CHAPITRE XXX.

Le marquis de Rivière.--Comment on avait songé à lui.--Joseph, ses

communications avec Bernadotte.--Folies qui remplissent la tête des

frères de l'empereur.--Intrigue qui empêche l'armée d'Espagne

d'accourir.--M. de la Besnardière.--M. de Talleyrand, ses menées, ses

insinuations.

Pendant ces pénibles moments, je reçus l'ordre de mettre le marquis de

Rivière en arrestation. Cette mesure était probablement la conséquence

de quelques rapports qui avaient été adressés du Berry, où M. de

Sémonville avait été envoyé comme commissaire. J'ai toujours cru que

c'était lui qui avait provoqué cette mesure, en s'adressant directement

au cabinet de l'empereur; car, en vérité, on avait bien autre chose à

faire à l'armée, qu'à penser à ce que faisait M. de Rivière. Depuis

longtemps on était attentif à saisir toutes les occasions de faire voir

à l'empereur que la surveillance de son ministre de la police était en

défaut, afin que, dans un moment favorable, que l'on guettait, on eût

une masse de petites anecdotes qui déterminassent ce prince à le

changer. J'avais cependant entendu parler de tout ce que faisait M. de

Rivière en Berry, et j'en avais écrit à M. de Sémonville, et à M.

Didelot, qui y était préfet. C'est, je crois, lorsque le premier vit que

j'avais les yeux ouverts qu'il se décida à écrire, pour éviter un

reproche; mais lorsqu'il reçut l'ordre qui en fut la suite, d'arrêter M.

de Rivière, les choses étaient tout-à-fait désespérées: il ne l'exécuta

pas. Je ne cite cette anecdote que parce qu'elle vient à l'appui de ce

que j'ai dit plus haut, et que j'ai lu écrit de la main de M. de

Rivière, «que M. de Sémonville aurait exécuté mon ordre s'il ne lui

avait démontré qu'il servait la cause de Dieu et de la justice.»

J'avoue aussi que je faisais peu d'attention à M. de Rivière, parce que

m'ayant lui-même donné sa parole d'honneur qu'il ne vivrait qu'en

paisible citoyen, je croyais qu'il la tiendrait. Je devais le croire

d'autant plus que, dans le temps de ses plus grands malheurs, il m'avait

dit ces propres paroles: «Monsieur, je me regarde comme tellement obligé

envers l'empereur, que si M. le comte d'Artois lui-même arrivait demain

dans la plaine de Grenelle, à la tête de cent mille hommes, je n'irais

pas le joindre.»

C'est cette réponse de M. de Rivière, que je rapportai à l'empereur, qui

lui valut tous les adoucissements que sa malheureuse position reçut

successivement; car l'empereur a toujours cru à l'honneur de ceux qui

savaient en donner des preuves; il croyait à celui d'un homme qui, après

avoir servi sa cause avec autant de dévouement, disait lui-même qu'il

s'en détachait de bonne foi; dès lors toute espèce de mauvais traitement

n'eût été que barbarie.

Cependant M. de Rivière n'avait pas attendu que M. le comte d'Artois eût

cent mille hommes, ni qu'il fût dans la plaine de Grenelle, puisqu'il

avouait que s'il n'avait pas démontré à M. de Sémonville qu'il servait

la cause de Dieu et de la justice, il aurait été arrêté.

Vers les premiers jours de mars, le prince Joseph avait envoyé (avec la

permission de l'empereur) un agent au prince de Suède, qui venait

d'arriver avec son armée dans les environs de Maubeuge ou de Liège. Il

l'avait envoyé, afin de savoir de lui par quel moyen on pourrait porter

les alliés à accorder la paix à des conditions supportables. Cet agent

était revenu avec une réponse qui ne confirmait que trop les mauvais

pressentiments que l'on avait déjà. Bernadotte annonçait qu'il était

question d'ôter le pouvoir à l'empereur; il engageait à traiter sur ces

bases-là, parce que si les ennemis mettaient le pied à Paris, alors il

n'y aurait plus rien à faire, parce que l'on rétablirait les Bourbons

[25].

