soit que je ne face errer parlerons des anciens philosophes quelle je
fus en eulx/ Et comme le traictier de ceste matiere/ tout soit elle
soubtille puisse estre au prouffit de l’entendement t’en deviseray plus
largement en lengage plus couvert comme la matiere le requiere/ te diray
premierement des tres ancians investigueurs des choses naturelles A
ceulx qui premierement philosopherent/ je disoie que des natures des
choses yceulz sont seulement les princippes qui sont ramenez a cause de
matere/ et a ce que plus leur fust ce apparant teles raisons leur
faisoie investiguer que .iiii. condicions semblans appartiennent aux
raisons des princippes/ premierement disoient ilz comme ce de quoy
aucune chose est faite/ semble le principe estre d’icelle chose/ Car
c’est vray signe de princippe par qui la chose est faite et tel est la
matiere/ Car de matieres toutes choses sont faites. Item car tout ainsi
que ce dont les choses sont faites nous disons le princippe de
l’engendrement d’elles et par consequant cause/ en tant que generacion
toute chose precede a estre a ce que elle est/ ne ainçois elle n’est
riens. Et toutefoiz de matiere premierement comme de son princippe
chacune chose est faite/ car la matiere precede la formacion des choses
Et aussi la matiere premierement non pas acidentelement est le suppost
des formes par quoy ancore appert que elle soit vray principe il
s’ensuit que matiere soit princippe des choses/ Tiercement car comme de
toutes choses ce semble le principe ou quel finablement toutes elles
retournent Car sicomme les principes sont premiers en la composicion/
aussi doivent ilz derreniers estre en resolucion & autressi ytel en la
matiere Quartement comme il faille les princippes demourer/ ce par
especial semble estre vray principe qui en chacune generacion/ et apres
toutes corrupcion demeure/ dont comme la matiere la quelle ilz afferment
substance des choses soit tele que elle demeure en toutes mutacions/
Combien que aucunes passions se varient en elle/ et en elle autressi
toutes les autres condicions devant dictes affierent. Par ces .iiii.
premisses ilz concluoient que la matiere est l’element et le premier
principe des natures des choses ainsi disoient que riens ne peut estre
simplement corrompu ne engendré Car tout ainsi se disoient ilz que quant
aucune mutacion est faite envers quelconques passions/ toute foiz
demeurent l’essence principal/ nous ne disons ycelle chose n’engendree
simplement ne corrompue aussi fors selon aucune chose c’est a dire
accidentellement sicomme un homme blanc devenir noir/ nous ne disons
ycellui homme engendré quant il prent tel abit ne corrompu quant il pert
le premier/ Car sa substance principal si demeure/ c’est assavoir son
estre le quel si est sa fourme tout autressi que la matiere disoient/ il
est la substance des choses/ et ycelle demeure permanablement/ Tout
autressi ilz concluent que rien n’est simplement corrompu ne engendré
fors accidentelement/ mais disoient ilz toutes mutacions qui adviennent
es choses sont faites vers aucuns accidans venans de la matiere comme
sont passions ou quelques qualitez/ Dont combien que tous yceulx
couvenissent ensemble en mettant la matiere comme cause premiere/
Toutefoiz les faisoie differer doublement en la posicion d’elle C’est
assavoir quant a pluralité/ car les aucuns mettoient une seule matiere
et les autres plusieurs causes materielles/ et quant a l’espece aussi/
Car aucuns l’eaue mettoient/ les autres l’air/ les autres le feu Thales
l’ancien philosophe qui prince fu de ycelle philosophie/ disoit que ce
estoit l’eaue et affermoit la terre estre assise sur l’eaue ainsi la
mettoit le principe des choses/ et dist que ainsi estoit fondee la terre
dessus comme le effaict est fondé sur la cause/ dont il est a savoir que
cestui thalles fu dit prince de ycelle philosophie/ Car comme il fust
l’un des .vii. sages qui plus proprement furent dis theologiens/ poetes/
lui tout seul se transporta a considerer les causes & les princippes des
choses/ Les autres seulement demourez occupez es moralles sciences/ Les
noms d’iceulx .vii. sages sont premierement Chales millesien qui fu du
temps romulus cellui qui fonda romme ou temps d’achar le roy d’israel
comme on lit es croniques environ .vi.c .lxxxvii. ans devant
l’incarnacion jhesucrist & devant aristote environ .CCC.lii. ans/ Car
aristote fu du temps alixandre le grant qui preceda jhesucrist
.CCC.xxxv. ans/ Cestui thales fu astrologien/ Car meismes comme on lit
il pronostiqua un deffault du souleil ou temps d’ozias et des fondacions
de romme bien cent ans ains que il fust Cestui aussi fu cil dont on lit
en l’istoire des philosophes qui chaÿ en la fosse quant il aloit veoir
le cours des estoilles/ de quoy il fu remprouvé d’une vielle/ Comment
dit elle cuides tu veoir ce que l’en fait ou ciel/ quant a tes piez ne
vois.
