Du mariage.
La fidélité des femmes dans le mariage, lorsqu'il n'y a pas d'amour, est
probablement une chose contre nature[203].
[203] Anzi certamente. Coll'amore uno non trova gusto a bevere acqua
altra che quella di questo fonte prediletto. Resta naturale allora
la fedeltà.
Coll matrimonio senza amore, in men di due anni l'acqua di questo
fonte diventa amara. Esiste sempre pero in natura il bisogno
d'acqua. I costumi fanno superare la natura, ma solamente quando si
puo vincerla in un instante: la moglie indiana che si abruccia (21
octobre 1821) dopo la morte del vecchio marito che odiava, la
ragazza europea che trucida barbaramente il tenero bambino al quale
testè diede vita. Senza l'altissimo muro dell monistero le monache
anderebbero via.
On a essayé d'obtenir cette chose contre nature par la peur de l'enfer
et les sentiments religieux; l'exemple de l'Espagne et de l'Italie
montre jusqu'à quel point on a réussi.
On a voulu l'obtenir en France par l'opinion, c'était la seule digue
capable de résister; mais on l'a mal construite. Il est absurde de dire
à une jeune fille: «Vous serez fidèle à l'époux de votre choix»; et
ensuite de la marier par force à un vieillard ennuyeux[204].
[204] Même les minuties, tout chez nous est comique en ce qui concerne
l'éducation des femmes. Par exemple, en 1820, sous le règne de ces
mêmes nobles qui ont proscrit le divorce, le ministère envoie à la
ville de Laon un buste et une statue de Gabrielle d'Estrées. La
statue sera placée sur la place publique, apparemment pour répandre
parmi les jeunes filles l'amour des Bourbons, et les engager, en cas
de besoin, à n'être pas cruelles aux rois aimables, et à donner des
rejetons à cette illustre famille.
Mais, en revanche, le même ministère refuse à la ville de Laon le
buste du maréchal Serrurier, brave homme qui n'était pas galant, et
qui de plus avait grossièrement commencé sa carrière par le métier
de simple soldat. (Discours du général Foy, _Courrier_ du 17 juin
1820. Dulaure, dans sa curieuse _Histoire de Paris_, article:
_Amours de Henri IV_.)
_Mais les jeunes filles se marient avec plaisir._--C'est que, dans le
système contraint de l'éducation actuelle, l'esclavage qu'elles
subissent dans la maison de leur mère est d'un intolérable ennui;
d'ailleurs elles manquent de lumières; enfin c'est le voeu de la nature.
Il n'y a qu'un moyen d'obtenir plus de fidélité des femmes dans le
mariage: c'est de donner la liberté aux jeunes filles et le divorce aux
gens mariés.
Une femme perd toujours dans un premier mariage les plus beaux jours de
la jeunesse, et par le divorce elle donne aux sots quelque chose à dire
contre elle.
Les jeunes femmes qui ont beaucoup d'amants n'ont que faire du divorce.
Les femmes d'un certain âge qui ont eu beaucoup d'amants croient réparer
leur réputation, et en France y réussissent toujours, en se montrant
extrêmement sévères envers des erreurs qui les ont quittées. Ce sera
quelque pauvre jeune femme vertueuse et éperdument amoureuse qui
demandera le divorce et qui se fera honnir par des femmes qui ont eu
cinquante hommes.