentides_, qui nous paraît bien adapté à la situation de

ces montagnes qui suivent une direction parallèle au St.-Laurent. Un nom

propre est nécessaire afin d'éviter les périphrases toujours si

fatigantes et souvent insuffisantes pour indiquer une localité, un

fleuve, une montagne, etc. Quant à l'euphonie, nous espérons que le nom

que nous avons choisi satisfera l'oreille la plus délicate, et formera

une rime assez riche pour le poëte qui célèbrera les beautés naturelles

de notre patrie.]

Il est borné vers le nord par la chaîne des Laurentides, montagnes qui

séparent les eaux qui se versent dans le St. Laurent de celles qui

tombent dans la baie d'Hudson.[46] Cette chaîne, qui sort du Labrador,

se prolonge jusqu'au dessus du lac Supérieur; et ses rameaux couvrent et

rendent stérile une grande étendue de pays, quoique cependant les

vallées qui en séparent les nombreux mamelons, sont pour la plupart plus

ou moins cultivables. Elle baigne ses pieds dans les eaux du St.-Laurent

au Cap-Tourmente, où elle a de 1500 à 2000 pieds de hauteur, traverse la

rivière des Outaouais au-dessus du lac des Chats et forme la rive

septentrionale du lac Huron. Les Alléghanys dont l'on voit très-bien la

cime des hauteurs de Québec, limitent ce bassin au sud jusqu'au lac

Champlain. Cette chaîne de montagnes, dont le versant oriental jette ses

eaux dans l'océan Atlantique, part du golfe St.-Laurent, longe le sud du

lac Champlain, traverse la rivière Hudson et se prolonge jusque dans la

Virginie. Depuis le lac Champlain, cette limite est formée par les

hautes terres dont les eaux coulent au sud dans le Mississipi.

Tout le Canada paraît être assis sur un vaste banc de granit qui forme

la charpente des plus hautes montagnes, et se montre à nu sur le lac

Supérieur et le lac Huron, à Kingston et dans plusieurs autres endroits

du Haut-Canada; sur la rivière St.-Maurice, à Beauport, à Tadoussac, à

Kamouraska, au Labrador, &c. Ces granits portent des couches de

différentes espèces de roches, dont les plus abondantes sont les

schistes, les calcaires, les grès, comme la grauwacke, etc, etc.[47]

[Note 46: Québec est bâti sur un banc de schiste argileux auquel

s'adosse vers le Cap-Rouge une couche de grauwacke. Beauport présente

d'abord un calcaire reposant sur une strate mince de roche clastique

(conglomérats) qui est appuyée elle-même sur le gneiss, ou granit

schisteux. Voir pour la géologie du pays la _Bibliothèque canadienne_

Vol. 1, p. 9, 41, 73, et les Transactions de la Société litt. et hist.

de Québec, etc.]

[Note 47: Voici la liste abrégée des différentes espèces de métaux

trouvées jusqu'à présent en Canada, principalement dans les localités

dont suivent les noms:

FER.

_Le fer magnétique ou oxidulé._ Baie St.-Paul, Batiscan, (St.-Maurice,

_sable ferrugineux_) Marmora (H.C.) etc. etc.

_Le fer hydroxidé_ (_ocre jaune_) Lac Calvaire, St.-Augustin, lac Huron,

lac Supérieur, etc. etc. (_le limoneux ou de marais_) Baie St.-Paul,

Champlain, Marmora, et en plusieurs autres endroits du Bas et du

Haut-Canada.

_Le fer carbonaté._ Cap-Rouge, Marmora etc. etc.

_Le sulfure de fer._ (pyrites) Dans un grand nombre d'endroits du Bas et

du Haut-Canada.

_L'oxide de manganèse terreux._ Sillery, près de Québec.

CUIVRE.

_Le cuivre natif._ Lac Supérieur, côté sud.

_Le sulfure de cuivre._ Cuivre pyriteux. En plusieurs lieux du

Haut-Canada; lac Huron, lac Supérieur, etc., en petites quantités.

_Le cuivre carbonaté_, (vert) Lac Supérieur, etc.

ZINC.

_Le sulfure de zinc_, (blende noire et jaune) Lac Ontario, etc.

PLOMB.

_Le sulfure de plomb_, (galène) rivière Nicolet, et en quelques autres

localités du Bas et du Haut-Canada.

Pour plus amples détails, voir _l'Essai sur les minéraux métalliques des

Canadas_, par le lieutenant Baddeley. I. R: Transaction de la Société

littéraire et historique de Québec, v. II.]

Le Canada est riche en minerais de fer. Deux mines sont exploitées,

celles des Trois-Rivières, dont le fer est supérieur à celui de la

Suède, et celle de Marmora, dans le Haut-Canada. Le cuivre, le zinc, le

plomb, le titane et le mercure s'y montrent quelque fois, mais en

petites quantités; mais des explorations et des études plus rigoureuses

que celles qu'on a faites jusqu'à présent, augmenteront beaucoup sans

aucun doute nos richesses métalliques. Le gouvernement français a donné

plus d'attention à ce sujet que le gouvernement actuel; mais les

rapports de ses explorateurs ne sont pas venus jusqu'à nous. Cependant

il n'y a aucun doute qu'ils avaient découvert la plus grande partie des

mines mentionnées aujourd'hui par nos géologues. La plupart de ces mines

n'attendent que la main de l'industrie pour être utilisées.

