LVIII

Elle, enivrée par le philtre d'amour,

dans ce beau seigneur qui la charme

retrouve en plein le Drac, qui sous la vague,

au blanc tremblement de la lune,

l'a fascinée tant et tant de fois!

Et quoi d'étonnant que lui, dieu du Rhône,

se plaise à fréquenter, dans son caprice,

avec les barques et les gens de rivière!

Ne voit-on pas les bièvres[5], à fond de cale,

venir dans les bateaux, quelquefois, se cacher,

au point que, pour les mettre hors, il faut se battre!

Patron Apian, le gros Toni et d'autres,

vers les rochers de Donzère, là-haut,

n'ont-ils pas vu le Drac, sous la forme

d'un serpent ou dragon gros comme une bouteille,

sortir du Rhône et entrer dans les blés

en tordant les épis avec des ondes telles

que le pilote, d'effroi, en eut fièvre

et que son corps se couvrit d'élevures!

Et ne l'a-t-on pas vu aussi, sur la lisière

du Petit-Rhône, au temps de la moisson,

en tapinois se glisser sous les jupes

de quelque moissonneuse à demi endormie

et, s'entortillant autour de sa taille,

l'étreindre doucement de ses circonvolutions

et lui téter le sein jusques à ce qu'il tombe

assouvi de lait et de volupté!

Le Poème du Rhône, en XII chants. Texte Provençal et Traduction Française · 第 213 / 296 题