Et tout ainsi comme les vertus deppendent les unes des autres & s’entre

accompaignent & attrayent Semblablement ces filles de perdicion

trebuchent de l’une en l’autre/ et se entre sachent et apparient/ Et

qu’il soit vray pour quoy est doncques fraude trouvee ne mais pour

remplir les coffres de la rappineuse C’est l’administraresse de ses

pourveances et de son amas/ C’est celle qui treuve les voyes de attraire

ces finances et faire ses contras/ hahay se perdue l’avoit comment

esgaree seroit/ Onques ne fu si propice boyasse ne qui si bien pensast

de sa maistresse. Dieux quel compaignie et quel couple avarice et

fraude/ mais de leurs ordes mains _libera nos domine_. Dieux ne commença

ceste orde caigne aux ongles crochees/ tres que sus la terre n’avoit que

.iii. hommes Lors que kaÿm offroit a dieu des pires fruis de sa terre et

des pires bestes de son parc/ Et comme dieux qui scet les courages

n’eust agreable son sacrefice le reprouva ycellui chut ou second

inconvenient/ c’est assavoir de envie et puis ou tiers par l’omicide que

il fist de son frere abel Qui pourroit raconter les maulx qui par ceste

sont avenus/ et ancore ne cessent/ pour quoy te diroye des empires

royaumes/ citez et peuples qui destruis en ont esté les temps passez/

Autre exemple ne couvient fors du temps present n’est elle celle qui en

l’eglise de dieu met la division et le Sisme/ certes c’elle n’estoit ne

couvendroit pas .ii. papes/ ains a peines un le vouldroit estre/ n’est

elle principale ou debat de mon royaume/ Se trouvee n’y estoit la charge

du gouvernement ne seroit tant chalengee/ dirons nous que elle fust plus

grande jadis ou roy de babiloine/ pour tant se une seule foiz il desroba

le temple de dieu. helas avisons quantes extorcions on fait en plus ses

amees choses que son temple/ C’est assavoir a ses povres membres qui

sont les souffreteux de quoy il est escript que licite seroit vendre les

calices & les joyaulx livres et aournemens de autelz pour secourir a

besoing a la neccessité de yceulx Et ilz sont de toutes pars persecutez/

et de tieulx joyaulx qu’ilz ont/ c’est leur sustentacion desrobez/ Et

dieux scet en quieulx usages sont employez/ Mais le cas de cestui dit

roy pour quoy ne nous peut estre figure et prophecie du pareil

inconvenient par divine punicion/ Car sicomme ou livre de danyel ou .v.e

Chapitre est escript que une foiz baltasar faisoit un grant disner/ et

seoit a table avec les nobles de son royaume/ commanda que fussent

apportez les vaisseaulx d’or et d’argent que son pere avoit pris ou

temple de jherusalem/ esquieulx vaisseaulx on souloit faire le service

de dieu/ Et cellui corrompu par pompe buvoit dedens presomptueusement/

et y faisoit boire ses cucubines qui de tieulx rappines faisoient leurs

paremens/ et les choses de dieu mettoient en vilz usages/ Mais dieu

contre qui nulle force n’a poissance/ et quoy que il attende bien se

scet venger ot amené l’eure de la punicion de ycelluy mal faiteur/ Et

par cest exemple povons notter la ruyne des plus eslevez souventes foiz

quant plus cuident estre asseurez/ Car sicomme cellui Balthazar Roy de

Babiloine estoit plus en sa joye/ il leva les yeulx Et en la paroit de

sa sale vit une main qui escripsoit tieulx .iii. moz/ mané/ thetel/

phares/ Le premier mot mané/ C’est a dire nombre/ et est a entendre que

dieu avoit nombré les jours de sa vie/ Et que venue en estoit la fin. Le

Second mot thetel est a dire pois/ qui vouloit dire que dieu avoit pesé

ses biens et ses maulx/ et legier avoit esté trouvé en biens/ et pesant

en maulx. Le tiers mot phares vouloit entendre division/ C’estoit a dire

que dieu avoit devisé son royaume et sepparé de lui/ Et ainsi avint car

celle meismes nuit/ daire le roy de mede/ et Cirus roy de perse

prindrent la cité de babiloine/ et fu occis balthazar et son royaume

transporté es mains des mediens et des persens.

