COMMENT ON ABÎME LES CHEVAUX DE COURSE.

Personne n'ignore, dans le monde sportif, que beaucoup de personnes peu

scrupuleuses n'hésitent pas à faire usage de procédés particuliers pour

donner artificiellement aux chevaux de course l'énergie nécessaire à

l'obtention de la victoire. Elles droguent et médicamentent ceux-ci de

façons variées: c'est le _doping_, un truquage d'importation américaine.

Ce truquage se fait avec des alcaloïdes divers, le plus souvent. On

n'attend point de nous l'indication des doses à employer et de la

manière de les administrer: mais nous pouvons indiquer les poisons dont

les maquignons font le plus souvent usage pour donner aux bêtes une

énergie factice. Ce sont surtout la strychnine, la caféine, la cocaïne,

l'atropine et le cacodylate de soude. Ces matières sont généralement

administrées les unes par la bouche, d'autres en injection, pendant les

quelques jours ou heures qui précèdent l'épreuve. Les uns sont des

stimulants nerveux; d'autres sont des excitants de la nutrition. Les

pauvres bêtes qui ont été traitées sont généralement reconnaissables:

elles transpirent beaucoup, elles salivent, elles sont agitées,

tremblantes, l'oeil est vague, inexpressif, atone, la démarche est celle

du maquignon qui a absorbé quelques petits verres de trop, incertaine,

titubante. Ces signes, toutefois, ne peuvent donner la certitude; seule

une expertise chimique peut la fournir. La circonstance qui fait du

_doping_ une pratique frauduleuse et délictueuse, c'est que le

possesseur du cheval cherche à donner à celui-ci les apparences de

qualités qu'il ne possède pas réellement. Les courses ont pour

but--paraît-il--de permettre une sorte de sélection des individus les

mieux doués, de ceux qu'il convient d'employer comme reproducteurs. Or,

il est bien évident que, si un amateur achète un cheval sur une victoire

qu'il vient de remporter et qui le classe parmi les sujets d'élite,

propres à propager une race plus rapide, cet amateur est volé si le

cheval ne doit son succès qu'à un artifice médicamenteux. Il est induit

en erreur sur la valeur réelle de l'animal. Car celui-ci n'a aucune

chance spéciale de donner une progéniture supérieure: en outre, c'est un

animal qui sera vite à bout de forces. Les excitants qui lui sont

administrés le ruinent: il arrive à la neurasthénie et à la maladie de

coeur. Jamais le _doping_ ne donnera de résultats pouvant être, même du

plus loin, comparés à ceux de la nutrition rationnelle et de

l'entraînement scientifique. Il ne peut que ruiner les chevaux. C'est

donc une pratique immorale et inintelligente à la fois.

L'Illustration, No. 3251, 17 Juin 1905 · 第 13 / 18 题