Les groupes de voyelles qui commencent par _=ou=_, à savoir _=oua=_,
_=ouai=_, _=ouan=_, _=oué=_, _=ouè=_, _=ouen=_, _=oueu=_, _=oui=_,
_=ouin=_, et même _=ouon=_, sont également diphtongues dans l’usage
courant, sinon en vers, et même plus facilement que ceux qui commencent
par _u_. Ainsi _ou_ fait fonction de consonne dans des mots comme
ou_ail-les_, _c_ou_en-ne_, _d_ou_ai-re_, _j_ou_er_, _m_ou_ette_,
_j_ou_euse_, _f_ou_ine_ ou _barag_ou_in_ et, _nous j_ou_ons_[487];
et la synérèse n’est guère empêchée que par les groupes de consonnes
_bl_, _br_, etc., dans des mots tels que _fl_ou-_er_, _tr_ou-_er_,
_tr_ou-_ait_, _tr_ou-_ons_, _pr_ou-_esse_, _ébl_ou-_ir_, qui ne sont
pas très nombreux[488].
Pourtant des mots comme _b_ou-_eux_ et _n_ou-_eux_ subissent mal
la synérèse, et le discours soutenu, qui se rapproche du vers,
l’évite souvent dans des mots tels que _j_ou-_er_, _l_ou-_er_, comme
aussi _t_u-_er_. Il faut y ajouter naturellement les formes comme
_j_ou-_ions_, _j_ou-_iez_, qui sont dans le même cas que _t_u-_ions_,
_t_u-_iez_.
* * * * *
On sait que le _w_ anglais est précisément la consonne que nous
représentons par _ou_: ainsi dans _whist_ ou _tramway_, mais ces deux
mots sont les seuls mots de la langue, noms propres à part, où le _w_
conserve régulièrement le son _ou_[489].
Nous venons de voir _ou_ semi-voyelle quand l’_u_ se prononce dans les
groupes _qua_ et _gua_. Nous avons vu aussi que la diphtongue _oi_
représentait en réalité _oua_ ou _wa_; et il en est de même de _oin_
qui est identique à _ouin_.
La prononciation de _oi_ et _oin_ en une seule syllabe est même si
facile que les groupes de consonnes _bl_, _br_, etc., ne produisent
jamais ici la diérèse, pas plus dans _groin_, malgré Victor Hugo, que
dans _croix_ ou _emploi_[490].
Il arrive aussi parfois que l’_o_ s’assourdit en _ou_ même devant
une voyelle autre que _in_. Cela est nécessaire dans _j_o_aillier_,
qui, malgré son orthographe, est apparenté à _joyau_, et il n’y a que
les poètes pour obliger le lecteur à scander _j_o-_aillier_. Mais le
phénomène se produit parfois même dans o_asis_ ou _cas_o_ar_, qu’on
prononce facilement ou_asis_ et _cas_ou_ar_, quand on parle un peu
vite[491].
Autrefois, notamment au XVIᵉ siècle, cet assourdissement de l’_o_ en
_ou_ était un phénomène général; jusqu’à la Révolution, _p_o_ète_
et _p_o_ème_, où Boileau avait rétabli définitivement la diérèse en
vers, se prononcèrent en prose et dans l’usage courant _p_ou_ème_
et _p_ou_ète_. Mais cette prononciation ne saurait aujourd’hui être
admise[492].
Je rappelle que _moelle_, _moelleux_, _moellon_, _poêle_, _poêlon_,
devraient s’écrire par _oi_[493]. De même on a respecté l’orthographe
adoptée, à tort ou à raison, pour _g_o-_éland_ (en breton _g_w_élan_)
et pour _g_o-_élette_ (autrefois _goualette_); mais ici l’orthographe a
réagi sur la prononciation, surtout en vers, et l’on est bien obligé de
séparer l’_o_.
DEUXIÈME PARTIE
LES CONSONNES.
Quoique nous ayons établi au début de ce livre un classement des
consonnes, qui nous a été fort utile pour l’étude des voyelles, nous
suivrons ici l’ordre alphabétique, qui paraît plus pratique, en mettant
_ch_ après _c_, et l’_n_ mouillé (_gn_) à la suite de l’_n_.