¶ Le second sage fu pitacus mitilenus ou temps que es ebrieux regnoit
zedechias et es rommains tharentin le premier/ le quel pithacus tua
frenon d’aches qui batailloit a lui.
¶ Les autres .v. si furent solon d’athenes qui fu faiseur des drois &
des loys populaires/ Chilon lacedemonien/ pithidorus corintien/
cleobelus sydien Byas periandran/ Et furent tous ou temps de la
chetiveté de babiloine/ Et en ce temps ci en bretaigne la grant raignoit
cordeille fille du roy loyr de bretaigne & femme d’agampus le roy de
gaule/ le quel agampus a l’instance de elle subjugua et conquesta
bretaigne occuppee par les serourges d’elle qui chacié en avoient son
pere/ si en chaça yceulz et le royaume au pere restitua au quel puis
succeda ycelle cordeille Comme plus a plain il appert par les gestes.
Ancore de ce mesmes.
Dont entre yceulx .vii. sages thales tant seulement specula la nature
des choses/ et ses disputacions et les raisons qu’il fist il envoya par
lettres en diverses contrees la quelle chose nul des autres ne fist pour
ce fu il entr’eulx appellé prince de leur philosophie Les raisons qui
murent Chales a dire ce qu’il disoit estoit qu’il veoit le nourrissement
de toutes choses estre moisteur/ et par .iii. signes prouvoit son propos
le premier est ce qui est dit c’est assavoir que toutes choses vivans
par moisteur sont nourries/ mais ce disoit il comme ce soit une
semblable chose de quoy les choses sont & a quoy elles viennent/ Et
ainsi humeur semble estre le principe des essences des choses/ le second
signe est que comme l’essence de toutes choses vivans tres grandement
soit conservee et gardee par sa propre et naturelle chaleur/ Toutefoiz
la chaleur semble faite et nourrie de humeur Car humeur est aussi comme
nourrissement et matiere a chaleur/ il appert et s’ensuit que humeur
soit principe des choses.
¶ Le tiers signe comme la vie de tous les animaulx soit gardee en
humeur/ car par le deffault de naturelle humeur chacun animal meurt/ et
par la conservacion d’elle chacun animal vit/ par quoy comme vivre soit
estre aux choses qui ont vie comme il fu dit devant il appert qu’il
s’ensuive que humeur soit principe des essences des choses/ & ces .ii.
signes deppendent l’un de l’autre Aussi il prent signe par la generacion
des choses/ Car ce dit il comme toutes generacions par especial des
choses qui ont vie/ lesquelles sont tres nobles et parfaictes sur toutes
autres choses soient faites de semences/ lesquelles semences ont
escailles sont de nature moiste sicomme chacun scet/ il appert ce dist
il humeur estre princippe des generacions des choses Cestui Chales
estoit induit a ceste oppinion par l’auctorité des anciens/ car comme
aucuns poetes theologisans/ eussent esté ancore plus anciens de lui Et
yceulx eussent tele oppinion de nature/ c’est assavoir que l’eaue fust
principe des choses/ yceulx peut estre pour l’ancienneté d’eulx thales
si ensuivi.
