O temps des vieux, d'antique bonhomie
où les maisons n'avaient point de serrure
et où les gens, à Condrieu comme chez nous,
se taquinaient pour rire, sous la lampe!
C'était le règne, là, des farandoles,
la danse nationale rhodanienne
et du royaume ancien des Bosonides,
qui, d'Arles à Condrieu, aux jours de fête,
imitatrice du Rhône en ses détours,
ondoie, serpente le long de ses berges.
Là florissait alors la noble joute
en laquelle, tous les dimanches, sur le Rhône,
les riverains, se divisant par groupes,
l'été, luttaient ensemble, la targe au poitrail,
la lance au poing, l'orteil sur l'échelette;
où les garçons se montraient nus,
vaillants et forts, aux yeux des belles filles;
où les jeunes mâtins de Saint-Maurice
s'accotaient, s'aheurtaient avec ceux de Givors...
O temps des vieux, temps gai, temps de simplesse,
où sur le Rhône tourbillonnait la vie,
où nous venions, enfants, voir sur l'eau longue,
voir passer fiers, les mains au gouvernail,
les Condrillots! Le Rhône, grâce à eux,
fut une ruche énorme, pleine de bruit et d'oeuvre.
Tout cela aujourd'hui est mort, muet et vaste,
et de ce mouvement, hélas! tout ce qui reste,
c'est la trace rongée, c'est le sillon
que le câble a creusé contre les pierres.
Oui, un frottis, c'est tout ce qui subsiste
d'une navigation qui eut pour cri: Empire!
Mais des chars de triomphe le passage
ne laisse point visibles sur les voies romaines
plus de vestiges ni plus d'excavation.