Seigneur, tu nous as faits pour toi, et notre cœur est dans
l’inquiétude jusqu’à ce qu’il repose en toi.
Saint Augustin: _Confessions_ I.
Dans les chapitres précédents j’ai analysé des conversions dont le récit
a été publié. Dans celui-ci et dans le suivant, j’expose le cas de deux
convertis qui, parce que je leur ai représenté qu’une relation de leur
marche vers Dieu pouvait inciter quelques âmes en peine à suivre leur
exemple, m’autorisent à parler d’eux. Mais, comme ils sont très humbles
l’un et l’autre, ils ont stipulé que je cacherais leur personnalité sous
un pseudonyme et que je ne donnerais aucune indication de nature à
mettre sur leur trace. Il va de soi que je me suis conformé à leur
désir.
Nous appellerons donc simplement Robert--prénom qui n’est pas le
sien--celui dont on va lire la confession.
Ainsi qu’il est arrivé plusieurs fois, Dieu a daigné se servir du très
pauvre instrument que je suis pour aider Robert à se reconnaître dans
ses crises de conscience. Dès qu’il fut à point pour le Sacrement de
Pénitence, un bon prêtre prit la direction de son âme. Je n’eus plus à
intervenir que pour l’encourager dans la voie étroite et surtout pour
demander à des âmes ferventes de former autour de lui un brasier de
prières.
Quand je reçus sa première lettre, j’étais en voyage pour le service de
l’Église et je me déplaçais presque chaque jour. La missive me rejoignit
dans une ville où je ne me trouvais que pour vingt-quatre heures. Elle
était insuffisamment affranchie, surchargée d’adresses successives, la
dernière à peu près illisible. Il y avait donc bien des chances pour
qu’elle s’égarât ou fût mise au rebut par la poste. Je vis une
circonstance providentielle dans le fait qu’elle me fût parvenue et je
répondis aussitôt[30].
[30] En d’autres occasions des lettres importantes pour le bien d’une
ou de plusieurs âmes atteignirent de même fort à l’imprévu «le
trimardeur de la Sainte Vierge». Il fallait vraiment que le Bon Dieu
n’eût personne sous la main pour requérir de la sorte une aussi
mince balayure du monde!...
Une correspondance active s’ensuivit.--On trouvera ci-dessous les
lettres de Robert. Je n’en ai supprimé que les phrases qui me concernent
et quelques confidences n’ayant point rapport aux opérations de la Grâce
sur cette âme, ou d’un ordre trop spécial pour prendre place dans un
livre qui désire aller dans toutes les mains. Au surplus ces
omissions--peu nombreuses--n’enlèvent rien à la clarté du récit. Enfin,
j’ai fait le rebouteux pour quelques phrases bancales et j’ai indiqué
brièvement le sens de mes réponses. Là s’arrête mon intervention. Tout
le reste est de Robert.