Mais avant de passer à l’étude particulière des consonnes, quelques
observations générales ne seront pas déplacées.
1º Le changement spontané des consonnes.
Avant tout, nous devons constater une fois pour toutes, pour n’y pas
revenir à chaque instant, un phénomène d’ordre général, qui est le
changement spontané de certaines consonnes[494].
Pour prendre l’exemple le plus simple et le plus aisé à constater, on
croit prononcer _o_b_tenir_, mais on prononce en réalité _o_p_tenir_;
pour prononcer exactement _o_b_tenir_, il faudrait un effort qu’on
ne fait jamais, pas plus en vers qu’en prose, pas plus en discourant
lentement qu’en parlant vite. Ce phénomène s’appelle _accommodation_,
ou même _assimilation_[495].
Ceux qui ont fait un peu de grec connaissent bien ce phénomène: _quand
une muette_, leur dit la grammaire, _est suivie d’une autre muette,
elle se met au même degré qu’elle_. Dans _o_b_tenir_, la labiale douce
_b_, suivie de la dentale forte _t_, se change en la labiale forte _p_;
elle _s’accommode_ à la consonne _qui suit_, et cela spontanément et
nécessairement, par le jeu naturel des organes[496].
En français, ce phénomène est extrêmement général.
D’abord, une muette ne s’accommode pas seulement à une autre muette,
comme dans _o_b_tenir_, où la douce devient forte, et _ane_c_dote_
(ane_g_dote) où la forte devient douce, mais aussi bien à une spirante,
comme dans tous les mots commençant par _abs-_ (a_p_s) ou _obs-_
(o_p_s) et même _subs-_ (su_p_s, sauf devant _i_).
D’autre part, une spirante aussi peut s’accommoder soit à une autre
spirante, comme dans _tran_s_vaser_ (tran_z_vaser) ou _di_s_joindre_
(di_z_joindre), soit à une muette, comme dans _ro_s_bif_ (ro_z_bif),
_Asdrubal_ (a_z_drubal) ou _di_s_grâce_ (di_z_grâce).
Il est vrai que ces heurts de consonnes sont assez rares dans les
mots français; mais cette accommodation passe aussi bien par-dessus
l’_e_ muet, toutes les fois que l’_e_ muet peut tomber, comme dans
_pa_que_bot_ (pa_g_bot) ou _mé_de_cine_ (mé_t_sine), dans _cla_ve_cin_
(cla_f_cin) ou _nous f_ai_sons_ (_v_zons), dans _cré_ve_cœur_
(cre_f_keur), _re_je_ton_ (re_ch_ton), _naï_ve_té_ (naï_f_té), ou _le_
se_cond_ (le_z_gon)[497].
Mais tout ceci se fait normalement, dans le langage le plus soutenu et
le plus lent. Dans le langage très rapide, on en voit bien d’autres,
car l’accommodation s’y fait même entre des mots différents. Le _b_
devient _p_ dans _qu’exhi_bes-_tu là?_ et inversement le _p_ devient
_b_ dans _Phili_ppe _de Valois_; le _d_ se change en _t_ dans _et
ainsi_ de _suite_, et le _t_ se change en _d_ dans _vous ê_te_s
insensé_ (cette fois, c’est l’_s_ final, prononcé uniquement pour la
liaison, et prononcé doux, qui détermine le changement); de même encore
_g_ devient _k_, et _k_ devient _g_, dans _on navi_gue _chez nous_
(i_k_ch) et _cha_que _jour_ (a_g_j)[498].
