--«Ainsi que vous disiez, prince, sur la rivière
tout peut se voir: c'est l'ornière du monde,
reprit le vieux patron. Tenez, le pape:
tout habillé de blanc, et sa main droite
qui nous bénissait hors de son carrosse...
Ne l'avons-nous pas vu deux fois? Une, le pauvre!
lorsque, enlevé de Rome et prisonnier,
on l'emmenait par là-haut à Paris
et qu'ensuite, de chagrin et de fatigue,
il vint mourir en chemin à Valence;
l'autre, quand Bonaparte pour son sacre
l'envoya prendre et que, de bon gré ou de force,
il lui fallut marcher derechef... Bonaparte!
Oh! cet insatiable de conquêtes
qui, nous enveloppant à sa fortune,
nous avait fait si loin tendre la guêtre
et si longtemps déchirer la cartouche,
lui qui avait lancé, d'arrache-pied,
tant de conscriptions aux tueries
que les nations disaient: «Faut que les vaches,
«dans le pays de France, fassent des hommes!»
Eh bien! le croirez-vous, que sur la rive
du Rhône, là où luit la route,
lui, ce grand homme, ce foudre de guerre,
à la défaite, nous l'avons vu conduire
comme un patient, désemparé, tout veule!
On l'emmenait au loin, à l'île d'Elbe...
Le général Bertrand était, dans la voiture,
assis à son côté: la joue blafarde,
un foulard jaune à l'entour de ses tempes,
lui, l'empereur hier de tant de peuples,
aujourd'hui renié des siens, de ses ministres,
de tous ses matadors qui l'encensaient,
descendait au galop... Je m'en souviens!