¶ Si est cy a savoir que comme les premiers en grece renommez de
sciences fussent appellez poetes theologisans/ ainsi diz poetes Car de
ce qu’ilz disoient ilz formoient dictiez & parloient faintement/
theologisans aussi qu’ilz parloient des dieux et des choses divines/ les
premiers et les plus principaulx renommez d’iceulx furent .iii. c’est
assavoir orpheus et son disciple museus/ et linius de thebes qui fu
maistre de hercules/ Et ces .iii. furent ou temps des juges qui
regnoient ou peuple de israel environ. .v.c .xxvii. ans/ avant que
chales fust/ environ .xliii. ans avant que theseus le roy d’athenes
ravist helayne la fille au roy de thebes environ .lxxxviii. ans ains que
troye fust destruite/ Et de tous yceulx .iii. orpheus fu le plus
sollempnel/ Et cestui fu cellui dont les poetes parlent qu’il ala en
enfer querir erudice sa femme la quelle le serpent avoit pointe en
fuyant par le pré quant euristus le frere orpheus la vouloit violer la
quelle fable a bon entendement moral peut estre entendue Sicomme
fulgence ou livre des natures des dieux tres clerement l’expose/ De
cestui orpheus aussi parle boece ou .iii.e de sa consolacion a la fin et
ovide en methamorphoseos ou .x.e/ Cestui orpheus aussi a parler
proprement sanz nulle ficcion si que boece recite en sa musique estoit
tres bon cithariste C’est a dire tant melodieusement faisoit sons en la
harpe/ que par les proporcions des acors tant a point ordenez il
garissoit de plusieurs maladies/ et les tristes faisoit estre joyeus.
¶ Ces .iii. poetes dis par maniere de fictions & de paroles
transumptives parlans des choses de nature disoient que occean c’est a
dire la mer ou l’abeisme ou a tres grant inundacion d’eaues/ Et thetis
qu’ilz disoient la deesse de humeur sont parens de generacion/ Et par ce
dist il comme par singuliere similitude ilz donnoient entendre que eaue
fust le principe de la generacion des choses/ Encore ceste sentence par
autre fabuleuse narracion ilz couvroient disant que le sacrement et le
serment des dieux estoit par l’eaue qu’il appellent stix/ La quelle est
un fleuve d’enfer/ Et par ce que ilz disoient les dieux faire leurs
sacremens & leurs sermens de l’eaue pour ce que sacrement se fait tous
jours par ce qui est plus digne/ Car le parfaict precede l’imparfaict de
nature et de temps ilz se donnoient a entendre que l’eaue fust plus
honorable et plus digne des dieux/ Et dont comme il appere qu’ilz
cuidassent l’eaue premiere et plus ancienne des dieux/ lesquieulx dieux
peut estre ilz entendoient estre les corps du ciel ou autres corps
sensibles/ Car ancore des choses sepparees n’avoient cognoissance/ Il
dit que nulle plus ancienne oppinion de ceste n’a esté es choses de
nature/ La quelle soit cogneue/ meismement ancore ceste oppinion a esté
nagaires d’aucuns renouvellee/ non pas qu’ilz deissent l’eaue plus noble
ne si noble que dieu comme yceulx premiers firent/ mais sans ficcion
aucune ilz la disoient & affermoient estre premiere & aussi la
derreniere des choses de ce monde/ car meismes ilz la mettent premiere
que le ciel/ Car la premiere espere/ c’est assavoir une que ilz
ymaginent comprendre La .ix.e ilz la mettent estre eaue Sicomme plus
plainement frere rogier bacon le recite en son livre du ciel ou .xii.e
chapitre/ Et peut estre a ce ilz se mouvoient cuidans les vieulx poetes
accorder avecques eulx/ ou peut estre pour les diz des philosophes
nommans en plusieurs lieux les eaues sur le ciel/ Toutefoiz tant yceulx
philosophes que aussi les poetes en tant comme a bon sens se puissent
ramener au moins le plus des choses en enveloppement et soubz ombre
parlerent non les nouveaulx mais yceulx anciens en tant que des sciences
les portes vous ouvrirent vous les devez excuser amer et supporter.
Les contre dis d’aristote aux autres philosophes.
Aristote qui lonc temps fu apres ou quel je fus tres vraye et certaine
par le moyen de son noble engin et entendement qui moy et mes filles
attrey les plus soubtilles impugnatables/ & les autres poetes non mie
les impugna en tant comme poetes/ mais en tant que ilz semblent
philosophes/ et sont hors de verité/ aussi recite il d’ippones/ le quel
sicomme maisme il recite sur le livre de l’ame/ fu de tres rude engin/
car il mettoit l’ame des bestes et des hommes estre eaue/ Cestui dit il
suivi du tout thales sanz lui riens adjouster/ Et pource dit il nulle
louange ne nul pris n’en doit recevoir.