Encore de ce.

Tant que c’est sanz nombre doulce chiere amie/ te pourroye dire de

tieulx exemples de diverses punicions pour divers pechez helas et les

miens ne s’i prennent garde/ ne dit le proverbe rural et commun que bien

se bat qui par autruy se chastie/ & que qui autrui maison voit bruler/

de la sienne paour doit avoir/ Il n’est si beau chasti que cil qui de

soy meismes & sanz contrainte vient/ plus leur fust honorable laisser

les vices de pure voulenté que ce que a force on leur feist delaissier/

n’est il escript que dieux a plus grant joye du pecheur retourné a lui

que du juste qui onques ne failli/ C’est chose humaine de pechier/ mais

infernalle est la perseverence. Ha doulce chose est que de suivre la

voye de vertu a qui si veult duire/ n’est il dit que l’omme vertueux a

ja un pié ou ciel/ Et a quoy se eslieve homme qui est terre & cendre/ ne

scet il que sa vie est brieve ne se gloriffie es richeces mondaines/

lesquelles ne sont ne vrayes ne siennes/ Et que vault avoir seignourie

au monde grans tresors terres possessions et poissances sur les autres/

un pou de temps pour an si user que on s’en enqueure dampnacion

perpetuele/ qui est cellui si ignorent qui n’ait le ver de conscience.

vueille ou ne vueille quant il se sent pecheur ne possede il et y a un

des tourmens d’enfer qui ne le laisse durer/ mais quelle est plus grant

seureté que nette conscience/ C’est joye celestielle/ Hahay mais pour

quoy ne a qui dis je ces paroles quant je sçay que n’en serai pas creue

Car ne pourront entrer es courages ja adurcis Sicomme on dit le fol ne

croit jusque il prent mais habondance de voulenté le me fait dire comme

tendre mere a ses enfans/ mais ce me desconforte que ja me semble en y a

d’entrez en obstinacion qui trop est chose perverse. Helas/ j’ay grant

paour que semblable je soie a Cassandra la sage fille du roy priant qui

veant la ruyne appareillee sus les troyens les amonnestoit d’appaisier

leurs courages contre grigois ains que pis leur venist/ mais en vain se

debati car n’en fu pas creue/ Si leur en ensuivi tout ce que pronostiqué

leur avoit/ Dont a tart de ne la croire se repentirent/ ainsi de eulx

amender et mettre a paix devers leur dieu de qui ja voy la guerre. Bien

vouldroye que a mes paroles si adjoustassent foy/ ains que pis leur

venist/ ilz me creussent ne que du tout ja son yre fust sur eulx

espandue/ par plus grieve vengence. O sage roy de ninive bien conseillez

qui creus le prophete jonas/ quant dieu par lui te manda/ que pour les

pechiés de toy et de ta cité tu avoies encouru sentence de destruccion

dedens quarante jours Mais lors te repentant batant ta coulpe/ en jeunes

plours et afflictions toy et tous tes subgés jusques aux bestes mues par

.iii. jours cryant a dieu mercis vestus de sacs/ cendres sur les testes/

tant te humilias que Dieu ot pitié de ta contriction si/ que ton

humilité espargna sa vengence par bon appaisement.

¶ N’ont doncques les miens assez de exemples d’eulx repentir ne scevent

ilz que de mal couvient que mal viengne Car non obstant que le sens

litteral de l’euvangile dye que neccessité est que esclande viengne/ ne

dist il apres que pour tant mal cellui par qui esclande vient/ veulent

ilz resembler le larron qui ne croit quelque exemple que il voye que

l’en destruise les mal faiteurs jusques a tant que il ait la corde au

col/ Helas/ mais c’est trop tart/ Car trop est meilleur a l’omme se

garder du mauvais pas que ce que a peine ou jamais s’en tirast hors se

il y estoit entrez.

La fin de la complainte de la dame couronnee.

