XXXVIII

Et Maître Apian s'interrompant:--«Empire!»

s'écria-t-il soudain en s'essuyant les cils,

le chapeau à la main. «Ah! en fait d'homme, allez,

pour trouver son second de cette frappe,

on pourrait bien courir!»--«Prenez garde, les mousses!»

hèlent les radeliers d'un train de bois

qui va flottant par le milieu du Rhône.

--«Et d'où vient le radeau, fainéants?»--«De l'Isère.»

--«Vous avez là un flottage fameux!»

--«Oui, pour vingt mille francs.»--«Bois de marine?»

--«C'est pour Toulon... Regardez quels troncs d'arbres!

Mais il fallait les voir, en haut de la montagne,

lorsqu'ils bondissaient aux couloirs des pentes,

avant que d'être reliés par les harts!

Nous avons des sapins, là, des hêtres, des rouvres,

qui ont peut-être deux cents ans, sans trop dire...

Cela vient du Vercors, des Terres-Froides

et des futaies de la Grande-Chartreuse,

du tonnerre de Dieu!»--«De belles pièces...

Mais n'allez pas heurter contre les piles

du Pont-Saint-Esprit!»--«Il y en aurait pour tous,

car il n'est pas dit que le pont ne saute...

A la barre! à la barre!»--«Adieu, les Allobroges!»

--«Adieu, les goinfres!»

Le Poème du Rhône, en XII chants. Texte Provençal et Traduction Française · 第 188 / 296 题