de philosophie le quel reprima yceulx anciens par vives raisons sicomme
cy en brief te toucheray sanz du tout definir/ car longue en seroit la
narracion non delitable a ceulx qui ne la sentent/ Aristote donques
reprime les oppinions d’icelz anciens philosophes es principes des
choses/ Et pour ce faire il se devise en .ii. parties premierement/ il
impreve les singulieres oppinions/ et d’enciennement il requeult les
choses qui sont dictes et les continue a celles qui ensuivent/ la
premiere par ce divise en .ii. autres/ premierement il impreuve les
oppinions de ceulx qui naturellement ont parlé .ii.ement des
pittagorians & des autres/ encore en la premiere part il fait .ii.
choses/ premierement il impreuve les oppinions de ceulx qui mirent une
cause materielle & .ii.ement de ceulx qui en mirent plusieurs/ ancore au
premier il fait .ii. choses premierement il impreuve les oppinions ja
dictes en general & .ii.ement en especial/ Il les impreuve en general
par .iii. raisons dont la premiere est telle Car comme les choses non
seulement aucunes soient corps/ mais aussi qu’aucunes soient non corps
comme il est apparu en son livre de l’ame que yceulx anciens n’ayent mis
fors seulement principes corporeulx/ La quelle chose appert/ Car ilz
mettoient un/ c’est assavoir le monde estre une seule substance et une
seule nature/ Sicomme la matere la quelle corporee ilz metoient recevant
mesure c’est a dire division/ Et toute foiz corps ne puisse estre cause
de chose incorporee/ il appert que en ce ilz ont failli
qu’insouffisamment ilz ont assignez les principes des choses/ Et non pas
seulement en ce ilz ont failli/ mais en autres choses plusieurs comme
plus a plain apres il declare. La .ii.e raison est tele/ que quiconques
a neccessairement a determiner de mouvement/ Il fault que il mette
aucune cause de mouvement dont comme les diz philosophes ayent
neccessairement a traictier de mouvement La quelle chose si appert
doublement c’est assavoir/ car ilz s’efforçoient a deviser la cause de
generacion et de corrupcion/ les quelles ne sont sanz mouvement Tant
aussi Car de toutes choses naturellement ilz vouloient traicter/ Et
toutefoiz toute naturelle consideracion enquiert de mouvement pour ce
que nature est principe de mouvement et de repos comme il appert ou
.ii.e de phisiques/ il s’ensuit que ilz devroient traictier de la cause
qui est le principe de mouvement/ Et ainsi comme ilz ostassent ou
oubliassent ycelle appert que ilz failloient La .iii.e raison Car comme
une chacune chose naturelle ait substance et essence/ C’est a dire
fourme/ Car fourme est princippe de l’estre et ce que c’est/ Donques
comme ce par qui toute chose a son estre soit le principe d’elle & de sa
cognoiscence/ Comme les philosophes dis/ ne meissent l’estre des choses
cause et laissassent la fourme il appert que ilz failloient ycy repreuve
il leur oppinion plus en especial/ & se fait doublement/ premierement
quant a ceulx qui le feu estre mettoient principe/ l’une/ bien que le
feu fust souffisant .ii.ement quant a ce que ilz laissoient la terre
comme aucunement elle appere premiere. premierement il resume la
posicion d’eulx/ Car comme ilz missent chacun des simples corps
transmuer l’un en l’autre si que les uns sont engendrez des autres selon
constricion ou inspissacion c’est assavoir selon tenueté ou
engrossissement/ sicomme les groz des soubtilz/ Et pour ce ilz missent
l’un de ces .iii. estre premier principe Car les autres sont engendrez
de lui/ ou par congregacion ou disgregacion/ lesquelles guises toute
foiz se different quant a priorité ou posteriorité c’est assavoir car
selon une maniere ce semble premier estre de quoy autre est engendré/
par soubtiliacion/ et ceste guise il met .ii.ement Mais dit il que ce
soit premier de qui autre est engendré par condempsacion ou
inspissacion/ il appert dit il par ceulx qui mettoient principes les
corps plus simples/ c’est a savoir les corps ayans tres menues parties/
desquieulx par condempsacion ilz disoient les choses estre faictes/
sicomme aucuns qui mettoient le feu pource que il est tres soubtil/
aussi un chacun des autres eslemens eut un philosophe qui le jugia
premier/ mais pour quoy dist il ne mirent la terre estre principe/ Il ne
peut estre dit que ce eust esté contre l’oppinion commune/ Car oppinion
divulguee fu la terre substance de toutes choses estre/ Et mesmement
exeodus qui fu l’un des poetes theologisans l’affermoit disant la terre
