Il y avait derrière la maison, dans cette cour qui était encore le
jardin et d'où partait la route carrossable, une haute balançoire sur
laquelle on permettait aux enfants de se balancer prudemment et dont
les grandes personnes s'amusaient aussi quelquefois.
Un jour, madame Cosima s'étant assise sur la planchette, Wagner
s'offrit à donner l'essor et à hâter le mouvement de la balançoire.
Cela alla bien pendant quelque temps; mais, peu à peu, l'élan
s'accélérait: plus haut! encore plus haut!... En vain, madame Cosima
demandait grâce: emporté par une sorte de frénésie, le Maître
n'entendait rien, et l'incident prenait une allure effrayante.
Cosima pâlissait, défaillante, prête à s'abandonner.
--Vous ne voyez donc pas qu'elle s'évanouit! criai-je, en m'élançant
vers Wagner.
Il devint pâle, à son tour, et le danger fut vite conjuré. Mais, comme
la pauvre femme demeurait tout étourdie et chancelante, le Maître jugea
salutaire de créer une diversion: il courut rapidement vers la maison
et, s'aidant des persiennes, des moulures, des saillies de pierres,
tout simplement, l'escalada.... Il atteignit enfin un balcon du premier
étage, qu'il enjamba.
Il avait obtenu l'effet désiré, mais en remplaçant un mal par un autre;
tremblante d'inquiétude, Cosima se détourna en me disant à voix basse:
--Surtout, ne le regardez pas, n'ayez pas l'air émerveillée, car alors
on ne sait plus où il s'arrêterait!