[25: Il circula à cette époque des bruits étranges sur le prince Joseph.

On prétendait lui avoir entendu dire que l'empereur ne pouvait plus

faire la paix, mais que lui, Joseph, pouvait l'obtenir avec

l'impératrice. Je n'y ajoutai foi que parce que ce n'était pas la

première fois que je voyais les frères de l'empereur se persuader qu'ils

pouvaient être quelque chose sans lui. Ce qui me surprenait dans la

circonstance dont il s'agit, c'était de voir le prince Joseph donner

dans des illusions de cette espèce; il était moins avantageux que les

autres, et puis il aimait sincèrement son frère. Cependant l'intrigue

s'agitait vivement autour de lui; il me parla lui-même d'un projet dont

on l'avait entretenu. On voulait le faire proclamer régent par le sénat,

qui aurait prononcé la déchéance de l'empereur. Joseph voyait bien que,

si cela avait lieu, il serait à la merci des ennemis, après leur avoir

ouvert le chemin de Paris, qu'un reste de prestige attaché au nom de

l'empereur leur fermait encore; mais j'ai cru qu'en quittant la

capitale, les meneurs ne l'avaient pas laissé partir sans lui donner des

espérances.]

Le message de cet homme resta secret; mais il fut transmis à l'empereur,

qui déjà ne doutait plus du projet des souverains alliés. Il voyait que,

tout en l'accusant de ne vouloir pas faire la paix, on lui présentait

des conditions qui n'étaient que des sources de guerre, ou plutôt qui ne

faisaient que donner aux ennemis le temps de reprendre haleine pour

achever, la campagne suivante, ce qu'ils n'avaient pas la possibilité de

terminer dans celle-ci.

Toutefois l'empereur ne se décida pas seul, car je me rappelle qu'il

envoya à son frère Joseph les conditions qu'on lui imposait. Il lui

manda d'assembler un conseil (je ne me souviens pas si ce fut celui de

la régence ou celui des ministres), de les lui communiquer, de

recueillir ensuite les avis et de les lui envoyer. Je ne pus assister au

conseil pour cause d'indisposition, mais M. Molé, qui vint me voir à la

sortie de la séance, me dit sommairement de quoi il avait été question.

Je ne puis que le rapporter de même: les ennemis, en proposant le

démembrement de toutes les conquêtes achetées par la France au prix de

tant de sang, demandaient encore des sûretés, comme Besançon, et je

crois quelques autres places de première ligne qui ouvraient tout-à-fait

la frontière; on ne pouvait pas appeler cela faire la paix, ce fut

l'opinion du conseil.

L'empereur ne se dissimulait pas que ces propositions n'étaient qu'un

piège. Il était convaincu que les souverains alliés avaient déjà

prononcé, et que tout ce qu'ils lui proposaient n'était que des

subterfuges imaginés pour l'humilier aux yeux de la nation. Il aima

mieux tomber que de se prêter à une transaction ignominieuse, qui

peut-être, ne se consommerait pas. C'était vraisemblablement aussi parce

qu'on lui connaissait un caractère incompatible avec l'idée d'un outrage

qu'on lui proposait des conditions inadmissibles, mais propres à

accréditer l'opinion qu'il ne voulait pas la paix. On s'apercevait bien

que les ennemis eux-mêmes n'avaient pas une grande confiance dans

l'exécution d'un plan qu'ils faisaient marcher si lentement; néanmoins

ils n'avaient pas encore osé s'expliquer nettement sur leurs projets de

changement de dynastie.