estre premiere faite par quoy comme il appere que la terre estre
principe fu l’oppinion des theologisans poetes qui precederent les
naturiens philosophes/ seulement les naturiens escheverent a la mettre
principe pour la groissesse de ses parties Et pour ce comme ilz veissent
que l’air eust plus grosses parties que le feu et l’eaue que l’air/ et
ilz ne veissent rien si soubtil que feu/ Il s’ensuit dit il que en
ensuivant ce principe de condempsacion nulz ne dirent si bien que ceulx
qui mirent feu principe/ Car comme pour cause de soubtilleté aucune
chose puit estre appellé premiere/ il est neccessité que celle soit
principe qui est tres soubtille sur toutes/ Toute foiz s’il estoit vray
qu’ilz dient s’ensuivroit il grant inconvenient/ C’est assavoir s’il
n’estoit riens que feu il s’ensuivroit s’aucun disoit que air fust plus
groz que feu/ ou plus soubtil que eaue que ilz mesprendroient.
Ancore des oppinions des philosophes.
Mais certes ycy met il l’autre raison par la quelle au rebours il appert
que la terre soit tres proprement principe/ car comme ce soit chose
evident que ce qui est derrenier en generacion est premier en nature/
pource que nature a la fin de generacion tent a ce qui est premier en
son entencion/ mais tant que une chose est plus deprise plus espesse et
aussi plus composte/ Tant est elle plus derreniere en generacion/ pour
ce que en voye de generacion on precede de plus simples choses aux
composees sicomme des elemens on va aux miscions/ et les mixtions aux
humeurs et des humeurs aux membres/ tant que finablement on vient a
homme qui est le plus compost Semblablement doncques comme ce qui est le
plus espeus appert estre en generacion derrenier/ et par consequant
principe de nature/ il appert que ceste conclusion soit contraire a
celle de devant/ Car ainsi la terre qui est plus espesse et plus
disperse sera premiere d’eaue et l’eaue que l’air/ et l’air que le feu/
Si est pour ce a savoir que il y a difference entre querir ce qui est
premier & a parler simplement/ Car s’on enquiert de premier simplement
n’est pas doubte que premier est parfaict/ de imparfaict et faict que
n’est poissance/ Car nulle chose n’est ramenee d’imparfaict a parfaict/
ou de poissance en fait/ se non par aucun ens parfaict/ c’est a dire par
aucune chose estant de fait parfaicte Et c’est cy a savoir que je
appelle poissance en tant que je la distingue contre fait/ La poissance
de quelconques effait le quel n’est c’est a dire de quelconque chose
produisible et menable en aucune nature soit bonne ou mauvaise/ ycelle
nature non estre ore/ mais povoir estre/ Et pource la nomme l’en
poissance de povoir estre ou non/ mais quant elle est/ elle est nommee
fait a difference de povoir estre/ Et parce il appert que fait est le
plus noble/ Dont pource se nous parlons de la perfeccion de dieu/ dieu
si est tres parfaict/ et donques tres premier/ Car en son essence nulle
possibilité ne fu ainçois que fait/ mais ces particulieres choses qui
precedent en leur estre de poissance en effait/ la poissance en ycelles
quant temps si precede le fait et ainsi l’imparfaict le parfait combien
toutefois que a nature le fait soit le premier c’est asavoir quant en
son entencion et maniere d’elles savoir produire/ Tout ainsi que il
appert d’un messagier qui va en aucun lieu Combien que le lieu ou il va
quant au labour et a son entencion il atteigne de y venir/ Toutefoiz
estoit il le premier quant a son entencion/ car autrement ne se fust il
pas meu/ Et sicomme au lieu quant il ataint on pourroit dire qu’il y
estoit deffaict. aussi ainçois qu’il atteignist s’entencion povoit estre
appellé poissance/ Et ainsi il appert que fait se non en temps/ toute
foiz quant a nature ou a entencion est premier que poissance/ il est du
tout manifeste que ainsi le premier principe de toutes choses il fault
estre tres simple pour ce que toutes choses sont composees des simples &
non e converso donques il estoit neccessaire aux anciens naturiens que
l’un et l’autre ilz attribuassent au principe premier/ c’est a savoir au
principe du monde qu’ilz attribuassent avec souveraine simplicité
souveraine perfeccion Mais comme ces .ii. ne puissent estre atribuez a
aucun principe corporel Car es generacions & es corrupcions les tres
simples choses sont les plus imparfaictes pour ce leur sembloit estoient
ilz contraires mettre division es principes.