Le sol de ce pays est généralement fertile, surtout dans la partie

supérieure où le climat est tempéré et où l'on trouve d'immenses plaines

à céréales. Dans la partie inférieure la température est beaucoup plus

froide, et les Alléghanys et les Laurentides avec leurs nombreux rameaux

occupent, particulièrement les dernières, un vaste territoire qui

diminue considérablement la surface cultivable. Ainsi la grande et

pittoresque contrée du Saguenay est traversée du nord au sud à peu près

par un rameau de cette dernière chaîne de montagnes, qui descend

jusqu'au fleuve. Dans quelque révolution physique, ce rameau s'est fendu

en deux dans sa longueur, pour donner passage à une rivière très

profonde, et bordée de chaque côté par des parois verticales d'une

grande hauteur formées par cette brisure. Rien n'est à la fois plus

grandiose et plus sauvage que ces rives hardies et tourmentées; mais

elles n'acquièrent ce caractère qu'aux dépens de leur vertu

fertilisante. C'est encore à un des ramaux de cette chaîne, qui court en

remontant le long du fleuve depuis Prescott jusqu'à la baie de Quinté

sur le lac Ontario, sans jamais s'élever beaucoup au-dessus du sol, que

l'on doit attribuer le peu de fertilité de cette partie de la province

supérieure. En revanche, dans les contrées montagneuses les vallées sont

arrosées par de nombreux cours d'eau qui les fertilisent, et qui

contribuent puissamment à cette croissance rapide de la végétation

canadienne, si remarquable sur le bas St.-Laurent.

Le bassin du St.-Laurent ayant, comme on l'a dit, la forme d'un angle

dont le sommet est tourné vers le midi, ses deux extrémités qui se

terminent à peu près dans la même latitude, possèdent aussi le même

climat. Le maximum du froid est à Québec de 30 degrés sous zéro et

quelquefois plus, et du chaud de 97 à 103 au-dessus, thermomètre de

Fahrenheit. La température de l'hiver s'adoucit jusqu'à l'extrémité

supérieure du lac Erié. Sous le 42°. de latitude, l'extrême du froid est

de 20 degrés sous la glace, mais cela est rare; et de la chaleur de 103

au-dessus. L'on voit que quant à la chaleur il n'y a pas de différence

sensible; mais elle ne dure pas si longtemps dans le Bas-Canada que vers

le centre du Haut. Au reste, la différence du climat entre ces deux

parties du pays se comprendra encore mieux en comparant leurs

productions et la longueur de leurs hivers.

Les parties habitées des deux Canadas, dit Bouchette, sont situées entre

le 42e et le 48e degré de latitude nord; et si d'autres causes que celle

de leur distance de l'équateur et du pôle, n'exerçaient pas d'influence

sur leur température, elles devraient jouir d'un climat analogue à celui

de l'Europe centrale et méridionale, tandis qu'au contraire le froid et

la chaleur y sont beaucoup plus considérables. A Québec, (latitude 46e.

48' 49") les pommes viennent en abondance; mais les pêches et le raisin

ne réussissent pas; à Montréal, (latitude 45e°. 30') ces fruits

parviennent à leur maturité. Mais à Toronto et plus au sud, les pêches,

le raisin et l'abricot atteignent toute leur perfection. On peut ajouter

que l'Acacia qui ne peut résister au climat de Québec en pleine terre,

commence à se montrer à Montréal et devient plus commun à mesure que

l'on approche du Détroit.

Dans le Bas-Canada, l'hiver commence vers le 25 novembre à Québec et

dure jusque vers le 25 avril, que l'on reprend les travaux des champs;

et la neige qui demeure sur la terre de 5 mois à 5 mois et demi, et

quelquefois plus, atteint une hauteur de trois à quatre pieds dans les

bois. A Montréal l'hiver dure 3 à quatre semaines de moins, et il y

tombe aussi moins de neige. Enfin dans la partie méridionale du

Haut-Canada l'hiver est beaucoup plus court; les traîneaux n'y servent

que deux mois, et souvent moins, pendant que l'usage en est général dans

le Bas cinq mois et plus.

Mais partout dans cette vaste contrée, sous le ciel rigoureux du

Bas-Canada, ou sur les bords plus favorisés du Haut, l'air est salubre

et agréable en été. L'excès du froid sur le bas St.-Laurent paraît dû,

moins à la hauteur de sa latitude, qu'à l'absence de montagnes

très-élevées du côté du nord, et au voisinage de la baie d'Hudson dans

laquelle les vents du pôle s'engagent pour venir déborder dans les

régions de ce fleuve, en même temps qu'ils y arrivent saturés d'humidité

et de froid des mers du Labrador. Cela paraît d'autant plus

vraisemblable qu'à l'ouest des Alléghanys, le nord-est est plutôt sec

qu'humide, parceque, dit Volney, ce courant d'air là comme en Norvège,

n'arrive qu'après avoir franchi un rempart de montagnes, où il se

dépouille dans une région élevée des vapeurs dont il était gorgé.[48]

[Note 48: Le pic le plus élevé de ces montagnes dans l'Etat de la

Nouvelle-York, a 3549 pieds de hauteur, celui de Killington dans l'Etat

de Vermont, a 3454 pieds; et la hauteur des montagnes Blanches dans le

New-Hampshire, est estimée à 7800 pieds.

Les Laurentides sont encore moins élevées. Le Cap-Tourmente n'a

qu'environ 2000 pieds d'élévation; et le rameau qui paraît s'être ouvert

longitudinalement et au centre duquel coule le Saguenay, a une hauteur

de 200 à 1000 pieds. Le capitaine Bayfield dit que la montagne la plus

élevée de cette chaîne sur le lac Supérieur, n'a pas plus de 2100 pieds

au-dessus du niveau de la mer.]

Histoire du Canada depuis sa découverte jusqu'à nos jours. Tome I · 第 9 / 30 段