XCVI

--«On le dit bien; mais puis, qui y pénètre

dans ces profondeurs-là! Sais-tu que ce n'est pas,

fit-elle, si aisé de remonter la combe?

les affreuses falaises qui l'emmurent?

le Rocher du Corbeau, le Roc de l'Épervier,

et le Château, là-haut, de Dame Vierne?

puis les rapides de l'Ardèche: la Fève,

le Siège, la Chaire, la Cheville;

après, le pic du Chien... Une fois aux cavernes,

c'est là qu'il ne faut pas être poltronne!

Tu rencontres un trou qui peut, sous terre,

te mener, qui sait où? peut-être au diable!

Maintenant, en rampant, avec de la lumière,

si tu te risques dans cet abîme sombre,

ah! l'on dit que c'est beau! Tu trouves là des cryptes,

tu trouves là des grottes, des chambres, des chapelles

qui, toutes diamantées, te font venir

les papillons aux yeux. Arc-boutée de colonnes,

il y a une église magnifique, dit-on,

avec ses fonts de baptême, ses orgues,

avec ses bénitiers et sa tribune!

Tu as là, de plain-pied, une salle de danse

ayant, garnis de milliers de chandelles,

les lustres suspendus à son plafond;

tu as, tout prêts, pleins d'une eau cristalline,

une salle de bains; un cimetière

avec ses grandes tombes blanchissantes;

de longues allées d'arbres qui font ombre;

un théâtre étalant sa colonnade;

merveilleuse, en un mot, une cité

qui de ses habitants est veuve et restée vide...

On y a vu pourtant une grosse tortue,

on y a vu le Lert[3], d'autres bêtes horribles...»

--«Mais, vois! dit le petit subitement,

tu en as une sur ta bague, de ces bêtes?»

--«Ça? c'est le Drac, ma foire de Beaucaire.»

--«Et qui te l'a donné?»--«Mon fiancé, qui est là.»

--«Sais-tu que c'est joli!»--«Découvre la marmite,

cria l'Anglore, car elle va verser!»

Le Poème du Rhône, en XII chants. Texte Provençal et Traduction Française · 第 259 / 296 题