Cesse a parler des oppinions.
Plus te diroie assez quelle je fus es anciens philosophes en divers cas/
et mesmement en cestui dessus dit plus largement/ & aussi des solucions
du vray distingueur et sage determineur Aristote Et qui plus de ce
vouldra savoir quiere le philosophe en sa methaphisique Mais comme la
matiere soit obscure de ce/ a tant souffise/ Et ainsi comme en une riche
mercerie ou tresor/ sont avec perles diverses pierres precieuses de
plusieurs vertus couleurs et pris/ les quelles au goust et plaisances de
divers barguigneurs sont requises/ Soient ycestes choses ou tresor de
ton volume reservees aux hommes scienceux de soubtil entendement/ Et
passent oultre les moins expers aux choses plus legieres et communes Et
tres ore soit changié l’ordre de nostre rethorique en plus vulgare et
elegant parleure en retournant a nostre premiere arrenge te soient assés
souffisantes les preuves des choses devant dictes/ me tenant quitte de
promesse a toy par moy faite/ C’est a savoir de te clairer les termes de
ma poissance manifestes mesmement es hommes plus sages & de plus
soubtilz engins.
De l’ombre la poissance que elle a.
Or t’ay je assez prouvé par ce que devant est dit comment je suis cause
premiere des oeuvres humaines & que se precedent ne fusse aucune oeuvre
n’aroit effect es humains/ pource te vueil reprendre en aucune partie de
tes dis/ en ton livre intitulé de la mutacion de fortune le quel
compilas par grant labour & estude/ Car combien que par moy t’en venist
l’invencion trop faillis sauve ta grace/ Lors que tu tant octorisas la
poissance de dame fortune que tu la dis estre toute ordenaresse des fais
qui cueurent entre les hommes/ Et ma poissance souveraine sur toutes
influences refleccibles es oeuvres communes qui precelle toutes autres/
tu oublias/ Si ne te soit honte offrir l’amende a moy suppellative de
toy en ceste partie injuriee te rendant repentie coulpable comme mal
avertie me recongnoissant suppellative sur toutes poissances relatives
ça bas de dieu ordenees/ Et que ceste chose te soit magnifeste vueil que
me desnoues cest argument/ Je te demande le quel est plus noble ou
l’acteur qui est principe de la chose premierement mise en fourme/ ou
l’euvre qui despent et vient de la poissance de l’acteur premier
princippe/ Et moy a elle/ certes dame je tiens que comme dieu soit
principe de toutes choses/ Et aussi comme dit aristote l’entendement est
le souverain des biens/ Car a lui tous les autres obeissent le premier
principe des choses je confesse le plus parfaict en accion de oeuvre
comme ci devant est assez prouvé/ Et elle a moy/ bien respondis/ or t’ay
vaincue par ton meismes jugement/ Car non obstant qu’entendement soit
devant moy quant en concept Toute foiz suis je premiere cause de toutes
choses bonnes ou mauvaises faictes ou pourchacees par pensees ou oeuvres
humaines/ Et donques comme devant est dit s’il est ainsi/ ce que si/ que
principe soie des speculacions et toutes choses ouvrables/ comme il
appert Je conclus vraye ma preposicion que je precelle les choses
ouvrees/ Et que fortune a qui tant de poissance atribuez/ n’est fors ma
chamberiere mercenere comme conduisarresse des oeuvres ja par moy
disposees a mettre a effaict.
