Comme il faisait beau et très chaud, madame Cosima prenait un bain,
dans le lac, avec ses fillettes, presque chaque jour, et j'étais
invitée à partager ce frais délassement.
Sous l'ombre projetée par le petit hangar du débarcadère, qui fonçait
un peu le bleu de l'eau limpide, on s'ébattait prudemment. Madame
Cosima et les enfants portaient de longs peignoirs blancs; elle, ses
cheveux blonds tressés et pendants, semblait une sainte au milieu
d'angelets, ou bien un cygne guidant sa couvée. J'étais, moi, en
costume de bain, et, hors des limites prescrites, je m'aventurais dans
l'azur plus clair, dans les dorures de soleil, faisant des effets de
coupe, très flattée de l'admiration que mon habileté et mon audace de
nageuse provoquaient chez celles qui ne pouvaient pas quitter le bord.
Mais, quand je m'éloignais un peu trop un chœur de jolies voix claires
me rappelait, avec des cris, des supplications: je revenais alors
docilement, reprenais pied, et je me mêlais à la ronde joyeuse, dans le
clapotement fou de l'eau, qui jaillissait, parmi les rires perlés, en
gerbes de perles.