nativité fist mon dit pere pour certaines besongnes et ses possessions
viseter se transporter en la dicte cité de boulongne la grace/ En la
quelle lui vint tantost nouvelles & certains messages tout en un temps
de .ii. tres excellens roys lesquieulx pour la grant fame de l’auctorité
de sa science le mandoient priant et prommettant grans salaires et
emolumens chacun endroit soy que vers lui voulsist aler/ dont l’un
estoit le souverain des roys chrestiens le roy de france Charles le sage
quint de cellui nom/ Et l’autre fu le roy de honguerie/ cellui au quel
pour sa desserte et merite est demouré apres lui tel nom que on le dit
le bon roy de honguerye.
¶ Adont comme la souffisance de ces ambassaderies pour la reverence de
la digneté des diz princes ne fust a mettre arriere/ delibera mon dit
pere a obeir a l’une des parties/ c’est assavoir comme au plus digne/ et
aussi le desir de veoir les estudes de paris et la haultece de la court
françoise/ venir vers le dit roy de france esperant transitoirement
veoir le roy/ obeir a ses commandemens/ et viseter les dis estudes
l’espace d’un an puis s’en tourner vers sa femme & famille/ la quelle il
ordena demourer sus ces possessions et heritages a boulongne la grace/
Et toutes ces dites choses faites & ordenees avec la licence de la dicte
seignourie de venise se party & vint en france/ ou quel lieu fu du dit
sage roy Charles tres grandement receus et honorez/ et tost apres
l’experience veue de son savoir & science l’establi son conseiller tres
especial privé et chier tenu/ le quel lui fu tant agreable que du partir
au chief de l’an ne pot avoir licence ains volt a toutes fins le dit roy
que grandement a ses cousts et frais envoyast querir sa femme enfans &
famille pour user a tous jours leur vie en france pres de soy/ en
promettant possessions rentes/ et pensions pour tenir honorablement leur
estat/ neant moins comme mon dit pere en esperant tous jours le retour
retardast ceste chose pres de l’espace de .iii. ans/ en la fin couvint
que fait fust/ Et ainsi comme dit est fu fait le transport de nous de
ytalie en france/ grandement fu receue la femme et enfans de ton amé
philosophe maistre thomas mon dit pere arrivé a paris lesquieulx le
tresbenigne bon sage roy volt veoir et recevoir joyeusement/ la quelle
chose fu faite tost apres leur venue a tout leurs abis lombars riches
d’aournemens et d’atour selon l’usage des femmes et enfans d’estat/ ou
chastel du louvre a paris ou mois de dessembre/ estoit le dit roy lors
que la presentacion du dit mesnage a belle et honorable compaignie de
parens fu a ses yeulx magnifesté/ la quelle femme et famille a tres
grant joye et offre il receut.
Dit christine de ses bonnes fortunes.
Moult nous fu fortune favorable le temps durant de la vie du sus dit bon
sage roy charles/ Et avec les autres gloires des prosperitez receues/ en
joyeuse plantureuse et paisible vie/ en mariage/ comme ce soit naturel
joye/ a tout loyal serviteur veoir la prosperité de son bon maistre la
dieu merci puis le temps de la venue de mon dit pere au service du roy
gouverné en partie mesmement en ses guerres par l’administracion de son
sage conseil selon la science de astrologie crut & augmenta de mieulx en
mieulx la valeur de ses prosperitez recevant plusieurs victoires et
conquestes sus ses ennemis/ et que ces choses soient vrayes je m’en
rapporte aux vivans princes & autres ancore de ce temps qui ce scevent/
le quel dit bien du prince estoit le comble de la joye de son sus dit
feal serviteur/ non obstant que a l’usage des philosophes fust nulle
l’espargne de la peccune/ et avoir de mon dit pere/ la quelle chose
sauve sa reverence je ne repute mie louable en l’estat des mariez soubz
la quelle main doit estre la cure de leur maisnage souffreteux apres
eulx peut estre a cause de leur prodigalité/ toute voye non obstant la
liberalité de ses coustumes la pourveance du bon roy ne laissoit a
l’ostel de son amé deffaillir nulles choses neccessaires.