Belle doulce amie que te diroye ne t’ay je assez tenue es narracions et

procés de mes aventures le bien et le mal je t’en ay regehy en general &

en particulier puis la naiscence de mon nom jusques au jour d’uy/ Et ce

plus m’a eslargie a te signiffier l’estat de mes anuys que piteuse de

mes afflictions je t’ay trouvee/ Si est temps des crimes/ que je me

seuffre/ de plus te dire/ que trop ne soie longue. O quel plaisir et

quel alegement est de dire et descouvrir a son loyal ami ou amie les

pesanteurs de ses pensees Car la viande presentee au famillieux n’est

plus savoureuse/ Si ne dis plus ce que autre foiz as dit quelle que je

appere que glorieuse soye/ Car je t’acertaine se dieu de sa grace n’y

remedye que passé a lonc temps ne fus plus perplesse helas mais comment

remede du ciel espereroye quant aux miens si mal je le voy desservir Et

ancore plus me grieve sans faille le peril de pis ou je me voy que le

mal que je seuffre Tout soye bien batue Tout ainsi que cellui qui devant

lui voit cil qui l’a navré/ a paour que il le partue Si te mercy ma bien

amee en fin de mes paroles de ta loyal amour et compaignie La quelle te

pry que ne me faille jusques a la fin.

¶ Non obstant que d’alieurs tu soies requise/ et que de moy et des miens

tu ayes petis emolumens/ mais ton bon courage ne vueille delaissier la

nourriture de son enfance/ Si demeures constante avec moy ou gracieux

labour de tes dictiez/ du quel maint plaisirs ancore feras a moy et mes

enfans/ Lesquieulx je te pri que me salues/ Et que leur signifies les

plaintes de mes clamours Et que Comme loyaulx et vrays enfans veulent

avoir pitié de leur tendre mere/ de qui encore le lait leur est

neccessaire et doulce nourriture/ mais vueillent si espargner ses

doulces mamelles que ilz ne la succent jusques au sanc.

¶ A tant cesserent les parolles de la dame couronnee Et moy apres ce que

selon ma poissance au mieulx que sos je l’os reconfortee/ lui disant que

non obstant son grant peril/ se dieux plait les prieres et oroisons de

maintes bonnes creatures/ et les biens fais qui sont celebrez par sa

terre/ non obstant les grans pechiez qui y queurent/ Comme dieu soit

misericors la reserveroyent et tireroient de peril/ La merciay de

l’onneur que m’avoit faite et de la charge que commise m’avoit/ lui en

promettant vraye excecussion. Et a tant reposer la laissay.

Explicit la premiere partie du livre de l’avision christine.

Ci commence la seconde partie du livre de l’avision christine la quelle

parle de dame oppinion et de ses ombres.

Apres ces choses me sembloit que desireuse de plus avant enquerre aloye

traçant par la cité d’athenes tant que m’embatoye entre les estudes/

lors joyeuse d’estre parvenue a si noble université voluntaire de mon

sens par leur savoir prouffitablement imbuer/ m’arestoie entre les

escoliers de diverses facultez de sciences disputans ensemble de maintes

questions formant plusieurs argumens.

