Dans le volume cité plus haut, _Les derniers jours de Paul Verlaine_, M.
Cazals fait remarquer que les plus beaux poèmes d’_Amour_, de _Bonheur_
et de _Liturgies intimes_ furent écrits lors des nombreux séjours du
poète dans les hôpitaux. Et il ajoute: «Certains jours, Verlaine
convenait avec bonne grâce qu’il se fût volontiers résigné à passer
toute sa vie dans un hôpital--moyennant, toutefois, certains
adoucissements à la sévérité du régime--comme, par exemple, le droit
d’avoir une chambre à lui...» (p. 66).
C’est que le poète se rendait compte à quel point la vie extérieure
était périlleuse pour le salut de son âme. A l’hôpital, comme jadis en
prison, il se dégageait des prestiges néfastes qui l’assaillaient au
dehors; sa sensualité excessive faisait silence. Aussitôt, broyé par la
douleur physique, lacéré par le remords de ses chutes, il se tournait
vers Jésus; et aussitôt les carillons de la Grâce recommençaient à
tinter en lui.
Dans son cas, s’avère, une fois de plus, je le crois, l’action
surnaturelle. Car si sa foi n’avait été qu’un effet d’imagination, elle
ne l’aurait certes pas reconquis dès que Dieu le mettait à l’abri des
tentations basses. Loin d’accepter ses souffrances comme l’équitable
châtiment de ses fautes, il se serait révolté contre le destin barbare
qui le lui imposait et il aurait sombré dans l’indifférence à l’égard de
Dieu. Au contraire, plus il était frappé, plus sa ferveur se ranimait.
On a le droit, semble-t-il, de déduire de ce fait--et d’autres analogues
notés chez Huysmans et chez ceux que nous aurons encore à étudier--une
loi de constance pour la psychologie de la conversion. On pourrait la
formuler de la sorte: toutes les fois que le converti, incité par la
nature corrompue, tente d’échapper à la Grâce, la Grâce le ressaisit par
la douleur et le force de rentrer dans la voie étroite.