Même phénomène pour les spirantes: on peut comparer _gra_ve _cela_
(a_f_s) avec _gri_ffes _aiguës_ (i_v_z), _voya_ges-_tu?_ (a_ch_t),
avec _ta_che _de vin_ (a_j_d), _ro_se _pourpre_ (o_s_p), avec _est_-ce
_bien?_ (e_z_b). Le langage tres rapide rapproche même des muettes ou
des spirantes identiques, changeant par exemple une dentale forte _t_
en dentale douce _d_ devant un autre _d_, et ceci est l’assimilation
proprement dite: _vous ê_tes _dur_ (e_d_d), _il galo_pe _bien_ (o_b_b),
_je ne navi_gue _qu’ici_ (i_k_k), _tu bri_ses _ce pot_ (i_s_s), _je
man_ge _chez vous_ (_ch_ch), etc. On va plus loin encore: dans la
prononciation populaire, ou simplement familière, qui supprime non
seulement l’_e_ muet, mais aussi l’_r_ qui précède, à la suite d’une
muette ou d’une spirante, on arrive à _un maî_tre _d’hôtel_ (ai_d_d) ou
_une pau_vre _femme_ (au_f_f).
Les appareils de là phonétique expérimentale ont même constaté une
assimilation plus extraordinaire encore, _par-dessus une voyelle
sonore_. Dans les mots _couché_ s_ous un pin_, il arrive que le premier
_s_ se rapproche sensiblement du second[499].
Tous ces phénomènes sont spontanés et involontaires. Aussi doivent-ils
rester tels, et par conséquent ne se produire que dans un débit très
rapide. Ils sont extrêmement curieux pour le savant, mais ne doivent
être étudiés qu’à un point de vue purement scientifique. Je ne puis que
répéter ici ce que j’ai dit à propos de l’_e_ muet: les phonéticiens
étrangers recueillent précieusement ces phénomènes pour les offrir à
l’étude de leurs compatriotes, ayant pour principe unique: _cela est,
donc cela doit être_[500]. Ils ne se doutent pas que beaucoup de façons
de parler ne sont acceptables que lorsque _et parce que_ personne ne
s’en aperçoit, mais qu’elles sont ridicules, quand elles sont voulues
et manifestes. Il faut parler naturellement. On n’a pas besoin d’effort
pour prononcer un _p_ dans _o_b_tenir_: on le prononce nécessairement,
et, par suite, il est toujours légitime. Mais on ne met pas
_nécessairement_ un _s_ doux dans _est-ce bien_; on doit donc prononcer
le _c_ naturellement, et ne jamais faire effort pour prononcer autre
chose que _c_, même quand on parle vite: il se change toujours assez
tôt en _z_, sans qu’on s’en aperçoive, ni celui qui parle, ni celui qui
écoute, et c’est alors seulement que le phénomène devient légitime.
De ce phénomène spontané on peut rapprocher un autre phénomène qui
se produit aussi spontanément: c’est le redoublement de la première
consonne, dans certains mots sur lesquels on veut appuyer, surtout dans
l’interjection: mmi_sérable!_ _in_ss_ensé!_ Si la première consonne est
suivie d’un _r_, c’est l’_r_ qui se redouble; il est tt_oujours là à
g_rr_atter_. On voit que ce redoublement est un phénomène analogue à
l’accent _oratoire_, et qui coïncide généralement avec lui[501].
2º Quelques observations générales.
Première observation: _les consonnes finales_, qui autrefois se
prononçaient toutes, comme en latin, ont peu à peu cessé en grande
majorité de se prononcer[502]; toutefois, depuis un siècle, grâce à
l’orthographe, beaucoup ont reparu de celles qui ne se prononçaient
plus. Il y a notamment quatre consonnes finales qui se prononcent
aujourd’hui régulièrement; ce sont les deux liquides: _l_ et _r_, avec
_f_ et _c_.
En second lieu, _les consonnes intérieures_ se prononcent aussi
presque toutes aujourd’hui. Ce n’est pas qu’il n’y ait encore beaucoup
d’exceptions; mais leur nombre tend toujours à diminuer, et toujours
par l’effet de la fâcheuse réaction orthographique, due surtout à la
diffusion de l’enseignement primaire[503]. Depuis qu’une foule de
mots sont appris par l’œil avant d’être appris par l’oreille, on les
prononce naturellement comme ils sont écrits. Et puis il y a là aussi
l’effet naturel d’un pédantisme naïf et inconscient; car enfin, quand
on prononce _sculpeter_, _lègue_ ou _aspecte_, cela ne prouve-t-il
pas qu’on a fait des études, et qu’on sait l’orthographe? Aussi les
plus coupables dans cette affaire sont encore ceux, journalistes ou
hommes de lettres, qui s’opposent par tous les moyens à la réforme
de l’orthographe. Quant à ceux qu’on appelle dédaigneusement les
«primaires», ils sont plus excusables: sachant bien qu’il ne dépend
pas d’eux d’écrire comme on parle, ils parlent comme on écrit! Nous
verrons, chemin faisant, les altérations que la langue a déjà subies ou
subira encore, par le fait de notre orthographe.
