CVI

Et fais tirer! en jetant sa crierie

de joie et de valeur, et d'impatience

ou d'abandon en Dieu, la batelée

s'avançait lentement; et le Caburle,

sa haute proue rengorgée sur le Rhône,

échangeait son salut avec les autres flottes

qui au fil de l'eau descendaient rapides.

--«A Dieu soyez!»--«Adieu!»--«C'est l'équipage,

n'est-ce pas? de Jean la Miche, de Serrières...

Il a de beaux chevaux!»--«Le vent s'aheurte?»

--«Comme un brigand!»--«C'est donc comme à la joute?»

--«Hélas! en quinze jours quatorze lieues,

comme il se dit.»--«Allons, et à la compagnie!»

Et les bateaux, avec les bras levés,

disparaissent là-bas à la descise.

Et après l'une l'autre les rencontres se suivent

de loin en loin.--«N'est-ce pas Thomas d'Andance

qui fend l'eau en amont? Voyez donc comme il sille!»

--«A Dieu soyez!»--«Adieu!»--«Oui, il a deux penelles,

ce rustaud vivarais, et deux sapines

qui doivent lui en rendre: on dit qu'il charge

tout pour son compte.»--«Allons donc! des citrouilles...

Et des Cuminal on disait merveille

avec leur _Grand-Zidore_[6]; ils ont plié quand même!»

Le Poème du Rhône, en XII chants. Texte Provençal et Traduction Française · 第 270 / 296 题