Il y avait des femmes,--allons, des malheureuses,--
qui, leurs enfants étant morts au service,
du chemin lui criaient: «Mangeur de monde!
«rends-moi mon fils!» Dans les villages,
les paysans, pressant aux doigts, terribles,
un écu de cinq francs pour le connaître,
le poing en l'air, braillaient ainsi: «Au Rhône
«le _châtaignier!_ le _tondu!_[7]» Misérables!
cela faisait frémir... Mais dans son infortune,
atterré, silencieux, tel qu'un Ecce-Homo,
lui regardait là-bas, comme insensible,
le Rhône qui allait se perdre dans la mer.
A un relais de poste, au changement
de chevaux qui a lieu, les cheveux hérissés,
le couteau à la main, une hôtelière
saignant une volaille sur sa porte
proféra ce cri: «Ha! le sacré monstre,
«si je le tenais là! En pleine gorge
«pussé-je ainsi lui planter mon couteau!»
L'empereur, d'elle inconnu, s'avance d'elle:
«Que vous a-t-il donc fait? dit-il.--«J'avais deux fils,»
répond la mère en deuil qui se courrouce,
«deux beaux garçons, taillés comme deux tours!
«Il me les fit périr dans ses batailles.»
--«Leurs noms ne périront pas dans les astres!»
Napoléon lui dit avec tristesse;
«Et que ne suis-je, moi, tombé comme eux!
«car ils sont morts pour la patrie au champ de gloire.»
--«Mais vous, qui êtes-vous?»--«Moi? je suis l'empereur.»
Aïe! bonne femme! (je vous demande, prince!)
A genoux à ses pieds, aussitôt, éperdue,
la pauvre mère lui baisa les mains,
lui demandant pardon, et toute en larmes.»--