En lui faisant les doux yeux, la troisième
des Vénitiennes dit alors au prince:
--«Donnez-moi votre main.» Et le galant
offre sa main, sérieux, à la dame:
--«Belle main, fine main, et caressante,
dit la chiromancienne curieuse,
bonne main, noble main...» Et dans la sienne
la dame la palpait, la cajolait,
«Oui, main de roi, main fée et main de gloire,
qui fait ce qu'elle veut! avec des lignes
qui vont s'entrecoupant indéfinies:
ligne d'amour croisant ligne de tête,
comme il se voit souvent; ligne de vie...
Aïe! le mauvais passage! A un tournant,
pas loin d'ici, sur le Rhône peut-être,
la Mort, seigneur, vous guette avec sa faux...
Prenez garde!...»--«Que diable vas-tu lui dire là!
en même temps crièrent les deux autres,
Nous sommes tous en passe, sur le Rhône, de boire
à la grande tasse, et, allons, jeunesse,
buvons, en attendant l'inconnue malencontre,
le vin brillant de nos jeunes années!
Puis, dans Beaucaire, en avant! ce coup-ci,
puissions-nous tous y faire bonne foire!»