¶ A venir au point de mes fortunes le temps vint que ja approchoie
l’aage ou quel on seult les filles assener de mari tout fusse je ancores
assez jeunette non obstant que par chevaliers autres nobles & riches
clercs fusse de plusieurs demandee et ceste verité ne soit de nul
reputee ventence/ Car l’auctorité de l’onneur et grant amour que le roy
a mon pere demonstroit estoit de ce cause non mie ma valeur/ comme mon
dit pere reputast cellui plus valable qui le plus science avec bonnes
meurs avoit/ ainsi un jone escolier gradué bien né et de nobles parens
de picardie de qui les vertus passoient la richece/ a cellui que il
reputa comme propre filz je fus donnee/ En ce cas ne me plains je de
fortune/ car a droit eslire en toutes couvenables graces sicomme autre
foiz ay dit a mon gré mieulx ne voulsisse cellui pour sa souffisance
tost apres nostre sus dit bon prince qui l’ot agreable lui donna
l’office comme il fust vaquant de notaire et son secretaire a bourses &
a gages et retint de sa court tres amé serviteur.
Entre a parler christine de ses males fortunes.
Ainsi dura celle prosperité par plusieurs annees/ mais comme la dicte
fortune se montrast envieuse de noz gloires volt restraindre la source
dont ilz venoient/ Et ne fu ce pas par elle voirement chiere maistresse
qu’a cestui royaume fu procuré le grief dommage du quel malement se
senti le mesnage de maistre thomas ce fu lors que le tresbon sage prince
non pas envielli par cours de nature mais en assez jeune aage comme de
.xliiii. ans chut en maladie assez brieve dont il trespassa. helas
voirement souvent avient que choses bonnes petit durent/ Car ancore au
jour d’uy se a dieu plust avoir laissié durer sa vie neccessaire a
cestui royaume du quel le gouvernement & estat malement est ores de
cellui de lors different/ ne fust trop enviellis/ Or fu la porte ouverte
de noz infortunes/ et moy estant ancore assez jeunette y fus entree Et
comme ce soit de commune coustume des poissans hommes close la bouche
grant est le remuement et changement de l’estre de leurs cours et de
leurs lieux/ de la quelle chose sont causes plusieurs voulentez
contraires/ et a peine autrement peut estre se moult grant discrecion
n’y remedie. Comme il appert du grant alixandre/ sicomme il est escript
les divers descors lesquieulx non obstant les partages des regions que
il leur avoit limitees/ tantost apres sa mort entre ses barons
sourdirent.
¶ Adont faillirent a mon dit pere ses grans penssions plus n’ot .C.
frans le mois bien payez/ avec ses livrees et dons qui gueres moins ne
montoient comme appris avoit/ et l’esperance que le dit bon Roy lui
avoit donnee de asseoir pour lui et ses hoirs .v.c livres de terre et
assez d’autres biens dont la deffaulte du ramentevoir au bon Roy & la
mort qui trop tost vint ne souffri la dicte promesse sortir son effait
non obstant que des princes gouverneurs fu retenu a gages malement
amendris et mal payez/ Si fu ja venu le temps de sa viellece qui en
assez brief temps apres chut en longue impotence et maladie ou maintes
souffrettes sourdirent aux quelles eust eu besoing l’espargne des choses
despendues/ Et pource au mien cuidier est juste prudent espargne en
jeunece qui secourt l’omme en sa viellece/ durant son sain entendement
jusques a la fin recognoissant son createur comme vray catholique
Trespassa mon dit pere droit a l’eure que devant ot prenostiqué/ du quel
entre les clercs demoura renommee que en son temps durant ne plus de
Cent ans devant n’avoit vescu homme de si hault entendement es sciences
mathematiques en jugemens d’astrologie avec ce entre les princes & ceulx
qui le frequentoient la vraye reputacion de sa prodomie/ ses biens fais/
loyauté verité & autres vertus & nul reprouche faisoit plaindre sa mort
et regraiter sa vie/ en la quelle nulle reprehencion n’affiert se trop
grant liberalité de non refuser riens que il eust aux povres en tant que
il avoit femme et enfans ne lui donne/ Et que je ne le dye par faveur/
de ceste verité sont ancores au jour d’uy maint de ses cognoiscens/
princes et autres certains comme de experience/ si fu un tel homme a bon
droit des siens plaint et plourez.
Encor de ce mesmes.