¶ Lors sicomme l’oreille vouloie tendre a escouter/ adont le sens de ma

veue preceda cellui de m’ouye/ Car en haulçant mes yeulx avisay volant

entre yceulx une grant ombre femenine sanz corps sicomme chose

espirituelle de trop estrange nature et qu’elle fust merveilleuse

l’experience prouvoit/ Car celle chose veoie estre une seule ombre/ mais

de Cent mille milions voire innombrables parties les unes grandes/ les

autres mendres autres plus petites de soy elle faisoit/ puis

s’assembloient ses parties d’ombre comme par grans tourbes si que font

nuees ou ciel ou oyselés volans par tas ensemble/ mais plus en y avoit

que onques oyseaulx ne volerent. Si estoient ces tourbes sepparees les

unes des autres ainsi comme les couleurs d’elles se differoient/ car de

toutes les coulours qui onques furent et de plus que onques n’en fu

estoient differenciees les unes des autres/ Car une grant tourbe en y

avoit de toutes blanches une autre de toutes vermeilles/ les autres

yndes autres de couleur de feu autres d’eaue/ et ainsi de toutes les

couleurs/ Et se tenoient ensemble celles d’une couleur sicomme font

oyseaulx d’une espece Toutefois aucune foiz avenoit que ilz

s’entremesloyent/ mais tous jours retournoit chacune a sa couleur/ Et

non obstant que une chacune couleur se tenist ensemble toutefoiz en y

avoit en la route de plus fort taintes les unes que les autres/ se

vermeil estoit l’une plus ardant/ l’autre plus palle/ l’autre plus

sanguine/ & ainsi de toutes les couleurs si qu’a peine en y avoit une

qui aucunement ne differat de l’autre/ Et tout ainsi comme les couleurs

d’icelles ombres par tourbes se differoient semblablement faisoient

leurs fourmes Car il n’est corps de creature humaine ne d’estrange

beste/ oysel monstre de mer serpent ne chose que dieu formast onques

voire des plus haultes choses celestielles et de tout quanque pensee

peut presenter a la fantasie dont la n’y eust la fourme/ Si en y avoit

tant d’estranges qu’il n’est cuer qui le peust penser mais fourmes de

geans serpens orribles bestes ne chose mortelle tant ne m’espoventerent

comme firent les orribles noirs deffigurez monstres d’enfer de la quelle

remembrance encore suis toute espaourie.

Ci dit de quoy ces ombres servoient.

D’icelles tourbes d’ombres qui par l’air voloient je veoie tous

avironnez les clercs disputans es dictes escoles/ et avant que cellui

qui vouloit proposer sa question parlast/ une de ses ombres lui venoit

s’acouter en l’oreille comme se elle lui conseillast ce qu’il devoit

dire/ Et apres quant l’autre vouloit respondre ou repliquer/ une autre

ombre lui aloit semblablement s’acouter/ Et ainsi n’y avoit la nul

arguant qui ne eust autour de son chief ou une ou .ii. ou .iii. ou

.iiii. ou plus grant quantité qui toutes le conseilloient/ mais chacune

science a part avoit sa couleur d’ombres/ sicomme gramaire les verdes/

dyaletique les morees/ arismetique dyaprees/ musique blanches Geometrie

vermeilles/ Astrologie les asurez/ theologie dorez philosophie

cristalines & ainsi des autres sciences liberaulx et deffendues/ Et

ceulx qui arguoyent n’avoient environ eulx tant que duroit la

disputoison fors les ombres de la couleur qui appartenoit a la science

de leurs argus mais non obstant que toutes traÿssent a une couleur/

ceulx qui proposoient plus fort taintes ou moins taintes que ceulx qui

repliquoient les avoient si que nulle fois n’estoient sans difference/

et s’il avenoit que pareilles venissent aux parties qui disputoient/

adont estoient les .ii. disputans d’acort Si estoit la chose partie en

telle maniere qu’il sembloit que ycelles ombres fussent cause de leurs

descors et debas qui aucunefoiz tant multiplioit entr’eulx/ que de

tieulx de chaude cole y avoit faisoient venir de verbis ad verbera/ Et

pour ce que estrange chose pourroit sembler a ceulx qui oyent ou orront

la descripcion de ceste avision en ceste partie la quelle les yeulx de

mon entendement plus clerement veoit que expliquer ne sçay ne descripre

que j’appelle ycestes choses ombres/ & si dis qu’elles avoient coulours

diverses/ come se chose contredisant fust couleur et ombre estre

ensemble/ si dy que ombres voirement ce estoient/ car estranges causes

leur donnoient leur fourmes non mie d’elles mesmes les avoient/

Coulourees couvenoit que elles fussent. autrement point ne fussent/ mais

transparans petites et grans si que on veoit par mi auques toutes

estoient/ fors d’aucunes si troubles que l’en n’y veoit grain ne goute.

