Ce n'est aussi qu'en Italie qu'on voit de jeunes élégants millionnaires
entretenir magnifiquement des danseuses du grand théâtre, au vu et au su
de toute une ville, moyennant trente sous par jour[148]. Les frères...,
beaux jeunes gens toujours à la chasse, toujours à cheval, sont jaloux
d'un étranger. Au lieu d'aller à lui et de leur conter leurs griefs, ils
répandent sourdement dans le public des bruits défavorables à ce pauvre
étranger. En France, l'opinion forcerait ces gens à prouver leur dire ou
à rendre raison à l'étranger. Ici l'opinion publique et le mépris ne
signifient rien. La richesse est toujours sûre d'être bien reçue
partout. Un millionnaire déshonoré et chassé de partout à Paris peut
aller en toute sûreté à Rome; il y sera considéré juste au _prorata_ de
ses écus.
[148] Voir dans les moeurs du siècle de Louis XV l'honneur et
l'aristocratie combler de profusions les demoiselles Duthé, la
Guerre et autres. Quatre-vingt ou cent mille francs par an n'avaient
rien d'extraordinaire: un homme du grand monde se fût avili à moins.