Or fu demouré chief du mesnage mon mari jeune et preudomme sage et
prudent et tres amé des princes et toute gent frequentant son dit office
par le quel moyennant sa sage prudence estoit soustenu l’estat de la
dicte famille/ mais comme ja fortune m’eust mise ou declin de sa roe
disposee au mal que donner me vouloit pour du tout au plus bas me flatir
souffrir ne volt que gaires me durast ycellui tresbon par la quelle
dicte fortune mort lors que il estoit en sa fleur apte & appreste et sus
le point tant en science comme en sage et prudent conqueste &
gouvernement de monter en hault degré le me toli en fleur de jeunece
comme en l’aage de .xxxiiii. ans et moy de .xxv. demouray chargee de
.iii. enfans petis et de grant mesnage Si fus a bon droit plaine
d’amertume regraitant sa doulce compaignie et la joye passee qui ne mes
.x. ans m’avoit duré/ voyant venir le flo de tribulacion qui sur moy
accouroit fus plus desirant mourir que vivre et n’oubliant ma foy et
bonne amour promise a lui deliberay en sain propos de jamais autre
n’avoir or fus je choite en la valee de tribulacion/ Car comme la dicte
fortune quant du tout veult decliner quelque chose soit regne/ cité
empire ou singuliere personne/ elle de loings va querir ses apprestes
toutes contraires pour la chose que elle a acqueilli en yre conduire ou
point de maleurté/ ainsi m’avint Car comme je ne fusse au trespassement
de mon dit mari le quel fu surpris de hastive epidimie Toute foiz la
dieu grace fu sa fin comme bon catholique en la ville de beauvais ou
avec le Roy estoit alez & n’estoit accompaignié fors de ses serviteurs
et maignee estrange/ Si ne poz savoir precisement l’estat de sa
chevance/ Car comme ce soit la coustume commune des hommes mariez de non
dire et declarier leurs affaires entierement a leurs femmes de la quelle
chose vient souvent mal comme il m’apert par experience/ et n’est mie
sens quant femmes ont non nices mais prudentes et de sage gouvernance/
Si sçay bien que a clarté ne me vint tout ce que il avoit/ Or me couvint
mettre mains a oeuvre/ ce que moy nourrie en delices et mignotement
n’avoie appris & estre conduisarresse de la nef demouree en la mer
ourage & sanz patron/ c’est a savoir le desolé mainage hors de son lieu
et pays/ adont me sourdirent angoisses de toutes pars/ Et comme ce
soient les mes des vesves plais et procés m’avironnerent de tous lez/ Et
ceulx qui me devoient m’assaillirent affin que ne m’avançasse de leur
riens demander Et dieux scet que il est vray que tel me demandoit que le
tesmoignage du papier des mises de mon mary Comme de un preudomme nya la
debte du fraudeleux comme payé et menteur de sa demande par le quel fut
confus et plus ne osa parler ne soustenir sa mençonge Tost me fu mis
empeschement en l’eritage que mon mari avoit acheté/ et comme il fust
mis en la main du Roy m’en couvenoit payer la rente et si n’en jouissoie
Et moy en la chambre des comptes demenee par lonc plait contre cellui
sanz pitié qui en estoit & ancore est des maistres et seigneurs de qui
avoir droit ne povoie receu par lui a tort tres grief dommage comme le
voir en soit magnifeste Ce scevent maint/ ne ancore lui en ses pechez
enviellis ne le considere ne fait conscience.