¶ Mais affin que il ne semble que par mouvement de envie lui vueille
soubtraire la fame de son auctorité/ te cognois estre vray qu’en
disposicion de oeuvre/ fortune a poissance de conduire les fais
particuliers bien ou mal selon le soufflement de son influence/ mais te
souviegne que differens sont noz mouvemens/ car de rechief te dis que je
euvre en esperit et fortune ne peut ouvrer fors es choses ja par moy
deliberees aptes a recevoir ses influences es choses dehors et foraines
mais es repostailles de la pensee es quelles je sui muciee n’a nulle
poissance/ doncques tu peus cognoistre que elle est serville et villaine
vers mon auctorité comme elle soit au monde sicomme superflue comme le
las de l’adversaire/ Et je soie celle sans qui nulle chose n’est faite
et sans qui nul fruit d’oeuvre ne pourroit l’omme conduire a perpetuelle
gloire.
Encore dit de sa poissance.
Que te diroie de mes poissances n’en doubtes point que elles passent &
precedent toutes les choses mondaines Et t’acertaine que par moy
singulierement depuis le commencement du monde a esté est et sera
gouverné tout l’univers et fondé sur moy es choses ouvrees par les
hommes/ Et non obstant que grans sciences lois escriptes/ rigles de
princes coustumes de terres soient en commun usage/ si te di je que
precede toutes leurs poissances/ et plus puis que toutes ensemble/ et
qu’il soit voir il appert par ce que non obstant ycestes coustumes ou
establissemens souventes foiz/ fais errer meismes ceulx qui y sont les
plus savans et les plus expers et entrer en tieulx argumens dont les
conclusions sont faulces et dampnables sicomme ja est prouvé par ce qui
est dit des anciens philosophes.
¶ Et pource que tu attribues en ton dit livre de la mutacion de fortune/
elle estre menarresse des antregiez des seignouries/ je te dis que de
tous yces mouvemens suis le premier motif/ ne fu je celle qui tres le
.ii.e aage fis a nambroth le jayant par presompcion ediffier la fort
cité et tour de babiloine qui onques n’ot pareille comme ci apres sera
dit/ si le fis errer tant qu’il dechut de l’atainte de sa pensee/ apres
ce temps comme je fusse fort fichee ou cuer du roy de ninive par moy
mettre a effaict/ ne vint il a chief de prendre la dicte fort cité de
babiloine/ la quelle sa femme semiramis par moy et mon industrie
moyennant son chevalereux courage fist ancores enforcir et brayer de
bons fossez et bastides.
¶ Item apres ce lonc temps ne donnay je cuer a cirus de guerroyer
astiagies son ayol qui a occire l’avoit commandé si me poursuivi tant
que il avint a son entente de ce et de tout oryant qu’il conquesta/ et
pour ce que la matiere en est belle ancore diray de sa conqueste/ Comme
je donnasse cuer et hardement a Cirus de emprendre fortes choses ce
meismes recite abacut en sa prophecie Il prist la dicte cité de
babiloine la quelle prise fust tant merveillable que ainsi comme dit
Orose & saint augustin a peine pout il lors estre creu que par vertu
humaine fust conquestee ne qu’en ceste mortelle vie ediffiee et puis
prise peut estre. Car si qu’il dit elle estoit en bel espace assise de
toutes pars tres fort en sa disposicion façonnee en quarrure/ la
haultece de ses murs estoit .l. coubdes/ et l’espesseur autant par
.iiii. fois/ tous les murs estoient de pierre cuite enlaciez par cyment/
et avoit cent portes d’arain/ et environnoit .CCCC.lxxx. estades qui
valent .li. milles C’est assavoir .xxv. lieues et demie françoises/ Car
sicomme raconte orose Comme Cirus eust conquis auques tout orient &
voulsist subjuguer babiloine la quelle lui restoit Comme a un des
assaulx que il fist il perdist ou fleuve de euffrates qui cignoit la
cité de ses chevaliers/ cellui que il amoit le plus/ le quel aussi
surmontoit tous les autres en valeur et proece/ Il jura que cellui
fleuve le quel avoit noyé si vaillant chevalier deviseroit en tant de
parties que nulle part de lui ne seroit si grant que a une petite femme
venist aux genoulx/ et ainsi fu car en .CCCC. & .lx. ruisseaulx par
force d’ommes en l’espace des champs il devisa le fleuve/ si que le tres
noble fleuve qui passoit par dedens la cité osté et subtrait de elle/ fu
subjuguee/ et prise.
Encore de ce mesmes & des seignouries.
