CIX

Ah! belle jeunesse, éternel appeau!

Le vent avait cessé. Dans l'amplitude

et le silence du vaste Rhône

les hommes somnolant, la caravane

sous le soleil d'été remontait lentement,

avec, de loin en loin, quelque mouette

qui voletait sur le travers du fleuve.

Soudain s'élève, dans le lointain du nord,

un sourd bourdonnement. A l'horizon

il se perdait, puis bourdonnait encore,

comme le claquet d'un moulin farouche

qui serait descendu par la rivière.

Puis c'était une toux absconse

qui augmentait toujours, toux saccadée,

comme on eût dit d'un taureau, d'un dragon

suivant de l'archipel les sinuosités.

Puis un ébranlement subit remua l'onde,

faisant sursauter la batellerie,

pendant qu'en amont un flot de fumée

obscurcissait le ciel: et derrière les arbres

apparut tout d'un coup, fendant le Rhône,

un long bateau à feu. Tout l'équipage

redressa les bras, à l'aspect du monstre.

En poupe, Maître Apian, devenu pâle,

regardait muet la barque magique,

la barque dont les roues battaient comme des griffes,

et qui soulevait des vagues énormes

et formidablement fondait sur lui.

Le Poème du Rhône, en XII chants. Texte Provençal et Traduction Française · 第 273 / 296 题