¶ Ne fu pas seule celle pestillence/ car comme les deniers de mes petis
orfelins fussent par leurs tuteurs de mon consentement baillez en mains
de marchant reputé preudomme pour accroistre et multiplier leur povre
avoir/ comme il en eust l’espace de un an rendu couvenable conte et
gaing par la moitié raisonnablement lui tempté de l’ennemi fist a croire
qu’il avoit esté robé/ et s’asempta/ encore cousta a poursuivre/ et fu
ce la perdus Autres plais me sourdirent a cause de heritages/ sur
lesquieulx on demandoit ancienne rente & grans arrerages de la quelle
chose ou decret de notre achat n’avoit aucune mencion conseillee par des
plus sages avocas que hardiement sur ce me deffendisse & que ne
doubtasse que comme je eusse bonne cause la diffinitive en seroit pour
moy de sommer les garens de la vendicion lesquieulx estoient mors povres
et hors du pays/ n’y avoit remede affin que je parvenisse ou point ou
fortune me conduisoit/ En ce temps en comble de mes adverses fortunes me
sourdy comme a job longue maladie/ par ceste chose dont s’ensuivi faulte
de poursuite sicomme je tiens et par non avoir mise souffisant/ encheus
de mes causes par lesquelles condampnacions satisfiant les frais fus de
tous poins au chief de ma povre chevance Et merveilles est comment
fortune povoit estre tant sur moy achenye/ Car en toutes les manieres
que partes se pevent faire a personne disposant ses faiz par bon conseil
et ordennance sicomme a mon povoir dieux scet que je faisoie me venoient
au contraire de ce que par raison venir deussent toutes mes besongnes et
generaument en toutes choses/ O vertu de pacience tous jours ne te avoie
mie en la bourse ains te suppeditoit souvent en moy grant amertume Je vy
le temps que a .iiii. cours de paris estoie en plait et procés
deffenderresse et sur mon ame je te jure que a tort estoie grevee de
mauvaises parties par quoy couvenoit en fin se paix vouloie avoir comme
je apperceusse leur cavillacions desirant me tirer de plait comme celle
qui le hayoit parfaictement comme chose contre ma nature qui paix desire
que je chevisse a eulx moyennant le mien a tres grans frais et coust/ Et
ne cuidez mie que ce m’ait duré un an ou .ii. mais l’espace de plus de
.xiiii. ans que quant un meschief m’estoit faillis l’autre survenoit en
tant de manieres diversement que longue seroit et anuyeuse la narracion
de la moitié/ Et ainsi ne fina la sancsue de fortune de sucer mon povre
avoir jusques a tant que tout l’ot desfiné & que plus a perdre n’avoie/
& adont faillirent mes plais mais non mie mes adversitez O doulce
maistrece quantes larmes souspirs plains lamentacions et griefs
pointures cuides tu que quant je estoie seulete a mon retrait que je
eusse et gitasse en ce tandis/ ou quant a mon foyer veoie environ moy
mes petis enfans et povres parens/ et consideroie le temps passé et les
infortunes presentes dont les floz si bas me affondoient et remedier n’y
povoie/ Desquieulx meschiefs plus plaignoye mes prochains que ma
personne Sicomme une foiz je respondis a un qui me disoit que je n’avoie
que plaindre car je estoie sans charge comme celle qui estoit seule/ &
sangle je dis qu’il ne m’avoit pas bien regardee/ car je estoie .iii.
foiz double/ et comme il ne m’entendist ce disoit lui exposay disant que
je estoie .vi. foiz moy mesmes Et avec ce cuidez tu point chiere
maistrece que grevast a mon cuer la charge de la paour que on
s’apperceust de mes affaires/ Et le soucy que a l’estat ne apparust a
ceulx dehors ne aux voisins le decheement de ce maleureux estat venu de
mes predecesseurs non pas de moy Le quel mon ignorence tant amer me
faisoit que mieulx eusse choisi mourir que en decheoir/ ha quel fardel
et quel pointure a cuer que trop aime le vouloir soustenir et fortune ne
vueille/ il n’est doulour a celle pareille/ et nul ne le croit s’il ne
l’essaye et dieux scet quans inconveniens a celle cause viennent & sont
venus a mainte gent Si te promés que a mes semblans et abis peu apparoit
entre gens le faissel de mes ennuys/ ains soubs mantel fourré de gris et
soubz seurcot d’escarlate non pas souvent renouvellé/ mais bien gardé
avoie espesses foiz de grans friçons/ et en beau lit et bien ordené de
males nuis mais le repast estoit sobre comme il affiere a femme vesve et
toute foiz vivre couvient Et dieux scet comment mon cuer tourmenté
estoit quant excecucions sur moy estoient faites et que mes chosettes
m’estoient levees par sergens/ le dommage grant m’estoit/ mais plus
craignoie la honte/ mais quant il couvenoit que je feisse aucun emprunt
ou que soit pour eschever plus grant inconvenient beau sire dieux
comment honteusement a face rougie tant fust la personne de mon amistié
le requeroye/ & ancore au jour d’uy ne suis garie de celle maladie dont
tant ne me greveroit comme il me semble quant faire le m’esteut un acés
de fievre Ha dieux quant il me souvient comment tant de foiz ay musé la
matinee a ce palais en yver mourant de froit espiant ceulx de mon
conseil pour ramentevoir et soliciter ma besongne ou maintes foiz y
ouoye a mes journees de diverses conclusions qui suer des yeulx me
faisoient et maintes estranges responces mais en sur que tout me grevoit
la mise de la quelle mal aisiee estoie.