¶ A autres philosophes je dis et fis a croire que l’air estoit principe
de toutes choses si comme a dyogenes & anaximenes/ et disoient que l’air
estoit premier de l’eaue Et principe de toutes choses simples/ c’est a
savoir des elemens/ Si est a savoir que .ii. anaximenes furent et tous
.ii. philosophes C’est assavoir l’un du temps aristote/ Et de cestui il
n’entent pas ycy/ mais cestui anaximenes dont il fait mencion fu
disciple d’anaxamandra qui disciple avoit esté thales devant dit/ Et
cestui anaximenes & anaximendra furent du temps que cirus conquist le
royaume de mede/ et transporta aux persens ou temps de la destruccion du
temple de jherusalem/ En ce temps cy aussi c’est assavoir ou temps
d’anaximenes regnoit tarquin l’orgueilleux. Le .vii.e et le derrenier
roy de romme/ cellui qui fu chacié pour tarqui son filz qui viola
lucrece/ cellui aussi fu disciple d’anaximenes/ Toute foiz tant de
difference ont ilz qu’anaximenes mettoit l’air simplement principe se
non en tant que composé il fust avec raison divine/ Et de ce vint une
oppinion qui est recitee sur le premier de l’ame/ Et la raison peut
estre fu tele qui les mouvoit Car ilz veoient que par respiracion d’air
la vie de plusieurs animaulx au moins du plus des bestes est sauvee/ Et
sanz air elle est anichilee/ Et aussi car ilz veoient par imitacion &
ensuite de l’air varier les generacions et les corrupcions des herbes et
de plusieurs des choses.
¶ .ii. autres philosophes c’est assavoir ypassus et eraclitus mirent le
feu estre principe et matere des choses et peut estre furent meus a ce
pour la soubtilleté et noblece qu’il a/ Car meismes pour ce que ilz le
veoyent luisant et monter contre mont/ ilz cuidoient le ciel estre de
feu/ Cestui eraclitus/ pittagoras/ democritus et anaxagoras & plusieurs
autres furent tous en un temps/ C’est a savoir ou temps que
prophetisoient/ en judee/ aggenus/ zacharias/ et malechias/ ou temps du
dit cirus.
¶ Cestui eraclitus sicomme il avoit oppinion ou feu quant aux principes
& causemens des choses ainsi comme on lit fu tout le premier de tous les
anciens qui par maniere d’art trouva deviner ou feu/ et celle art que on
dit piromancie/ Et sicomme on lit en aucuns traictiez d’elle/ lui lonc
temps ainçois pronostiqua la desolacion de babiloine la cité devant
qu’elle fust avenue.
¶ Ainsi diversement mirent yceulx le principe de matiere/ C’est assavoir
d’eaue d’air & de feu en y adjoustant le quart element/ c’est assavoir
la terre ilz en disoient toutes choses causees/ et les disoient estre
incorruptibles & ingenerables/ sicomme faisoient ceulx qui mirent un
principe/ mais il metoit que par l’assemblement d’entre eulx selon
diversité de plus ou de moins se causoient les diversitez des choses qui
se font.
¶ Dont combien que anaxagoras fust ainsné d’empedecles en temps/
toutefoiz fu il plus novice en savoir/ Car comme un chacun abregier doye
a son povoir les principes des choses par quoy moins en deust avoir mis
que ne fist empedocles le quel en mettoit trop sicomme plus plainement
il appert ou premier de phisiques/ Cestui ancore pour les accroistre les
mist infinis/ c’est assavoir car il disoit les elemens et toutes choses
estre faites d’infinies petites parties/ lesquelles il mettoit estre les
drois princippes & mettoit les choses estre engendrees & corrompues par
congregacion & disgregacion/ c’est a dire par assemblement &
desassemblement d’icelles N’autrement ycelles ne pourissent ainçois
pardurablement demeurent/ Dont par les choses ja dictes de Aristote
conclut que par anaxagoras et par les oppinions des jadis philosophes on
ne peut autre chose cognoistre fors seulement la cause de matiere.
Encore des oppinions.
