XL

Au port d'Ancone, à peine ont-ils mangé l'anchois

qu'on charge de nouveau, vlan sur le tas...

Mais que cela sent bon! sur le Caburle

ils ont embarqué vingt sacs de violettes

qu'on portera aussi à Beaucaire: récolte

qui s'est faite au Mézenc et à Sainte-Eulalie

ou soit vers le Grand-Serre ou la Val-Drôme.

De cette sécherie de la fleur au col tors

le Rhône tout entier aussitôt se parfume.

Au lit du Rhône semé d'îles

le soleil jette ses rayonnances tièdes,

sur les tourbillons qui tournoient brillants

et l'un dans l'autre en bouillonnant se perdent,

et sur les bosquets d'où sortent les _aubes_[9],

avec leurs troncs à haute tige, blancs,

ronds et polis, comme on dirait les cuisses

de quelque nymphe ou déesse géante.

Des _ségonaux_[10] verdoient les oseraies;

dans les cannaies, nombre de rousseroles[11]

poussent leur cri strident. Aux falaises lointaines

ou qui, taillant la rive, se rapprochent,

les vautours fauves décrivent de grands cercles

ou planent les faucons sur les hauteurs.

Entre les bords amuïs, solitaires,

pacifique descend la longue flotte,

et autour d'elle s'épand la vue si loin

et tellement est vaste le silence

qu'elle semble être à mille lieues du monde.

Le Poème du Rhône, en XII chants. Texte Provençal et Traduction Française · 第 190 / 296 题