¶ A l’exemple de jhesuscrist qui volt estre tourmenté en toutes les
parties de son corps pour nous instruire a pacience/ volt fortune que
mon povre cuer fust tourmenté de toutes les manieres de dures et
diverses pensees. Quel plus grant mal et desplaisir peut sourdre a
l’innocent ne plus grant cause de inpacience que de soy oyr diffamer
sanz cause comme il appert par les recors de boece en son livre de
consolacion/ ne fu il pas dit de moy par toute la ville que je amoie par
amours Mais ycy trop fait a notter que il soit voir/ que tout ce feist
fortune par ses batemens divers/ car comme telz renommeus communement
viennent et souvent a tort par grant acointance & frequentacion les
personnes ensemble et par conjectures et couleurs voir semblables/ mais
je te jure m’ame que ycellui ne me cognoiscoit ne ne savoit qui je
estoie ne ne fu onques homme ne creature nee qui me veist en publique ne
en privé en lieu ou il fust/ Car mon chemin ne s’i adonnoit ne n’i
n’avoie que faire et de ce me soit dieu tesmoing que je dis voir. Et
comme selon l’estre de sa personne et de la moye ne se peust bonnement
tel chose faire ne n’estoit voir semblable/ ne nul n’avoit couleur de le
penser me suis mainte fois esmerveillee dont teles paroles povoient
sourdre/ lesquelles estoient portees de bouche en bouche disant je l’ay
ouy dire dont comme celle qui ignocent me sentoie aucune foiz quant on
le me disoit m’en troubloie/ et aucune foiz m’en sousrioye/ disant dieux
et ycellui et moy savons bien que il n’en est riens.
¶ Ne se passa mie a tant ma peine/ Car comme a mon povoir tous jours
estrivasse contre la bataille et luite de fortune me voyant moult
dechoite de ma chevance comme je eusse cedules veriffiees et passees par
la chambre des comptes d’une somme d’argent qui ancore deue estoit a mon
feu mari a cause des gages de son dit office empetray mandement du roy
aux generaulx que de ce je fusse payee/ or vint la poursuite anuyeuse
que par neccessité contrainte faire me couvenoit/ a grant travail
pourmenee par maintes responces pro et contra plusieurs journees et que
ce soit lonc travail et ennuyeux je m’en rapporte a ceulx qui essayé
l’ont/ plus desplaisant que onques mais en ce temps ci comme dient les
anciens/ Or peus savoir se a moy femme foible de corps et naturellement
cremeteuse faire de neccessité vertu m’estoit labour qui a danger et
coust de compaignie selon l’estat appris me couvenoit trotter apres eulx
selon le stile puis en leurs cours ou sales en commun muser a toute ma
boite et mandement le plus des jours sanz y riens faire/ ou par lonc
train avoir responces doubles en esperance mais longue estoit l’attente/
O dieux quantes parolles anuyeuses/ quans regars nices/ que de rigolages
de aucuns remplis de vins et graisse d’aise souvent y ouoye/ lesquieulx
choses de paour de empirer mon fait comme celle qui besoing avoit je
dissimuloie sanz riens respondre me retournant de autre part/ ou faisant
semblant que ne l’entendisse le getoie a truffe Et dieux amender vueille
toutes villes consciences Car de mauvaises en trouvoie.
¶ A cause de ceste poursuite comme je ne trouvasse nulle part grant ne
petit charitable/ non obstant que a plusieurs nobles et grans requeisse
l’aide de leur parolle esperant que comme loy de droit les oblige au
secours des vesves et orphelins Et je n’y trouvasse en effaict riens bon
pour moy un jour desconfortee sur ces choses fis ceste balade.
Balade.