Enfin, il y a la question des _consonnes doubles_: Quand se
prononcent-elles doubles ou simples[504]? Cette question doit être
étudiée à propos de chaque consonne, dans un intérêt pratique; mais il
y a encore là un phénomène d’ordre général, dont il faut dire un mot
d’avance.
Il va sans dire que la question ne se pose qu’entre deux voyelles
_non caduques_, appuis nécessaires des deux consonnes en avant et en
arrière: _co_l-l_aborer_. Et en effet, à la fin d’un mot, ou devant
un _e muet_, qui tombe régulièrement, la question ne se pose plus:
_djin_(n), _bal_(le), _ter_(re), _dilem_(me), _al_(le)_mand_ se
prononcent nécessairement comme si la consonne était simple[505].
Or, entre voyelles non caduques, la règle générale est que, dans les
mots purement français, et d’usage très courant, la consonne double se
prononce simple: _a_(l)_ler_, _do_(n)_ner_; et il y en a souvent deux
ou même trois dans le même mot, comme _a_(s)_suje_(t)_ti_(s)_sant_
ou _a_(t)_te_(r)_ri_(s)_sage_. On ne devrait donc prononcer les deux
consonnes que dans les mots tout à fait savants, où l’on peut, à la
rigueur, conserver légitimement la prononciation attribuée à l’original
sur lequel ils sont calqués: _co_l-l_apsus_, _co_m-m_utateur_,
_septe_n-n_at_, _i_r-r_écusable_, _proce_s-s_us_, _dile_t-t_ante_[506].
Malheureusement l’emphase naturelle de l’accent oratoire a étendu
cette prononciation à beaucoup d’autres mots, comme _ho_r-r_eur_
ou _ho_r-r_ible_. Et surtout le pédantisme encore s’en est mêlé.
Beaucoup de gens ont cru voir un signe certain d’éducation supérieure,
d’instruction complète, dans cette prononciation réputée savante,
qui est celle du latin et du grec. Aussi s’est-elle étendue
progressivement. Aujourd’hui encore on voit très bien qu’elle gagne de
plus en plus, et atteint beaucoup de mots fort usités qu’elle devrait
respecter, parce qu’ils n’ont rien de nouveau ni de savant[507]. Elle
respecte encore assez généralement les muettes ou explosives, à cause
de la difficulté que produit l’occlusion complète que la bouche doit
subir en les prononçant, comme dans _a_p-p_arat_; elle atteint beaucoup
plus les spirantes (_f_ et _s_ sont d’ailleurs les seules qui se
répètent), car elles ne présentent pas cet inconvénient, mais surtout
_l_, _m_, _n_, _r_, les quatres liquides des grammairiens grecs. Ainsi,
de tous les mots commençant par _=ill=_, _=imm=_, _=inn-=_, _=irr-=_,
et qui, presque tous, sont privatifs, il n’y a plus qu’_i_(n)_nocent_
et ses dérivés immédiats qui soient à peu près respectés, et dans la
plupart des mots on prononce _toujours_ les deux consonnes, à moins
qu’on ne parle très vite[508].
Il faut dire en effet que cette prononciation dépend beaucoup du plus
ou moins de rapidité de l’élocution: entre les mots où on ne prononce
jamais qu’une consonne et ceux où on en prononce toujours deux, il y
en a beaucoup où on en prononce tantôt une, tantôt deux, suivant qu’on
parle plus ou moins vite. D’ailleurs, en cas d’hésitation, il sera bon
de se pénétrer de ce principe qu’on ne fera jamais une faute grave
en prononçant une consonne simple quand l’usage est de la prononcer
double, tandis qu’on peut être parfaitement ridicule en la prononçant
double quand elle doit rester simple, comme de dire _do_n-n_er_ ou
_nous a_l-l_ons_.
