UN MARIN VOGUE VERS LA SAINTETÉ

Je confesse que je n’ai jamais goûté un instant de joie, un seul

instant de véritable joie ici-bas, sans Dieu et hors de Dieu...

Clément Roux.

I

Voici un homme qui, touché par la Grâce, à l’âge de trente ans, devint,

par la souffrance, l’oraison et l’adoration perpétuelle de

l’Eucharistie, une des âmes les plus unies à Jésus que compte le XIXe

siècle.

Il vécut et mourut dans l’obscurité; la plupart de ses concitoyens

l’ignorèrent, le méconnurent ou commencent à l’oublier; sa tombe même

n’existe plus, car le cimetière où on l’enterra a été désaffecté et ses

ossements se sont réduits en poudre dans une fosse commune.

Rien donc ne subsisterait de lui en ce monde s’il n’avait laissé de

nombreuses notes manuscrites dont un ami, un prêtre qui l’a beaucoup

connu, beaucoup aimé, s’est servi pour écrire et publier sa

biographie[39].

[39] LE SAINT HOMME DE GRASSE, _Clément Roux_ (1835-1892), par le Père

J.-M. LAMBERT, missionnaire apostolique, 1 vol., Maison du Bon

Pasteur, Paris.

Le volume ne fit guère de bruit malgré le talent et le zèle sacerdotal

dépensés par l’auteur. Comme il s’agit d’un in-octavo compact, de près

de cinq cents pages et de texte serré, peut-être les critiques--race

nonchalante--reculèrent-ils devant cette rude masse qui ne présentait

pourtant rien d’indigeste.

Moi-même, quand il m’eut été offert, je dois avouer que je fus assez

longtemps sans le couper. Puis, un matin où j’étais un peu moins

surchargé de besogne que d’habitude, l’avisant, posé de guingois sur un

rayon de ma bibliothèque, je le pris et me mis à le parcourir.

Je fus aussitôt conquis: la figure du saint homme Clément Roux m’apparut

dans toute sa beauté. Je repris ma lecture dès la première page, je

marquai des paragraphes, je fis des extraits. Et comme je rédigeais le

présent livre, l’idée me vint que cette fusion totale d’un converti dans

le Surnaturel me fournirait le couronnement nécessaire de mon œuvre, à

savoir: l’exemple d’une vie tout en Dieu.

De là ce chapitre.

Entre-temps, je me rendis à Grasse où Clément Roux vécut pendant de

longues années, et à Auribeau, village où il naquit et où il décéda. Je

visitai les humbles logis qu’il habita. J’interrogeai plusieurs de ses

contemporains.--C’est le résultat de ce travail et de ces démarches

qu’on trouvera dans les lignes suivantes.

Quand l'esprit souffle · 第 69 / 90 题