Pittagoras disoit les esperes qui sont menez ou ciel estre dix. Combien
que tant seulement .ix. en soient apparans/ c’est a savoir .vii.
comprises par les mouvemens des planettes/ l’uitieve par le mouvement
des estoilles/ et la .ix.e par le mouvement journal qui est le premier
mouvement/ mais pittagoras adjousta la .x.e antixthonan c’est a dire
menee au contraire des mouvemens/ et par consequant sonnent
contrairement/ Car comme il mist & aussi le mirent plusieurs autres que
des mouvemens des esperes du ciel se facent armonies Car comme ilz
considerassent que naturellement noz pensees lesquelles ilz metoient de
nature celeste se resjouissent de sons qui sont par mesure ordenez/
considerans aussi que tous sons sont de mouvemens causés/ Car sanz
mouvement nul son ne seroit fait voyans ou ciel esperes et cercles de
diverses grandeurs preporcionnees les unes vers les autres ce leur
sembloit par moult nobles mesures et meues aussi de mouvemens
couvenables a elles ymaginans par ces choses ou ciel estre grans
melodies/ lassus ilz affermoient estre parfaicte musique/ et celle de ça
bas estre dirivee de celle de lassus Et aussi selon ceste leur ordenance
le mouvement journel qui va d’orient en occident au contraire des autres
seroit en l’espere .x.e & la .ix.e seroit celle la quelle si mouvroit
toutes les esperes basses au contraire du premier mouvement.
¶ Pittagoras et ceulx de sa secte par lui instruis mettent les principes
des choses encheans es causes dessus dictez/ si mettent nombres ainsi
que matere et princippe des choses et les passions des nombres ainsi
comme les passions ou les abis des choses/ si que nous entendions par
passions accidens/ legierement passibles et par abis accidens permanens/
sicomme ilz mettoient que la passion d’aucun nombre selon la quelle il
est dit pareillement per estoit princippe de justice pour l’equalité de
sa division Car tout nombre qui equalement se devise par egales moitiez
sicomme .viii. se devise en .ii. quatre & quatre/ en deux deux/ et .ii.
unitez et plusieurs autres par semblable maniere/ yceulx ilz disoient
princippes de justice/ Et par semblable maniere les autres accidens des
choses ilz assimuloient aux accidens des nombres & mettoient les
principes des nombres per et non per/ pour ce qu’icelles sont leurs
premieres differences mais le nombre per ilz metoient estre le principe
d’infinité Et le nombre non per estre princippe aux choses lesquelles
sont fenies/ Sicomme plus plainement il appert declairié sus le .iii.e
de phisiques/ c’est assavoir que le nombre per semble estre couvenable a
division.
¶ Pour ce infinité par especial se semble ensuivre a la division des
choses continuees/ Et le nombre non per si a le per soubz lui/ & ancore
unité la quelle est cause de indivision/ Et aussi prenoient ilz que les
nombres non pers adjoustez par ordre l’un a l’autre retiennent la figure
des quarrez nombres mais les pers varient leurs figures/ Sicomme .iii.
adjoustez avec un qui est le principe des nombres/ causent ce nombre
.iiii. le premier de tous nombres quarrez/ car .ii. fois .ii. sont
.iiii. Et de rechief cinq qui apres .iiii. est le premier nomper
adjousté avec .iiii. fait .ix. qui est second quarré/ car .iii. fois
.iii. sont .ix. Et ancore adjousté .vii. a .ix. font .xvi. qui est le
tiers quarré car .iiii. foiz .iiii. sont .xvi. Et apres adjousté .ix. a
.xvi. font .xxv. qui est le quart quarré/ Et ainsi de tous autres. Mais
se le nombre de .ii. qui est le premier nombre per est adjousté a un il
constitue nombre triangulier/ c’est assavoir .iii. Et se a lui estoit
adjousté .iiii. qui est le second per il constitue .vii. qui n’a tele
figure/ Et ainsi les nombres pers adjoustez aux quarrez ne gardent point
une meismes figure/ Et pour ceste raison leur attribuoient infinité/ et
aux nompers finité/ Et pour ce que finité si signifie fourme a qui
compette l’active vertu/ Et infinité en depart la matiere a qui compette
passibilité/ pour ce les nombres pers ilz disoient femmelles et les
masculins nompers/ Et de ses .ii. diversitez per et nomper feni et non
feni non pas seulement ilz constituoient nombre mais aussi unité/ Car
unité disoient ilz est per et nomper en vertu/ pour ce que toutes
differences de nombres en vertu couviennent a unité/ Car tout se
retournent en elle & elle en nesune/ Car combien que unité de fait ne
soit pas aucun nombre. Toute foiz disoient ilz en vertu elle est un
chacun nombre/ Et pource la mettoient ilz constituee de per et de
nomper/ Et tous nombres constituez de elle Et mettoient le ciel et toute
chose sensible estre faictes de nombres/ Et ytele estoient l’ordre des
princippes qu’ilz mettoient.