Helas ou donc trouveront reconfort
povres vesves de leurs biens despoullees
puis qu’en france qui seult estre le port
de leur salu et ou les exillees
Seulent fuir et les desconseillees
Mais or n’y ont mais amistié
Les nobles gens n’en ont nulle pitié
Aussi n’ont clercs li greigneur ne li mendre
ne les princes ne les daignent entendre
¶ Des chevaliers n’ont elles nesun port
par les prelas ne sont bien conseillees
Ne les juges ne les gardent de tort
des officiers n’aroient .ii. maillees
de bons respons des poissans travaillees
Sont en maint cas n’a la moitié
devers les grans n’aroient exploitié
Jamais nul jour ailleurs ont a entendre
ne les princes ne les daignent entendre
¶ Ou pourront mais fuir puis que ressort
n’ont en france la ou leur sont baillees
Esperances vaines conseil de mort
voyes d’enfer leur sont appareillees
S’elles veulent croire voyes broullees
Et faulx consaulx ou appointié
n’est de leur fait nul n’ont si acointié
qui les ayde sanz a aucun mal tendre
ne les princes ne les daignent entendre
¶ Bons et vaillans or soient esveillees
voz grans bontez ou vesves sont taillees
d’avoir maint maulx de cuer haitié
secourez les & croyez mon dictié
Car nul ne voy qui vers elle soit tendre
ne les princes &c.
¶ La cause qui me mouvoit a en personne oultre mon gré faire telle
poursuite estoit que quant mon message y envoyoie n’avoit en leur
presence nulle audience mais a tout le moins quant je y venoie
ramentevoir l’estat de moy vesve requerant encline devant eulx par pitié
leur secours/ aucune apparence de pitié plus en eulx trouvoie/ cest
ennui avec des autres ne me dura pas petit/ ains y fus constant plus de
l’espace de .vi. ans sur le pourchas non mie de moult grant somme qui
par parties en tieulx travaulx et requestes de seigneurs resservé le
reste qui ancore m’est deu je fus payee.
Encore continue christine sa complainte.
Entens tu doulce maistrece en quieulx doulz deduis ay passé la jonesce
de ma vesveté Avoie je cause que trop druerie me feist entendre aux
foles amours/ mais non obstant ce que assez souffire deust par si lonc
temps a celle par qui tout ce me venoit ne fu pas appaisiee envers moy
la desloyale de qui autre foiz me suis plainte comme je en eusse cause/
car la douleur du dent y trait la langue/ ains te diray en poursuivant
ceste matiere jusques au jour d’uy comment ses floz m’ont gouvernee et
ancore ne cessent.
¶ Voir est que ou temps de mes perplexités dessus dit pour ce que
descouvrir a autrui si qu’ay touché ses adversitez et affaires/ La cause
pour quoy/ Car charité est pou trouvee ne peut tourner se a servitude
non et pou de preu/ Comme ce soit moult grief faissel de douleur tenir
enclose sans regehir ne m’avoit ancore tant grevee fortune comme elle ne
peust que je ne fusse accompaignee des musettes des poetes non obstant
que les reboutas arriere et chaças de la compaignie de boece ou temps de
sa tribulacion pour le repaistre de plus haultes viandes/ ycelles me
faisoient rimer complaintes plourables regraitant mon ami mort et le bon
temps passé/ sicomme il appert au commencement de mes premiers dictiez
ou principe de mes cent balades et mesmement pour passer temps/ et pour
aucune gayeté attraire a mon cuer doulereux faire diz amoureux et gays
d’autrui sentement comme je dis en un mien virelay.
Dit christine comment elle mua sa maniere de vivre.
Apres ces choses comme ja fussent passees mes plus jeunes jours et aussi
la plus grant part de mes occupacions foreines revins a la vie qui plus
naturellement me plaisoit c’est a savoir solitaire et quoye/ adont par
solitude me vindrent au devant les rumignacions du latin & des parleures
des belles sciences & diverses sentences et polie rethorique/ que oÿ le
temps passé au vivant de mes amis trespassez pere et mari/ je avoie de
eulx/ non obstant que par ma folour petit en retenisse/ Car non obstant
que naturellement et de ma nativité y fusse encline me toloit y vaquer
l’occupacion des affaires que ont communement les mariees/ et aussi la
charge de souvent porter enfans Avec ce la trop grant jonesce la trop
mignote ennemie de sens qui ne laisse souventes foiz aux enfans quelque
bon engin que ilz ayent pour le desir de jouer/ hanter l’estude se
crainte de bateures ne les y tient/ & pource que celle crainte n’avoie
la voulenté de jouer si maistrisoit l’engin & sentement si que constant
ne povoit estre ou labeur de apprendre.
Se plaint christine de jeunece.