_NOTE SUR LA PRONONCIATION DU LATIN_
Puisque la prononciation latine est en cause dans ce cas plus
qu’ailleurs, on nous saura peut-être gré de réunir ici, en tête
des consonnes, les règles spéciales qui la concernent, et qui sont
disséminées un peu partout dans le livre, avec les exemples nécessaires.
En principe, nous prononçons le latin, à tort ou à raison, plutôt à
tort, à peu près comme le français. Nous ne l’en distinguons que dans
un petit nombre de cas, dont l’énumération n’est pas longue.
On a vu déjà précédemment comment nous prononçons les voyelles: que
l’_e_ ouvert ou fermé n’a pas d’accent, que l’_u_ ne sonne jamais _ou_,
que _um_ se prononce toujours _ome_ (même après un _o_), et que _un_ se
prononce toujours _on_, sauf dans _hunc_, _nunc_ et _tunc_, et les mots
commençant par _cunct-_.
Les nasales sont identiques à celles du français, sauf qu’il ne peut y
en avoir que devant une consonne, et non en fin de mot, et que _en_ a
toujours le son _in_, notamment dans la finale _-ens_.
On a vu aussi que les seules diphtongues latines, _æ_, _œ_ et _au_,
sont prononcées comme les voyelles _é_ et _o_. Il en résulte que devant
_æ_ et _œ_, le _c_ et le _g_ gardent le même son qu’en français devant
_e_.
Nous faisons aussi de fausses diphtongues avec l’_u_, après _g_ ou _q_,
mais seulement devant _a_, _e_ (ou _æ_) et _i_: l’_u_ se prononce _u_
devant _e_ et _i_, et _ou_ devant _a_, tandis que devant _o_ et _u_ il
ne compte pas.
_Ch_ a toujours le son guttural.
Il n’y a jamais de son mouillé, ni pour _gn_, ni pour _ll_.
_Ti_ devant une voyelle est sifflant, comme en français, sauf en tête
des mots, ou après _s_ ou _x_.
Les consonnes finales s’articulent toujours: c’est ce qui fait qu’il
n’y a point de nasales à la fin des mots.
Cette prononciation est d’ailleurs détestable, et peut-être le jour
n’est-il plus éloigné où on en adoptera une autre, un peu moins
française, mais plus latine.
B
_A la fin des mots_, le _=b=_, très rare dans les mots proprement
français, ne s’y prononce pas: _plom_(b), _aplom_(b), _surplom_(b), et
autrefois _coulom_(b)[509].
Il se prononce dans les mots étrangers, qui sont naturellement beaucoup
plus nombreux, comme: _naba_b, _baoba_b, _ca_b, _naï_b, _sno_b, _ro_b,
_clu_b, _tu_b, _rhum_b, etc.[510].
Dans _radoub_, le _b_ ne devrait pas davantage se prononcer, et
les gens de métier ne le prononcent pas; mais la vérité est qu’ils
emploient fort peu ce mot, se contentant du mot _bassin_; ils laissent
ainsi le champ libre à ceux qui n’apprennent ce mot que par l’œil, et
qui naturellement articulent le _b_: ce sont de beaucoup, aujourd’hui,
les plus nombreux.
* * * * *
_Dans le corps des mots_, le _b_ se prononce aujourd’hui partout
devant une consonne. On fera bien de veiller à ne pas le changer en
_m_ dans _tom_b(e) _neuve_, et plus encore à ne pas le supprimer dans
_o_b_stiné_ et _o_b_stination_[511].
Le _=b=_ _double_, assez rare, compte pour un seul à peu près
partout: _a_(b)_bé_, _sa_(b)_bat_, _ra_(b)_bin_, et aussi bien
_ra_(b)_bi_, qui est le même mot au vocatif. On n’en prononce deux
que dans deux ou trois mots savants: _gi_b-b_eux_ et _gi_b-b_osité_,
peut-être _a_b-b_atial_ ou _sa_b-b_atique_; encore n’est-ce pas
indispensable[512].
C
1º Le C final.