Si dans ce moment-là l'empereur avait été bien servi, comme il devait

l'être, il aurait dû avoir près de lui, ou du moins sur la haute Loire,

les différends corps qui composaient l'armée d'Espagne. S'il les avait

eus, il aurait pulvérisé les Russes, les Prussiens, ainsi que tous ses

anciens confédérés; alors les Autrichiens auraient traité séparément

pour eux, car l'on avait acquis la certitude que l'empereur d'Autriche

ne voulait point que l'on allât à Paris; c'était vraisemblablement par

intérêt pour sa fille. Le malheur voulut qu'à la suite du mouvement

offensif de notre armée sur la haute Seine, il quittât le

quartier-général des alliés pour se retirer en Bourgogne, et ne reparût

plus à l'armée: en sorte que l'empereur Alexandre et le roi de Prusse

restèrent les arbitres de l'avenir, et soumirent à leurs vues les

ministres et les généraux de l'empereur d'Autriche. On a été fondé à

croire que cette absence de l'empereur d'Autriche avait été calculée,

car un reste d'affection pour l'impératrice se montrait encore dans les

pièces qui émanaient de son cabinet. Il n'avait cessé de protester

«qu'il ne séparerait pas la cause de sa fille et de son petit-fils de

celle de la France.» Il avait confié au souverain qui régnait sur ce

pays «son enfant de prédilection, il chérissait sa fille, il gémissait

de la voir exposée à de nouvelles inquiétudes, il souffrait que Napoléon

méconnût les intentions de son cabinet.» Ces expressions d'intérêt,

cette tendre commisération avaient sûrement effrayé ceux qui avaient

arrêté la perte de Napoléon; ils ne voulurent pas s'exposer aux retours

d'un père prêt à immoler sa fille, ils trouvèrent plus prudent de

l'éloigner.

J'ai dit que l'empereur pouvait avoir l'armée d'Espagne; il me reste à

raconter comment il ne l'eut pas.

Le duc de Bassano avait, comme je l'ai rapporté, entamé des négociations

avec Valencey; elles ne pouvaient réussir qu'à la faveur du secret,

toutes les mesures avaient été prises pour que rien ne transpirât.

Cependant la transaction n'avait pas été mise à fin, qu'elles étaient

déjà divulguées. Le parti qui conspirait prit l'alarme, et tel était son

ascendant, qu'il réussit à présenter cette mesure de salut comme le coup

de grâce de nos institutions. Le ministre qui eût dû le surveiller

épousa ses inspirations, et poussa l'aveuglement au point de se jeter

aux pieds de l'empereur pour lui faire abandonner un projet qui,

disait-il, allait achever de détruire le prestige qui nous protégeait.

L'empereur le traita durement: mais il était la clef de la politique de

l'État, les Anglais avaient pris l'éveil; il était difficile désormais

de faire réussir une combinaison qui d'abord ne présentait pas

d'obstacles. Les événements se pressaient, on ne doutait pas que tout ne

fût disposé au-delà des Pyrénées pour paralyser une transaction qui

devait être fatale aux alliés. On n'accorda pas assez d'importance à un

acte dont on eût dû presser l'exécution.

Le temps de l'expiration de l'armistice approchait, et l'on ne donnait

aucune suite au traité. J'en écrivis à l'empereur; je lui marquai qu'en

voyant commencer les négociations de Valencey, tout le monde avait conçu

l'espoir qu'il en résulterait au moins l'avantage de pouvoir appeler à

lui l'armée d'Espagne, mais que l'on avait abandonné cette espérance,

puisque rien, pas même le départ des princes, ne s'effectuait.

Je ne sais si ce fut ma lettre qui produisit cet effet, mais, courrier

pour courrier, l'empereur donna ordre de faire partir Ferdinand; ce qui

prouve combien ce départ entrait dans son projet, et que, si on l'avait

entretenu de cette affaire comme on le devait, elle aurait été terminée

de manière à ce qu'il pût disposer de son armée qui était à la frontière

d'Espagne.

