LXXXVII

Oh! Dieu! pensez-vous qu'elle fut contente!

Elle lui aurait sauté au cou... Mais, bref,

à l'heure où les cafés chantants, la nuit, se vident,

Guilhem, une fois, errant par les rues,

a rencontré pourtant les Vénitiennes

et vite, vers l'estrade des chanteuses,

s'est attablé tout seul, par gentillesse.

Il a passé le jour avec sa brune,

et, au retour du bonheur, il plaisante:

--«Eh bien, leur fait-il, ce trésor des papes,

qui, en Avignon, gît dans le grand puits,

cette brochée d'apôtres,

ces douze revenants à barbe d'or que garde

le Basilic, quand est-ce qu'on ira les chercher?»

--«Seigneur! dit une d'elles, ne vous inquiétez pas!

Nous avons qui nous faut pour tenter l'aventure

et pour mettre à mort, s'il est nécessaire,

le Basilic!»--«Peuh! on comprend de reste,

une autre ajouta, que telle trouvaille

ne soit que peu de chose pour le prince:

aurait-il manque d'or, étant le courtisan

d'une qui en ramasse dans les fleuves!»

Le prince répondit:--«Mesdames,

celle-là n'eut besoin, pour être aimée,

que d'éclore (quelqu'un en serait-il jaloux?)

comme fait la violette, humble et pourtant cherchée,

à l'ombre d'un buisson, zon, zon, turelure!...»

Le Poème du Rhône, en XII chants. Texte Provençal et Traduction Française · 第 248 / 296 题