Ancore plus/ car tout ainsi comme elles se dessembloient de couleurs/

semblablement faisoient de fourmes car comme j’ay dit devant de toutes

les fourmes et choses qui pevent estre ymaginees avoient/ celles ombres

empraintes/ Celles qui appartenoient a philosophie estoient comme fleurs

de diverses façons et couleurs/ mais tant estoient de grant odeur et

beauté que toutes les escolles en resplandissoient/ si que grant beauté

d’i estre estoit/ les autres fourmes d’ombres comme de gens de bestes ou

d’autres choses s’estendoient plus dehors les escoles et voloient par

tout le monde/ car celles plus appartenoient a oeuvres manuelles & fais

que en speculacion et plus estoient attribuees aux gens d’armes et ordre

de chevalerie et autres ars mecaniques & ouvrables/ De tout ce me

sembloit que avoie clere cognoissance/ mais sur toute chose

m’esmerveilloit et fort a comprendre m’estoit ce que je veoye non

obstant ces diverses parties d’ombre qui par tout le monde s’espandoient

que toutefois n’estoit ce que l’image d’une toute seule ombre en la

quelle toutes se refrappoient.

Comment l’ombre araisonna christine.

Adont comme je fusse ententive a regarder ceste merveille/ l’ombreuse

creature s’en donna de garde et en telle maniere m’araisonna fille

d’escole qui ça t’amaine et moy a elle/ dame aventure mais voz

merveilles m’ont cy arrestee/ Et se je peusse moult voulsisse plus vous

cognoistre/ Et elle a moy comment ne me cognois tu doncques/ dame je

n’en ay pas recort/ et elle a moy O bien voy que ignorence tolt aux

humains la cognoissance des objects de leurs oeuvres mais pour emplir

ton desir Ottroy que tu me cognoisses pour ce par vehementes enseignes

te seray magnifestee.

¶ Saches que tres que adam fu formez je fu cree/ Et suis fille de

ignorence desir de savoir m’engendra Le premier homme & sa femme par mon

exort decevable fis en la pomme mordre/ et apres ce que dieu l’ot pour

ce meffait condampné a avoir sa vie en sa sueur/ je lui fis querre et

encercher les proprietez des herbes et des plantes et lui appris la

maniere des terres cultiver et les natures des choses crees lui fis

esprouver tant qu’il les attaigni/ ensuivant apres je gouvernay les

humains/ & leur fis prendre loy/ la quelle fu premiere celle de nature/

Et tres ces premiers aages furent aucuns soubtilz hommes aux quieulx

tant fis encerchier qu’ilz trouverent philosophie et par consequant

toutes les sciences & ars par moy furent premierement investiguees et la

voye trouvee d’y attaindre/ ne nom de philosophe oncques trouvé n’eust

esté se je ne fusse/ Sicomme plus a plain cy apres te declaireray/ Et

non obstant que philosophie avec ses filles fust avant que moy/ et que

fille de dieu soit/ si fus je faite aussitost que creé fu entendement

humain/ et lui et moy ouvrismes la voye aux hommes de cler engin a la

trouver a entendement premier et moy seconde/ si suis chamberiere d’elle

en ce mortel monde/ car en paradis n’enfer n’ay je demeure/ ma duree

sera jusques au derrain jour & lors finera. je rapporte les messages des

hommes de cler entendement a philosophie et a ceulx qui apliquer s’i

veulent je les fois par le moyen de diligent estude se ne leur tolt

deffaute d’engin attaindre par investigacion a elle/ Et pource non

obstant que par tout le monde soye me vois tu principalement en ses

escoles hanter es quelles par l’occasion de moy avec le labour d’estude

apprennent les clercs toutes sciences & sans moy apprises ne pourroient

estre Et non obstant que de dieu viengne la grace d’en hault je suis

celle qui la mes a oeuvre ou cuer de la personne & sanz moy riens ne

proufiteroit Et te dis plus fort que se je n’estoie avec foy esperance

et charité point ne seroit es humains.

Les choses que l’ombre disoit a christine.

Ancore te dis je que tous les anciens prophetes qui ont esté non obstant

qu’ilz parlassent par inspiracion divine de l’advenement de jhesucrist

et des temps avenir/ et mesmement saint jehan l’euvangeliste en

l’apocalipse et tous ceulx et celles qui ont prophetisié se j’eusse esté

en eulx contraire a leurs dis ja n’eussent saintement parlé des secrés

divins/ mais affin qu’en moy tu n’erres & que mieulx m’entendes te dis

que non obstant les choses dittes maint ont prophetisié verité es

quieulx je n’estoye mie saine mais leur disoie au contraire de leur

prophecie sicomme caÿphe qui dist de jhesucrist qu’il estoit expedient

un homme mourir pour sauver le peuple/ Il dist verité mais ce n’estoit

mie ou sens ou il le prenoit/ et pource estoye faulse en lui/ car je le

faisoie follement cuider.