Le _=c=_ est une des quatre consonnes qui se prononcent aujourd’hui
normalement _à la fin des mots_:
I. _Après une voyelle orale_, d’abord, le _c_ final sonne généralement:
_cogna_c, _ba_c, _la_c, _sa_c, _be_c, _se_c, _ave_c, _trafi_c,
_publi_c, _cho_c, _blo_c, _ro_c, _bou_c, _du_c, _cadu_c, _su_c,
etc.[513].
La plupart de ces mots sont d’ailleurs des mots plus ou moins
techniques ou étrangers, des substantifs verbaux, des adverbes, ou des
mots où le _c_ a reparu après éclipse, par analogie avec le plus grand
nombre[514].
Contrairement à la majorité des mots, mais conformément à la règle des
consonnes finales, le _c_ est devenu ou resté muet dans un certain
nombre de mots suffisamment populaires: dans _estoma_(c) et _taba_(c),
et dans _cotigna_(c), moins usité, où il tend à se rétablir[515]; dans
_cri_(c), machine; dans _bro_(c), _cro_(c), _accro_(c), _raccro_(c) et
_escro_(c); dans _caoutchou_(c)[516].
Pendant longtemps la prononciation familière a volontiers omis le _c_
d’_ave_c devant une consonne: _ave_(c) _moi_, _ave_(c) _lui_: cette
prononciation est aujourd’hui dialectale, et on la tourne même en
ridicule.
Le _c_ d’_arseni_c, qui s’était amui, s’est aussi généralement
rétabli[517].
Au pluriel, le _c_ sonne aussi bien qu’au singulier, les deux nombres
ayant pris peu à peu avec les siècles une prononciation identique[518].
Même dans le pluriel _éche_c_s_, qui s’est longtemps écrit _échets_, au
sens de jeu, la suppression du _c_ est tout à fait surannée, le pluriel
s’étant à la fin, là aussi, assimilé au singulier.
Toutefois le _c_ ne sonne pas devant l’_s_ dans _la_(cs) et
_entrela_(cs).
Le _k_ ou le _q_ joints au _c_ final n’y ajoutent rien: _colba_c(k),
_bifte_c(k), _sti_c(k), _bo_c(k), etc.[519].
II. _Après une voyelle nasale_, le _c_ final est resté muet: _ban_(c),
_blan_(c), _flan_(c) et _fran_(c), _vain_(c) et _convain_(c), _jon_(c),
_ajon_(c) et _tron_(c)[520].
Le cas de _donc_ est particulier. En principe, le _c_ n’y sonne pas
non plus. Toutefois, si le mot est en tête d’un membre de phrase, pour
annoncer une conclusion (_je pense, don_c _je suis_), et, d’une façon
générale, si l’on veut souligner le mot pour une raison quelconque, on
prononce le _c_ (ainsi que dans _adon_c et _on_c). En dehors de ces
cas, on l’articule rarement, même quand il termine la phrase: _laissez
don_(c). Surtout on ne l’articule pas devant une consonne: _vous êtes
don_(c) _bien riche?_ Devant une voyelle, il est encore correct ou
élégant de le lier: _où êtes-vous don_c _allé?_ Mais cela même n’est
pas indispensable.
Le _c_ de _zin_c, se prononce toujours, mais il sonne comme un _g_.
On n’a jamais su pourquoi; car autrefois, c’était le _g_ final qui
s’assourdissait en _c_, comme toutes les sonores finales; or, c’est
justement le contraire qui se fait ici. Mais c’est un fait contre
lequel les efforts des grammairiens n’ont pu prévaloir[521].
III. _Après une consonne articulée_, le _c_ final sonne généralement:
_tal_c, _ar_c, _tur_c, _fis_c, _mus_c[522]. Il sonne même
aujourd’hui dans les composés _ar_c-_bouter_ et _ar_c-_boutant_ ou
_ar_c-_doubleau_, quoi qu’en disent les _Dictionnaires_, qui retardent
sur ce point: telle est du moins la prononciation des architectes. Il
faut seulement éviter _ar_que-_boutant_.
