PAUL LŒWENGARD

Écoute, Israël, les ordonnances de vie; prête l’oreille, pour

apprendre la sagesse. D’où vient, Israël, que tu es maintenant

dans le pays de tes ennemis, que tu vieillis sur une terre

étrangère, que tu t’es souillé avec les morts et que tu es

réputé au nombre de ceux qui sont descendus dans la tombe? C’est

que tu as abandonné la source de la Sagesse. Car si tu avais

marché dans la voie de Dieu, tu serais assurément resté dans une

paix éternelle. Apprends où se trouvent la prudence, la force,

l’intelligence, afin que tu saches en même temps où se trouvent

la stabilité, la vraie nourriture, la lumière des yeux et la

paix.

Baruch: III.

I

J’ai voulu donner place dans ces études à un récit de conversion dû à un

étranger. J’aurais pu choisir l’admirable auteur du _Maître de la Terre_

et de _la Lumière invisible_: l’Anglais Robert Hugh Benson ou le

professeur allemand Albert de Ruville ou enfin l’exquis, le tendre poète

danois Jœrgensen.

A la réflexion, j’ai pris un cas encore plus particulier que celui de

ces protestants; c’est celui d’un écrivain qui, né d’un père prussien et

d’une mère badoise, se trouve, par surcroît, être un Juif. Il s’appelle

Paul Lœwengard.

Un Juif, c’est-à-dire non seulement un homme dont les ancêtres furent

nourris dans la haine du Sauveur, mais qui, en outre, appartient à une

race très différente de la nôtre. Celui-là, rien ne saurait exprimer à

quel point il nous est étranger. D’autant plus étonnant le miracle qui

l’amène à l’Église.

En effet, avec nos frères séparés nous gardons un lien: à moins qu’ils

n’aient tout à fait perdu la foi, ils savent que, comme nous, ils furent

rachetés par la Passion de Notre-Seigneur; la Croix ne peut leur

inspirer que des sentiments de reconnaissance et de respect ému. Pour un

Juif, s’il reste dans la tradition talmudique, les souffrances de Jésus

sont un châtiment mérité; la seule vue d’un Crucifix lui fait éprouver

de l’horreur pour ces chrétiens qui transfigurent en symbole de gloire

un gibet infamant, qui adorent un agitateur sacrilège, rejeté par la

synagogue, livré aux bourreaux par le grand-prêtre du Temple.

Mais il y a encore autre chose: les Juifs, parce qu’ils ne sont pas de

notre sang, demeurent imperméables à nos mœurs, à nos façons de sentir,

à nos habitudes de pensée. Campés parmi nous, ils ont beau se faire

naturaliser, la tare originelle persiste; ils restent la «nation

insociable», comme l’avoua un de leurs intellectuels: Bernard Lazare.

Accapareurs d’or ou révolutionnaires frénétiques, ils sont un élément

d’injustice, de trouble et de désordre. Secoués par cette névrose, qui

est le signe de la réprobation qu’ils encoururent, ils tendent sans

cesse, et plus ou moins consciemment, à fausser ou à détruire les

principes que des siècles de christianisme créèrent en nous.

L’ancienne société, mue par un sage instinct de conservation, avait donc

raison de les maintenir hors de ses cadres. Il a fallu la Révolution, la

veulerie humanitaire qui s’ensuivit et l’application du sophisme

égalitaire, pourqu’on admît les Juifs à des fonctions d’où la plus

simple prudence aurait dû les exclure à jamais. Notre pays, réduit en

poussière par la Franc-Maçonnerie--que leur rage anti-chrétienne inspire

et stimule--commence, tout de même, à s’apercevoir qu’il y a péril à

donner aux Juifs le droit de gouverner des Français, de légiférer pour

des Français, de juger des Français, de commander à des soldats

français.

S’il est dans les desseins de Dieu que la fille aînée de l’Église

recouvre son privilège de guerrière du Christ, la première mesure à

prendre sera de tenir la nation juive à l’écart pour qu’elle attende le

jour où, selon l’affirmation de saint Paul, son arrogance fléchira, où,

les écailles lui tombant des yeux, elle reconnaîtra la lumière de Jésus,

où elle aura part au salut éternel.

Et alors, ce sera la fin du monde. Mais jusqu’alors:--_Vade foras,

Israël!..._

Cela, c’est le point de vue social.

Mais au point de vue religieux, nous ne devons ni mépriser, ni

désespérer les Juifs car ils furent le peuple élu par Dieu pour garder

la Promesse. L’histoire entière du peuple hébreu converge vers la

Rédemption; on en trouve la preuve éblouissante d’évidence dans l’Ancien

Testament: là, s’élève le roc de diamant d’une certitude contre laquelle

viennent se briser toutes les pauvres arguties du rationalisme. Les

patriarches et les prophètes juifs, nous les vénérons, car nous savons

que leurs holocaustes préfigurent le Saint-Sacrifice. La généalogie

humaine de Notre-Seigneur remonte au Roi-Psalmiste. «Le salut du monde,

comme il a été dit, sort des Juifs.» Et enfin, pour qui apprit à

regarder au delà des apparences, quel mystère que le maintien de ce

peuple comme témoin permanent des justices divines! Quels prodiges que

sa dispersion dans l’univers, que sa conservation depuis deux mille ans

tout à l’heure, malgré tant de massacres et d’oppressions, que

l’influence anormale exercée par lui de nos jours. Ne sont-ce pas là des

faits aussi extraordinaires que celui de sa prédestination?

D’ailleurs, le plus renversant des miracles, c’est la conversion si

rare--d’un Juif. Précurseur du pardon qui doit être accordé à sa race,

il atteste, plus que quiconque, les torrents de miséricorde et d’amour

qui jaillissent inlassablement du Sacré Cœur. Souvent, il devient un

admirable prêtre comme ce Père Hermann dont l’âme fut une musique, comme

ce Ratisbonne conquis par la Sainte Vierge elle-même, comme cet abbé

Lémann, dont l’éloquence embrasée au feu de l’Évangile persuada le jeune

Lœwengard ainsi que celui-ci l’indique dès la dédicace de son livre à

son père spirituel: «A vingt-huit ans, j’étais un Juif satanique, impie,

sensuel, fou d’orgueil. A vingt-neuf ans, la Providence a dirigé mes pas

vers une église où vous annonciez la parole de Dieu. Cette parole me

transforma, me convertit...»

Ah! ici, il n’y a plus à ratiociner d’Aryens et de Sémites. Il faut

adorer les merveilles de la bonté divine, accueillir en chantant

_Magnificat_ ce frère revenu de si loin, raconter les rigueurs et les

tendresses de la Grâce dont il fut l’objet et proclamer, à son propos,

la seule égalité qui ne soit pas illusoire: celle qui prosterne et

prosternera toutes les races au pied de la Croix souveraine!...

Quand l'esprit souffle · 第 37 / 90 题