¶ Plus te diray de ma nature tres que creature humaine est nee si tost

qu’entendement commence aucun petit a ouvrer en lui/ tantost moy et de

mes plus legieres filles entrons en lui/ et au feur que l’enfant croist

avec son entendement nous croisçons en lui pareillement & en celle

croiscence selon ce que ses inclinacions se donnent je loge en lui de

mes filles/ s’il est soubtil en speculacions je les lui baille teles

qu’il lui fault et celles le font encercher plus avant de ce en quoy il

est enclin/ Se enclin est aux armes teles qu’il lui fault les lui

baille/ et celles le font encercher la maniere de excerciter les armes/

Se a oeuvres mechaniques marchandise/ ou labour de terre/ paindre/

escripre/ ou lengager pareillement selon les oeuvres par moy avec la

inclinacion ou longue coustume d’enseignement/ toute personne prent ses

meurs bons ou mauvais sages ou folz selon qu’il s’applique/ Si fais tout

homme ouvrer parler aler et venir et sanz moy ne se mouvroit pour oeuvre

faire Si me change souvent en eulx par divers accidens/ et fois souvent

des bons mauvais/ et des mauvais bons/ les savans errer et dire faulx en

divers cas/ et les simples aler droite voye et dire voir/ et selon que

je sui en eulx je me donne a cognoistre par leurs oeuvres et parolles/

Se n’est en aucuns qui de faintise se cueuvrent/ toute foiz ce ne

pourroient faire sanz aucunes de mes filles.

¶ Souventes foiz je deçois ceulx ou je habite par leur donner faulx a

croire/ nil n’est si sage que souvent ne deçoive ne autrement ne

pourroit estre selon le cours naturel.

¶ Je suis fondee sur ce que la fantasie rapporte a l’omme soit mal ou

bien Si fois souvent faulx jugement et dis une chose estre bonne ou elle

est mauvaise/ et ainsi l’opposite et pour ce fais haÿr et amer sans

cause souvent advient et sans l’avoir desservi/ diffamer et aussi louer

sans achoison souventes foiz.

¶ Es sages hommes suis plus certaine et plus vraye et es anciens de

longue experience/ et pource a bonne cause sont appellez es conseulx des

ordenances pollitiques Je suis naturellement plus vive et plus certaine

en un homme que en un autre selon l’abilleté de son entendement le quel

me rapporte en ses pensees Et en homme qui souvent me change est signe

de pou constant et legier courage// Je ne suis nulle fois certaine/ car

se certaineté y avoit/ ce ne seroie mie. Je dis souvent verité mais je

la dis par couleur et informacion d’autre chose Et la gist en l’omme le

sain jugement se la couleur est voir semblable et digne d’estre receue

qui me fait parler/ Je ay proprieté de faire encerchier verité et de

l’enquerir et fus faite pour celle cause/ mais aussi tost que elle est

clerement trouvee de la chose que je fois querir adont couvient que

celle mienne fille qui cause a esté d’ycelle verité attaindre se parte

de la personne/ Mais g’i demeure avec plusieurs autres de mes filles qui

pareillement s’en partent selon les veritez qui sont attaintes/ car la

ou elle est nous ne povons arrester/ et si la faisons attaindre par

labour d’encercher.

