_Dieu soit céans, la belle hôtesse!
Nous voici quelques bons lurons
Qui ne traînons pas la tristesse,
Tout en remorquant nos bateaux.
Un bon pilote à la descise
Tient le voyage gai, dispos;
Mais pour revoir la Pierre-Encise[6],
Faut tenir le fanal huilé.
Sortez les olives charnues
Et brouillez un bon saupiquet:
Si nous avons les braies de cuir,
Y a ce qu'il faut dans le gousset.
Nous avons raflé la Provence
Et raclé le Revestidou[7]
Et sommes chargés comme abeilles;
Mais les eaux fières portent tout.
Le vin de la côte du Rhône
Est une assez brave liqueur,
Pourvu qu'on ne l'arrose point
Avec l'eau sale du grand gouffre.
Pour baigner les morceaux de viande
Et pour nous faire un peu chanter,
Dans la gamelle de la soupe
Il faut en jeter une écope.
Puis, s'il arrive quelque émoi
Ou si l'on touche un banc de sable,
La perte sera pour le maître,
La peine pour les mariniers._