Ce fut le 19 mars que les princes espagnols quittèrent Valencey pour se

rendre en Espagne par Perpignan, et ce fut le 22 du même mois que

l'armistice fut dénoncé. Jusqu'à ce moment, l'intrigue s'était tenue

muette à Paris, ou du moins s'était beaucoup observée; elle avait pu

toutefois se mettre en communication avec les alliés, peut-être les

engagea-t-elle à rompre à Châtillon, et à marcher sur Paris. Plus je

cherchais à la pénétrer, et plus je trouvais de preuves qu'elle

attendait la certitude d'être appuyée pour développer ses projets, qui

ne pouvaient qu'être subordonnés à la volonté des souverains alliés;

tant que ceux-ci pouvaient traiter, elle ne s'était pas prononcée. Le

moment arriva enfin; l'on vit rentrer à Paris tous les employés du

ministre des relations extérieures qui avaient été appelés tant à

Châtillon qu'au quartier-général de l'empereur pendant tout le temps

qu'avaient duré ces conférences.

Parmi eux se trouvait M. de La Besnardière, qui avait dirigé la

négociation. Habitué comme il l'était aux affaires, il n'avait pu se

méprendre sur les véritables intentions des alliés. Ce fut par lui que

M. de Talleyrand eut connaissance de tout ce qui se fit à Châtillon.

J'ai su plus tard que ce diplomate avait eu des communications directes

avec quelqu'un de plus élevé, mais ce qu'il avait appris de M. de La

Besnardière, la rupture de l'armistice, celle des conférences, lui

prouvèrent que les paroles qu'il avait reçues n'étaient pas vaines.

Dès-lors il prit plus d'assurance, et ne songea qu'à précipiter une

révolution dont il avait longuement préparé les éléments, mais dont il

n'avait pas arrêté la direction, quoique bien déterminé cependant à la

faire servir à la chute de l'empire.

Il n'y avait rien dans les provinces; tout se passait à Paris, et tout

attendait le signal des alliés. S'ils ont été bien servis, on peut se

demander avec raison comment ils n'y sont pas arrivés plus tôt.

Quant à nous, nous avions déjà éprouvé les funestes effets de la mesure

que nous avions prise à l'égard des administrations, auxquelles on avait

ordonné de se retirer à l'approche des ennemis. Nous étions presque

étrangers à la partie du territoire qui était envahie. La chose était au

point que, lorsqu'il fallut faire parvenir aux places bloquées les

ordres que le ministre de la guerre leur adressait le 19 mars, on fut

obligé d'employer des transfuges; au reste, ces ordres ne signifiaient

rien, car en supposant que le duc de Feltre eût pris sur lui d'indiquer

un rendez-vous général aux troupes qui défendaient nos places, le temps

dont elles avaient besoin pour y arriver n'existait pas [26]. C'était au

moment du passage du Rhin par les armées ennemies qu'il fallait appeler

ces garnisons, les réunir, les mettre en ligne, puisque les alliés ne

s'occupaient pas de nos places.

[26: Les ordres du ministre de la guerre, qui ne partirent de Paris que

le 20 mars, n'avaient pas encore dépassé la frontière, que déjà le sort

de Paris était décidé.]

Je me mis à observer de plus près M. de Talleyrand, qui avait plusieurs

langages, et qui était d'ailleurs le seul autour duquel pouvaient se

grouper les hommes de mouvement. Sa position était déterminée par une

suite d'intrigues sur lesquelles il ne pouvait se promettre de donner le

change. On n'avait pas à la vérité de données assez précises pour sévir

contre un homme qui avait le rang qu'il occupait dans l'État. Mais la

paix eût fait éclore les révélations, et M. de Talleyrand était trop

habile pour ne pas voir qu'il n'y avait désormais que péril à s'arrêter.

Je le considérais donc comme celui qui allait devenir le chef d'un parti

contre l'empereur, mais non pas contre la dynastie qui était le résultat

de la révolution à laquelle il avait eu tant de part.

