XXXVII

Il y avait des femmes,--allons, des malheureuses,--

qui, leurs enfants étant morts au service,

du chemin lui criaient: «Mangeur de monde!

«rends-moi mon fils!» Dans les villages,

les paysans, pressant aux doigts, terribles,

un écu de cinq francs pour le connaître,

le poing en l'air, braillaient ainsi: «Au Rhône

«le _châtaignier!_ le _tondu!_[7]» Misérables!

cela faisait frémir... Mais dans son infortune,

atterré, silencieux, tel qu'un Ecce-Homo,

lui regardait là-bas, comme insensible,

le Rhône qui allait se perdre dans la mer.

A un relais de poste, au changement

de chevaux qui a lieu, les cheveux hérissés,

le couteau à la main, une hôtelière

saignant une volaille sur sa porte

proféra ce cri: «Ha! le sacré monstre,

«si je le tenais là! En pleine gorge

«pussé-je ainsi lui planter mon couteau!»

L'empereur, d'elle inconnu, s'avance d'elle:

«Que vous a-t-il donc fait? dit-il.--«J'avais deux fils,»

répond la mère en deuil qui se courrouce,

«deux beaux garçons, taillés comme deux tours!

«Il me les fit périr dans ses batailles.»

--«Leurs noms ne périront pas dans les astres!»

Napoléon lui dit avec tristesse;

«Et que ne suis-je, moi, tombé comme eux!

«car ils sont morts pour la patrie au champ de gloire.»

--«Mais vous, qui êtes-vous?»--«Moi? je suis l'empereur.»

Aïe! bonne femme! (je vous demande, prince!)

A genoux à ses pieds, aussitôt, éperdue,

la pauvre mère lui baisa les mains,

lui demandant pardon, et toute en larmes.»--

Le Poème du Rhône, en XII chants. Texte Provençal et Traduction Française · 第 187 / 296 题