XXXIX

Mais devers la proue

se sont retrouvés Jean Roche et le prince:

--«Savez-vous? il faudra que vous payiez sa foire

à la petite Anglore, ce voyage...»

--«Vraiment? tu crois qu'elle vienne à Beaucaire?»

--«Parbleu! chez les marchands il faut bien qu'elle vienne

vendre sa cueillette de paillettes d'or.»

--«Voguons toujours! de la grande Nature

qui depuis Lyon nous fascine,

ce m'est un charme de saluer en elle

la prime fleur, la reine naturelle.»

--«A mesure, seigneur, que devers sa présence

nous dévalons, de lone en lone[8],

vous allez voir le fleuve rélargir ses rives

et les amours y faire leurs plongeons.

Laissez passer le Cengle avec sa tour maudite

que vous voyez pencher, là-bas,

depuis qu'aux Huguenots certaines nonnes

ouvrirent une fois leurs grilles;

puis Charmes, et Beauchastel, où le Rhône,

affouillé par l'Eyrieu, a tant de profondeur;

et Pierregourde, et Saint-Laurent-du-Pape,

et au loin les Cévennes... De la Voulte

nous franchirons tantôt les îles verdoyantes,

hantées par les castors et par les loutres,

et celle aussi qu'on nomme _Pren-té-garde!_...

Puis nous verrons Cruas, Rochemaure la Noire,

et nous jetons l'amarre au port d'Ancone.»

Le Poème du Rhône, en XII chants. Texte Provençal et Traduction Française · 第 189 / 296 题