Il était dispensé de s'envelopper de mystère, s'il avait eu besoin de se

donner du mouvement, parce qu'il voyait bien que l'événement venait le

trouver. Il connaissait la résolution des souverains alliés, il

observait, attendait de quel côté s'écroulerait l'édifice. Il venait me

voir quelquefois, m'attendait si j'étais sorti, et se répandait en

conversations dans lesquelles il déplorait la situation où se trouvait

la France. Il la comparait à celle de Tilsit, et s'écriait: «Et cela en

six ans!» Puis il se déchaînait contre le duc de Bassano, parlait

d'adulation, de flatterie, et arrivant enfin où il en voulait venir, il

me disait: «Mais que faire dans des circonstances aussi fâcheuses? Il ne

convient pas à tout le monde de rester dans une maison qui brûle; prenez

garde à vous, il vous arrivera encore une scène comme celle du 23

octobre. Vous le savez, il y a en Bourgogne un certain marquis de La

Salle qui se donne beaucoup d'activité et qui fait des prosélytes: cet

exemple gagnera d'autres provinces.»

M. de Talleyrand avait raison en ce qui concernait le marquis de La

Salle. J'étais informé de ses tentatives comme du peu de succès qu'il

obtenait. Sans l'arrivée des ennemis à Paris, et ce qui en a été la

suite, des moyens semblables à ceux du marquis de La Salle n'auraient

pas fait broncher un homme de tant soit peu d'importance. M. de

Talleyrand ne le désirait pas, il avait bien d'autres projets que celui

à l'exécution duquel il a été obligé de concourir par une suite de

circonstances que j'expliquerai.

Je me doutais bien qu'il n'était si exactement informé des démarches du

marquis que parce qu'il était en relation d'amitié avec quelqu'un qui en

avait eu de très intimes avec M. de La Salle; et comme en révolution,

lorsqu'on n'a plus à penser à soi, on s'occupe de ses amis, il ne

voulait plus me laisser faire naufrage et me tendait la main. J'avais

l'ordre positif de ne pas sévir, je ne pouvais que laisser dire.

J'affectai de ne pas comprendre, et ne me montrai que plus curieux; mais

il avait trop d'expérience pour se laisser prendre à l'amorce. Je ne pus

rien obtenir de précis.

Je savais exactement tout ce qu'il recevait, mais il avait tant d'art

dans sa conduite, qu'il savait la rendre naturelle, en voyant

successivement des hommes de toutes les opinions et de différends

caractères. Je me gardai bien d'en faire aborder un seul; la position de

nos affaires était trop désespérée pour qu'aucun d'eux renonçât aux

faveurs qu'il entrevoyait déjà pouvoir obtenir. D'ailleurs que

m'aurait-il dit? Une conversation dans laquelle on n'aurait pu trouver

aucun fait, ou bien il m'eût donné son opinion particulière sur les

dispositions de M. de Talleyrand, desquelles je me doutais bien.

J'étais dans cette inquiétude, lorsque, me promenant à cheval,

j'imaginai de passer près de l'hôtel de ce prince. Je vis la voiture de

l'archevêque de Malines à sa porte; je l'avais aperçue d'assez loin: je

pensai qu'ils étaient en conférence. Résolu de m'en assurer, au lieu de

me faire ouvrir la porte cochère, je descendis dans la rue, et entrai

rapidement à pied. Le portier, qui me reconnut, n'osa m'arrêter. Je

montai lestement l'escalier, et j'arrivai au cabinet de M. de Talleyrand

sans avoir rencontré âme qui vive à l'antichambre: il était en tête à

tête avec l'archevêque. J'entrai si brusquement, que je produisis sur

eux le même effet que si je me fusse introduit par la fenêtre.

Leur conversation, qui était animée, s'arrêta net; l'un et l'autre

semblaient avoir subitement perdu la parole. La figure de l'archevêque

était néanmoins celle des deux qui était la plus décomposée. Je devinai

à ce trouble le sujet de l'entretien, et ne pus m'empêcher de leur dire:

«Pour cette fois, vous ne vous en défendrez pas; je vous prends à

conspirer.» J'avais deviné juste, ils se mirent à rire, essayèrent de me

donner le change; mais j'eus beau les prier de continuer leur

conversation ils ne purent pas la ressaisir. Je me retirai, avec la

conviction qu'ils tramaient quelque complot, mais sans savoir au juste

en quoi il consistait.

Mémoires du duc de Rovigo, pour servir à l'histoire de l'empereur Napoléon, Tome 6 · 第 72 / 79 题