Pour briefté je laisse infinies autres choses lesquelles ay faites faire
pendant ce temps & meismes celles que tu imputes a fortune/ ne vindrent
de moy/ Les premieres invencions des fais que ains leur achevement vy en
pensees/ non obstant que souvent les veoye autrement qu’ilz n’avenoient
de tous les fais des conquereurs passez.
¶ Ne fis je apres autres aventures passees/ a croire au roy xerses qu’il
conquerroit toute grece en lui ramentevant sa grant poissance/ Dont pour
ce faire assembla tant de gent que mons et vaulx en estoient couvers/ Si
avoye couleur de jugier pour lui la victoire/ mais comme fortune me soit
souvent contraire/ par especial en fais de guerres et es choses avenir/
je confesse que elle voluntairement donna la victoire aux grieux
tresbuchant cellui poissant es las de maleurté sicomme toy meismes as
autres foiz apres autres aucteurs recordé en tes volumes Toute foiz non
obstant que a lui fusse mençongiere et decevable fis je la premiere
naiscence de celle emprise.
¶ Apres ce temps par moy et par mon amonnestement furent commenciees et
continuees les grans guerres troyennes/ Ne fis je a croire a leomedon
roy de la premiere troye que les gregois dessendus a son port/ quant
aloient pour querir la toison d’or estoient venus pour espier sa terre
et lui pourchacier dommage/ et par moy sans cause envoya congeer de sa
terre jason hercules et les autres barons villainement/ pour le quel
despit je me mis ferme ou cuer des dis barons et leur promis que bien
s’en vengeroient comme ilz si firent apres/ car je fus simple et nice ou
dit roy leomedon qui follement me crut et mal se gaita de yceulx gregois
en qui je fus sage et vraye/ si que sagement menerent leur fait par
l’ayde et disposicion de fortune conduisaresse de leur bon eur/ si que
toute destruirent et ardirent la cité/ le roy occirent et toute la gent.
¶ Apres ne fis je a priant filz leomedon rediffier la seconde troye qui
tant fu belle fort et poissant que merveilles estoit a comprendre/ par
moy apres entreprist la vengence sur les grieux Si fis aler paaris en
grece et ravir helayne et tout faire ce qui en fu fait/ Et par mes
amonnestemens avec l’ayde ou nuisance de fortune perdoient troyens et
gaignoient Je fus cause de la mort hector/ car je lui faisoie a croire
que il n’avoit garde d’achiles qui sans cesser le gaittoit/ si que au
derrain l’occist/ Semblablement depuis deceu je achilles tant que il
cheut es las de la royne Ecuba qui a bonne cause le hayoit/ tout pour
moy et par mon pourchas fu au derrain troye prise et destruite/ De la
quelle fis apres partir plusieurs barons du sanc real a tout grant
foison de gent qui par mer s’espandirent en diverses contrees dont eneas
et sa compagnie arriva en ytale si lui fis couvoiter la fille du roy
latin/ et pour celle cause emprendre guerre a turnus qui lui chalengioit
Dont d’icellui eneas venu a son entente deffendirent puis les fondeurs
de romme.
Dit ancore l’ombre des choses que elle a faites faire.
Depuis ensuivant n’ay je esté celle qui les successeurs de yceulx ay
amonnestez d’emprendre les grandes et merveilleuses choses/ lesquelles
par l’ayde de fortune a eulx propice/ tant esploitierent et par leur
travail ayde et sens en lonc espace de temps que ilz conquesterent le
monde Sicomme les histoires de leurs gestes/ et toy meismes apres autres
en ton dit livre de mutacion de fortune le recordes/ le recitent/ si
n’est besoing de plus en faire longue narracion.