Toutefois, il ne se prononce pas encore dans _mar_(c), résidu:
_eau-de-vie de mar_(c); ni dans _mar_(c), poids: _au mar_(c) _le
franc_[523].
Le _c_ ne sonne pas davantage dans _cler_(c)[524].
De plus, le _c_ de _por_c, qui ne sonnait plus nulle part depuis
longtemps, ne sonne toujours pas à la cuisine ou chez le charcutier: on
n’y achète pas _du por_c _frais_, mais du _por_(c) _frais_, _du por_(c)
_salé_, etc. Si au contraire on veut désigner l’animal lui-même, on
rétablit volontiers le _c_, même au pluriel: _un troupeau de por_(cs)
ou _de por_c(s), mais surtout au singulier: _un por_c, et plus encore
si l’on prend le mot au figuré dans un sens injurieux. Le _c_ sonne
également dans le composé _por_c-_épic_.
2º Les mots en-CT.
Les mots en =_-ct_= demandent un examen particulier, car leur histoire
est complexe et n’est pas terminée.
1º Dans _ta_ct, _inta_ct, _conta_ct, et dans _compa_ct, il semble que
_ct_ s’est toujours prononcé. _Exact_, plus populaire, a tendu à perdre
le _c_ ou le _t_, ou les deux; et si l’on ne prononce plus _exa_c(t)
ni _exa_(c)t, on entend encore _exa_(ct); pourtant _exa_ct a fini par
l’emporter, et sans doute on ne reviendra pas en arrière[525].
2º _Parmi les mots en_ =_-ect_=, les mots _dire_ct et _indire_ct,
_corre_ct et _incorre_ct ne paraissent pas avoir jamais perdu leurs
consonnes finales, non plus que le mot savant _intelle_ct, sans parler
de l’anglais _sele_ct. Il n’en est pas de même des autres.
_Abje_ct et _infe_ct ont flotté longtemps, avec préférence pour le son
_è_, avant de reprendre définitivement _ct_[526].
Restent les mots en _=-spect=_: _aspect_, _respect_, _suspect_,
_circonspect_. Ils ont longtemps flotté aussi entre trois ou quatre
prononciations, et La Fontaine, pour rimer avec _bec_, n’hésite pas à
écrire _respec_ et _circonspec_[527]. La prononciation par _t_ seul
a complètement disparu, mais les prononciations par _c_ ou _ct_ ont
encore l’espoir de vaincre. La seconde, par _ct_, admissible peut-être
pour _suspe_ct, est certainement la plus mauvaise pour _aspe_(ct) et
_respe_(ct); l’autre, par _c_ seul, est admissible en liaison, et même
tout à fait générale dans _respec_(t) _humain_; mais, en dehors de la
liaison, je crois qu’on peut encore provisoirement la condamner, et
s’en tenir à _respe_(ct), aussi bien qu’à _aspe_(ct), _circonspe_(ct),
et même _suspe_(ct)[528].
En revanche, le _c_ et le _t_ se prononcent également dans _suspe_ct_e_
et _circonspe_ct_e_: sur ce point, il n’y a pas de discussion.
Il ne faut pas assimiler aux autres mots en _-spect_ le mot technique
_anspe_c(t), terme de marine, qui n’a pris un _t_ dans l’orthographe
que par une fausse analogie avec les autres: c’est le seul mot où le
_c_ doive toujours se prononcer, et toujours seul.
3º Parmi les mots en _=-ict=_, le _c_ et le _t_ se prononcent encore
dans _stri_ct et _distri_ct, et naturellement dans l’anglais _verdi_ct
et _convi_ct, mais non dans _ami_(ct), terme de liturgie, qui n’est
guère employé que par des gens du métier, ce qui est une garantie
contre l’altération.
4º Les mots en _=-inct=_ ont flotté longtemps, comme les mots en
_-ect_, avant de perdre leurs consonnes finales. Mais _distin_ct et
_succin_ct les ont reprises au cours du dernier siècle, et sans doute
ne les perdront plus: _succin_(ct), et par suite _succin_te, sont
surannés. Au contraire, _instin_(ct) résiste fort bien sans _c_ ni _t_,
et l’on doit encore condamner _instin_c(t)[529].
3º Le C intérieur.