¶ Mes jugemens en nul cas riens ne valent se fondez sur raison ne sont

Et cil qui parle ou oeuvre par moy ou sens n’est appellé il erre et

abonde en folie J’ay comme dit est filles bonnes et mauvaises voir

disans et menterresses/ mais se elles mentent ou dient voir n’est mie

certaine la pensee qui en soy les a/ Combien que souvent grant foy y

adjouste/ Et pour ce que je suis chose non certainement sceue peus tu

appercevoir que moy avecques esperance sur le temps avenir par le moyen

de vraye foy sommes cause du merite des vrays feaulx catholiques/ Si

peus notter que pour cause que ainsi je me diversiffie et change vois tu

ycy mes filles de diverses fourmes et couleurs Car n’est homme si sage

qui en soy ne m’ait diversement/ la cause si est que ma mere ignorence

ne laisse ou vaissel du corps pour sa groisseur l’ame du tout ouvrer

selon sa soubtilleté/ Et pour ce couvient que moy qui composee suis de

la nature de l’ame en tant que je suis speculative/ et de la nature du

corps en tant que je suis ignorent soie et abite ou cuer de creature

humaine mais es intelligences qui franchement voient verité & ont

cognoissance des proprietez de toutes choses je ne suis ne n’abite ne

nulle part se ignorence et entendement ne sont ensemble/ Et comme dit

est homme n’est si sage qui n’ignore les causes du plus des choses/ et

pour ce n’est il nul qui en moy ne varie/ mais pource que es moins

parfais suis plus foible sont leurs raisons nices et reprouvees.

Encore de ce mesmes.

Et entens sainement encore de ma poissance/ je te dis que toutes les

loys et secrés qui ont esté au monde/ puis son commencement exepté la

loy escripte qui a moy se fu de dieu donnee Et puis celle de jhesucrist

les quelles vindrent du ciel ou je n’ay nul repaire/ toutes les autres

ay trouvees la loy de nature ou n’aouroient que un seul dieu qui fu

premiere & bonne a qui bien la tenoit fu par moy trouvee Celles des

payens d’aourer plusieurs dieux/ je donnay aux hommes de fol

entendement/ et continuer leur fis par espace de moult lonc temps/ Et

ancore plusieurs parties du monde je tiens en celle erreur. Je fis

trouver a belus les premieres ydoles et a son filz le roy ninus aourer

l’ymage de son pere Et combien que ne trouvasse la loy escripte/ car n’i

sceusse attaindre/ fis je maintes foiz errer en ycelle plusieurs juifs

qui par moy firent maintes mauvaistiez & felons fais Sicomme mesmement

au peuple d’israel je conseillay faire un veel d’or et que ilz

l’aourassent comme dieu/ et ou temps de abdon le prophete fis je au roy

jheroboam semer la faulce creance contre dieu et sa loy/ et ainsi de

mains autres/ mais aussi continuay je les bons en oeuvres meritoires//

En la loy de grace je n’oz que veoir/ car elle est certaine/ mais a

cellui qui en fu acteur je fis par le moyen d’envie maintes peines faire

& aussi moyennant grace divine/ maint convertir a sa loy/ mais tout

fusse je cause de sa mort toute fois contre moy fu par paour jugez a

tort/ et ycelle envie et mauvaistié pareillement m’avoit fait ficher ou

temps devant es cuers de ceulx qui persecuterent les sains prophetes et

aussi en ceulx qui martirerent les benois sains Je fis trouver a

mahommet la faulce loy qui ores est a esté et sera pour la punicion des

crestiens continue/ si tiens les sarrasins en celle faulce creance.

¶ Par moy se ficherent le temps passé en plusieurs du nom chrestien

diverses erreurs en la loy et folles creances qui fortes furent a

esracher Sicomme il appert de manés le faulx herite qui trouva la secte

de ceulx que on appelloit manichees/ et Arrianus qui ediffia l’eresie

arrienne/ et es parties de bretaigne pelage qui par sa faulce doctrine

plusieurs chrestiens corrompi/ un autre vers espaigne nomme precelin et

plusieurs autres/ en qui je fus faulce et en leurs disciples que je fis

errer/ Et mesmement plusieurs papes et patriarches et de divers estas de

l’eglise/ Et ancore ne suis si de tous esrachee en mains faulx pas que

non obstant les vrays amonnestemens de sainte theologie je ne soie en

eulx avec erreur tappie/ et couverte mais paour de feu nous fait tenir

coye et close.

Ci dit l’ombre les oppinions de philosophie sus le principe du monde.

L'avision de Christine · 第 3 / 11 段