De ce mesmes.
Aucuns autres naturiens anciens furent qui mirent mouvement c’est a
savoir en tant comme ilz mettoyent un principe le quel par reffaccion et
condempsacion ilz disoient mouvable du quel aussi engendrees metoient
les diversitez des choses/ Et par ceste maniere le monde disoient
engendré selon toutes differences des parties de lui/ Toute foiz car en
lui ne mettoient variacion se non selon les accidens/ pource concluoient
ilz que selon substance tout le monde fust un/ autres plusieurs
oppinions furent dont la narracion longue seroit/ mais en brief yceulz
anciens philosophes s’entre accordent assez en ce que ilz dient es
choses aucun principe de matiere/ sicomme thales et dyogenes & leurs
semblables/ & les aucuns si en misdrent plusieurs sicomme empidocles/ Et
aucuns autres aucunes choses non corporelles sicomme ceulx qui mirent
dualité/ c’est a savoir platon qui mist & grant et petit/ lesquieulx ilz
dient non estre corps/ les ytaliens aussi c’est a savoir pitagoras ont
remis infeni/ le quel de rechief pas ne mettoient corps/ Empedocles
aussi les .iiii. elemens qui sont corps pour principes mettoient aussi
anaxagoras mettoit infinité de semblables parties/ c’est assavoir
infenies pars semblables estans indivisibles pour principe des choses/
Et tous ceulx ci ont touché tele cause/ c’est assavoir la cause de
materre/ Et ceulx aussi qui ont dit l’air ou l’eaue ou le feu pour
principes ou autre moyen entre yceulz elemens sicomme plus espeus de feu
ou plus tenues d’air/ Tous yceulx ont mis ycellui corps estre premier
principe et element des choses/ Et ainsi appert il que tous ceulx devant
diz quant aux choses ja dictes ont mise seulement cause materielle
autres plusieurs yceulx anciens ensuivirent que je delaisse pour
briefté/ Toutefoiz est a notter que tant avons eu d’eulx que par leurs
diz ne causes ne principes oultre yceulx canons mis en phisiques/ nul de
eulx n’a diffini/ bien qu’encore obscurement trestous/ toutefoiz les
aucuns y semblent approcher/ C’est a savoir yceulz qui materre estre
principe dirent/ fust une ou plusieurs ou corporee ou non/ aussi platon
qui mist grant et petit & les ytaliens qui mirent infini/ Et empedocles/
l’eaue le feu l’air et la terre/ Et anaxagoras l’infinité de semblables
parties/ Car tous ceulx ci toucherent celle cause/ voire et aussi tous
ceulx qui ont touché d’air et d’eaue ou de plus espés de feu ou de plus
soubtil d’air/ lesquieulx ilz assignoient estre element premier/ yceulx
tous seulement ont touché de materre.
¶ Mais les autres du principe de mouvement toucherent/ c’est a savoir
tous ceulx qui amistié ou haine ou entendement mirent estre principes.
¶ Toutefoiz qui soit l’estre ou substance es choses plainement nul ne
dist/ Toutefoiz cuidoient ycelles estre causees d’immobilité et de
reposement/ Et pour ce de ce qui est la substance aux choses ilz mirent
especes estre causes/ et un la cause des especes.
Encore de ce.
Comme ces choses soient obscures a sentir aux gens lais et rudes a dire
en lengage vulgar et meismes a ton entendement pour la grosseur de lui
estranges passeray oultre des oppinions des anciens philosophes
lesquieulx en assez de manieres fis errer sus les princippes des choses.