AU ROYAL AMI

O roi, doux seigneur qui protèges ma vie!

Toi qui recèles la suprême bonté,

Combien, arrivé au but de mes efforts, je m'efforce

De trouver le mot juste qui t'exprimerait ma gratitude!

Pour le dire ou l'écrire, comme je le cherche en vain!

Et pourtant, de plus en plus impérieux, m'entraîne le désir

De trouver ce mot qui exprimerait

Le sentiment de reconnaissance que je porte dans mon cœur.

Ce que tu es pour moi, je ne puis, émerveillé, m'en rendre compte

Qu'en évoquant ce que je fus sans toi...

Pas une étoile ne se leva pour moi, que je ne la visse pâlir;

Pas un espoir que je n'eusse perdu.

Livré au bon plaisir, à la faveur du monde,

Aux jeux vils du gain et du risque,

Tout ce qui en moi luttait pour l'émancipation de l'art

Se vit trahi par le sort, sombra dans la bassesse.

Celui qui, jadis, commanda à la branche desséchée

De reverdir dans la main du prêtre,

Bien qu'il m'eût ravi tout espoir de salut

Et que la dernière illusion consolante se fût évanouie,

Fortifia en mon sein cette foi

En moi que je puisais en moi-même;

Comme je lui demeurais fidèle,

Il fit refleurir pour moi la branche desséchée.

Ce que solitaire et muet je gardais au fond de moi

Vivait aussi dans le sein d'un autre;

Ce qui agitait profondément et douloureusement l'esprit d'un homme

Emplissait d'une joie sacrée un cœur d'adolescent;

Ce qui nous entraînait dans une ardeur printanière

Vers un même but,--conscient..., inconscient...,--

Devait s'épancher comme une joie du printemps:

Double foi, faisant naître une frondaison nouvelle.

Tu es le doux printemps qui m'as paré à nouveau,

Qui as rajeuni la sève de mes branches et de mes ramures;

C'est ton appel qui m'a fait sortir de la nuit,

De la nuit hivernale qui tenait inerte ma force;

Ton altier salut, qui m'a charmé,

M'arrache à la souffrance dans une joie soudaine

Et je marche, à présent, fier et heureux, par de nouveaux sentiers,

Dans le royaume estival de la grâce....

Quel mot pourrait donc te faire comprendre

Tout ce que tu es pour moi?

Si je peux à peine exprimer le peu que je suis,

Toi, au contraire, tu es roi en tout.

Aussi la lignée de mes œuvres repose-t-elle en toi,

Dans une paix bien heureuse.

Et, puisque tu as comblé tous mes espoirs,

Délicieusement j'ai renoncé à l'espoir.

Donc je suis pauvre, je ne garde qu'une chose,

La foi à laquelle s'unit la tienne:

C'est elle, la puissance qui fait que je me montre fier,

C'est elle qui saintement trempe mon amour.

Mais si, partagée, cette foi est encore à moitié mienne,

Elle serait tout entière perdue pour moi si elle venait à te manquer:

Ainsi, c'est toi seul qui me donnes la force de te remercier

Grâce à ta foi royale et sans défaillance.

Nous avons beaucoup peiné pour parfaire cette traduction qui ne nous

satisfait pas entièrement. Mais le temps a passé, voici que le train

ralentit sa marche: c'est Munich,--_München_!

Hors de la gare, l'omnibus qui nous emmène vers l'Hôtel des _Trois

Rois Mages_ est obligé de s'arrêter, après quelques pas, devant

un orchestre militaire. De beaux soldats aux cheveux blonds, vêtus

d'uniformes bleu de ciel, sont groupés autour du chef de musique. Et

que jouent-ils?... La marche religieuse de _Lohengrin_!...

Plus tard, pour rire, Wagner essaya de nous faire croire que c'était

grâce à lui que nous avions été «aussi religieusement reçus».

[1] La «carte».

[2] Royaume de Bavière.

Le collier des jours: Le troisième rang du collier · 第 47 / 76 题