Les arcades
du Pont Saint-Esprit, prodigieuses,
leur passent en triomphe sur la tête.
Les bateliers, baissant le front, saluent
saint Nicolas dans sa chapelle antique,
démolie aujourd'hui, mais qui sauvegardait
aux temps anciens «l'arcade marinière»,
dont l'ouverture était si dangereuse
qu'on n'y compte plus les bateaux perdus.
La Provence apparaît, car son entrée,
c'est le Pont Saint-Esprit avec ses piles
et ses vingt arcs superbes qui se courbent
en guise de couronne sur le Rhône.
C'est là la porte sainte, la porte triomphale
de la terre d'amour. L'arbre d'olives,
le grenadier, fier de sa floraison,
et les millets aux grandes chevelures
ornent déjà les côtes et les alluvions.
La plaine s'élargit, les orées verdoient,
dans la clarté le ciel s'emparadise,
on aperçoit les Ubacs du Ventour[4]:
le princillon d'Orange et la petite
glaneuse d'or croient pénétrer d'emblée
dans la bénédiction. Lui se délecte
(ah! la boisson délicieuse et fraîche!)
à boire dans cette jeunesse
la vie à sa source toute bouillonnante
et l'émerveillement de l'âme neuve
qui sourit à tous les mirages
et se livre toute à son illusion.