XXXV

--«Je dis que rien, en ce parage, ne m'étonne:

dans la splendeur de cette vallée claire,

sous les pavillons de vos barques

qui vont glissant au gai courant de l'onde,

mettez-y des princesses, des papesses,

des impératrices, des fées,

en vêtements d'azur, d'or et de pourpre,

toute cette beauté y flotte à la vision,

aussi vivante et légitime et vraie

que nous-mêmes, ici, que l'eau emporte!

Vous voyez, dites-vous, des fleurs de lis? Moi, frères,

je vois la fleur de Rhône, là-bas, dans le soleil

de ce Midi où nous allons... Jean Roche,

y en a-t-il encore pour longtemps? Il me tarde...»

--«Çà, vous ne viendrez pas manger ma soupe?»

repartit le prouvier.--«Prends garde!»

lui crièrent les hommes du timon.

--«Peuh! le soleil n'est-il pas levé pour tous!

Nous ne sommes pas jaloux. L'Anglore doit être

l'étoile lointaine où n'atteint personne,

l'étoile qui brille pour toutes nos barques...

Or, savez-vous? en ce moment elle se peigne,

sémillante et charmante, sur la berge,

la chevelure ébouriffée au souffle

de la brise des bois qui fouille dans les feuilles.»

--«Lui débrouiller les cheveux dans les saules,

tu aimerais mieux ça, n'est-ce pas? vaurien,

ajoutèrent les hommes de la _rigue_,

que pousser à la barre, hein?»--«Royaume!»

cria Patron Apian; et retournant

le gouvernail en un coup, tous ensemble

s'étaient remis vaillants à la manoeuvre.

Le Poème du Rhône, en XII chants. Texte Provençal et Traduction Française · 第 185 / 296 题