¶ Aussi ne fus je celle qui au grant Alixandre tres sa jonesce donnay
l’invension d’emprendre les fortes et fieres batailles en lui promettant
fortune en son ayde qu’il seigneuriroit sicomme il vint puis a chief de
tout le monde/ Semblablement devant et apres ensuivant de toutes
conquestes et seigneuries/ et toutes estranges choses mettre a effaict
des choses a l’aventure par propos deliberé/ ay esté moyen et principe/
ce ne me peus tu nyer/ se tu ancores par grosseur d’entendement ne
m’ignores/ qu’en dis tu me suis je assez magnifestee/ me cognois tu/ et
moy a elle/ dame dites ancore. A quoy veulx tu que plus je dye. Ne vois
tu l’experience de moy manifeste meismes chacun jour ou pays ou tu
demeures par les debas que je fais par mi la ville et en toutes places/
Regardes et avises quieulx descors/ mais meismement entre les princes
qui sont d’un sanc et amis naturellement par les diversitez de moy qui
suis contraire en eulx le fois devenir comme ennemis maintefoiz et en
chacun suis si afferme contrairement en ce qui lui semble bon que l’en
ne me peut desmouvoir Car chacun dit que il a droit et ainsi le veult
soustenir et a discuter leurs raisons ne vois tu les assemblees qui en
sont faites de plusieurs que on dit sages et a chacun pour soy de ses
aderés qui different les uns des autres/ Lesquelles choses sont causes
de grant inconvenient/ car en pays royaume/ empire ou cité ou je soie ou
aye esté communement de plusieurs guises contraires & mal accordables/
ne fu que rebellion et grant debat commocion et bataille ne fust/ ne
autrement ne peut estre Car certes la ou je ne suis d’un commun accord/
n’ara ja paix/ mais du tort ou droit d’entre lesdiz princes supperieurs
je me tais/ Car de ce determiner n’est mie mon office qui tous jours
suis en doubte et non certaine/ mais de ce demander couvendroit a la
tres clere resplandissant poissant deesse que tu veis enclose en chartre
et emprisonnee & de qui fraude s’estudie a estoupper et clorre les voyes
de sa lumiere sicomme a toy meismes fu apparant et de qui les menistres
quoy que leur desplaise n’osent soubz peine d’estre batus tinter ne
lever l’ueil/ mais de leurs descors fois je sourdre par toutes places
nouveaulx debas entre leurs ministres et aderez et par toute la ville en
deviser negativement l’un contre l’autre/ et meismes a de ceulx qui ne
les cognoiscent en estranges terres en qui je me fiche diversement/ Si
les fais entre batre souventes foiz/ et questionner mesmes de chose qui
riens ne leur touche/ Disant l’un contre l’autre Tel seigneur a droit
pour tel cause et pour tele/ L’autre replique que non/ et ainsi par non
a/ si a/ si fu/ non fu/ je fais gent entre occire souventes foix meismes
es tavernes souvent avient adont suis je forte quant il y a vin & plus
je y abonde & fais mesler gens de la chappe a l’evesque/ ou des guerres
de anthioche le quel a ou droit ou tort et ou le quel est plus sage/ ou
le quel ne l’est mie/ Et ainsi je demonstre es humains leur ignorence de
eulz debatre de ce de quoy riens ne scevent et ne leur appartient/ O
quel folie en homme de qui le sens doit gouverner raison/ se fonder sans
elle sur moy & jugier par moy certainement de chose non certaine et que
ilz ignorent Que t’en diroie je fois vivre les gens par moy/ c’est a
entendre disposer leurs fais selon ce que je leur conseille/ Et quant
ilz pevent avenir a l’ordre de vivre que je leur fois desirer/ adont
sont ilz contens de la chose que ilz vouloient/ mais je suis different
en eulx/ Car je fais penser et cuider a l’un que bon lui soit/ une
maniere de vivre/ et certaines choses que il appete lui sont bonnes/ que
a un autre ycelles meismes ne plairoient point/ mais lui plairoient
toutes contraires/ Et cestes differences viennent selon les condicions
et aages des gens sicomme je suis autre es jones que je ne suis es
vieulx/ et meismes es .ii. aages entre eulx suis je different/ Et pour
ce que ainsi je differe suis je cause des debas du monde/ et chacun me
cuide avoir en soy meilleur/ je fais sembler a un homme que avoir des
flourins il n’est plus de joye Je fais sembler a un autre que avoir
belles dames il n’est plus de bien/ aux uns juger que science est
souveraine chose/ aux autres que chevalerie est meilleur et plus noble &
ainsi des autres choses/ Et pour ce ne fu onq si parfaict pas
jhesuscrist comme homme qui peut bien vivre ne estre agreable a
l’oppinion de tous Toute foiz te dis je bien que vivre vertueusement &
bien faire si emporte le plus des voix des gens.
Ce que l’ombre disoit des arquemistes.