Wagner a, de Tribschen, télégraphié au roi, pour lui dire que des
Français amis, qui viennent à Munich, seraient heureux de voir
représenter, durant leur séjour, _Lohengrin, Tannhäuser_, etc., en
attendant _l'Or du Rhin_. Déjà _Lohengrin_ est annoncé. Mais depuis
notre arrivée, chaque matin, un domestique, en livrée bleue galonnée
d'or, nous apporte des places de «galerie noble», tantôt pour l'Opéra
Royal, tantôt pour le Théâtre de la Résidence: c'est par ordre du roi
que l'on nous fait cette gracieuseté et nous avons le plaisir--rare
pour les seuls Français, hélas!--de pouvoir assister, presque chaque
soir, à des représentations de drames et de comédies de Shakespeare
alternant avec des opéras de Wagner. Transporté au théâtre, l'amour
qu'ont les Bavarois pour les reconstitutions et les pastiches produit
les meilleurs résultats: les pièces sont montées avec beaucoup de soin
et la mise en scène est élégante et exacte. Il nous fut donné de voir
en l'espace de quelques semaines: _Richard III, le Conte d'Hiver, Comme
il vous plaira, le Soir des Rois, les Deux Gentilshommes de Vérone,
Lohengrin, le Vaisseau Fantôme, Tannhäuser_ et _les Maîtres Chanteurs._