LXXIII

Dans l'entre-temps de ces gentils devis,

en rive d'Avignon les barques cependant

viennent, suivant la file, amarrer tour à tour.

--«Embraque le câbleau! range la terre!

commande Maître Apian de sa voix rude,

Contre le quai accoste le Caburle!

Avance la carate! A la sapine!

Pousse la sisselande! aborde, aborde!...

Là!»--Les bateaux aux bâches montueuses

s'agglomèrent au pied de la falaise abrupte,

devant le Pont Saint-Bénézet qui montre

l'ombre géante de ses arches rompues.

Les apparaux en ordre, la flotte en sûreté,

processionnellement, marchant un devant l'autre,

selon leur usage, au long de la rue,

à pas comptés le vieux patron menant la file,

les petits mousses courant après la troupe,

en tanguant, bras ballants, à leurs grandes auberges

des Fusteries, du Limas[5], les beaux hommes

s'en vont souper joyeux. Avec son père

l'Anglore les suit, quelque peu penaude

de ne pas revoir le prince autour d'elle,

le petit prince à la barbiche blonde,

qui peut-être a fait quelque mue nouvelle...

Peut-on savoir? Le Drac, peut-être, au Rhône

doit descendre la nuit dans son palais,

si telle est sa loi... Ah! va, ma pauvrette!

Guilhem, avec les dames de Venise

qui de leurs mignardises l'environnent,

au cabaret de la Petite-Hôtesse,

sous les peupliers blancs et les treilles, là-bas,

est allé faire une escampette... Bref,

Guilhem est jeunet, il prend ses ébats.

Le Poème du Rhône, en XII chants. Texte Provençal et Traduction Française · 第 230 / 296 题