LXXI

--«Je suis, dit Guilhem, à votre service:

la chose m'intéresse, car douze statues

en or massif, oui certes, valent bien

la peine de tenter leur découverte.»

--«Et, dit une autre (celle qui était blonde),

ne ferions-nous pas tourner la baguette

ou le sas, s'il fallait? Je connais le métier;

et s'il y a, ma dogaresse, quelque chose,

si profond serait-il, va, il faudra qu'il sorte...

Mais, par saint Marc, ajouta-t-elle en faisant voir

toutes ses dents de belette, j'en jure!

Je ne donnerais pas douze crottes de rat

de tes douze apostoles...» Et de rire.

--«A moins qu'on ne les ait déterrés, mon amie,

chez moi, à la maison, répliqua la première,

je l'ai toujours ouï raconter, ce beau songe!

Et voilà cinq cents ans que nous vivons

sur le reflet de sa verte espérance...»

--«Et vous faites bien, parbleu! et fort bien,

dit le jeune sage; car la vie, qu'est-elle?

sinon un songe, une apparence au loin,

une illusion sur l'eau glissante,

qui, devant nos yeux s'enfuyant toujours,

comme un jeu de miroir nous éblouit,

nous attire au leurre et nous sert d'appât!

Ah! qu'il fait bon naviguer sans répit

vers son désir, encore que ce ne soit qu'un songe!

Un temps viendra, qui s'approche peut-être,

où les gens auront tout à portée de la main,

où les gens auront tout, sauront tout à l'épreuve

et, regrettant les vieux mirages,

qui vous a dit que vivre ne les lassera point!»

Le Poème du Rhône, en XII chants. Texte Provençal et Traduction Française · 第 228 / 296 题