Par extraordinaire, aujourd'hui, quand nous entrons dans le salon à
Tribschen, nous y trouvons notre hôte avec des personnes inconnues: une
visite?...
Un monsieur et une dame, tous deux petits de taille et d'aspect assez
terne, sont assis d'un air gauche, et l'on cause.
Le Maître présente:
--Monsieur le conseiller Sérof et madame Sérof qui sont venus de Russie
pour me voir.
Saluts assez froids de part et d'autre.
Il est évident que notre présence déplaît aux nouveaux venus, autant
que la leur nous consterne. Ils ont l'impression que nous sommes
plus avancés qu'eux dans l'intimité de la maison: on vient de nous
accueillir chaleureusement; Russ et Cos n'aboient pas et nous font
fête. Cependant ces gens-là sont pour Wagner de plus anciennes
connaissances que nous: ils eussent préféré certainement avoir le
Maître pour eux seuls, et comme nous les comprenons!...
Madame Cosima me suit sur le perron; nous nous accoudons toutes deux à
la rampe de fer, elle me dit qui sont ces visiteurs:
--Le conseiller Sérof est un compositeur estimé en Russie, qui
mérite d'être admis «dans la franc-maçonnerie de la corde et des
papillons», car il est seul à tenir haut et ferme le drapeau wagnérien
à Pétersbourg. De sa femme il n'y a pas grand'chose à dire: elle semble
assez effacée. Ils vont, comme vous, à Munich pour assister à la
représentation de _l'Or du Rhin._
--Entre soldats de la même armée il faut s'entendre.
--N'est-ce pas? Le Maître les retiendra, sans doute à souper.
--Eh bien! soyons très aimables envers Sérofitus et Sérofita!...