Victor, je crois qu'il était sur la rive gauche de l'Elbe, dans la
direction de Vittenberg ou de Torgau, mais il se réunit aussi à Dresde.
Le général Vandamme commandait le corps du maréchal Davout, qui avait
été envoyé à Hambourg comme gouverneur général, et où l'empereur avait
de grands projets; le maréchal Davout avait avec lui les troupes
danoises, et de nombreux détachements de conscrits venus de France, dont
il fit un magnifique corps d'armée.
Depuis la nouvelle occupation de Hambourg par nos troupes, on avait mis
cette portion de territoire hors du régime constitutionnel; on s'est
beaucoup élevé contre cette mesure, mais l'on n'a pas considéré qu'elle
ne fut prise que pour retenir les peuples de ces contrées dans
l'obéissance, et arrêter des projets d'insurrection.
L'empereur avait le projet d'ouvrir les hostilités en pénétrant par la
Silésie en Bohême, où les trois armées combinées étaient amoncelées, et
formaient une multitude si considérable, qu'il fallait un grand talent
et une grande habitude du mécanisme des masses pour être en état de
déployer tous les moyens qu'offraient celles de cette armée.
Les militaires, de quelque nation qu'ils soient, qui ont fait la guerre
d'Italie, ainsi que celles de 1805 et de 1807, doivent convenir que, si
l'empereur avait eu en Saxe une armée composée de soldats aguerris et
rompus à la marche, comme l'étaient ceux qui l'ont suivi dans ses
immortelles campagnes, il eût dispersé toutes les armées autrichienne,
russe et prussienne, en très peu de temps. Il les aurait obligées à
manoeuvrer sans cesse, et à cette partie-là les Français auraient
infailliblement été les plus forts; malheureusement il n'avait que des
soldats peu exercés, et nullement formés à la marche, aussi la fortune
l'abandonna-t-elle bien vite.
Il ne laissa sur la rive gauche de l'Elbe que le corps du maréchal
Saint-Cyr, qui se plaça à Pirna pour couvrir Dresde, que l'on avait
fortifié par six bonnes redoutes.
Pendant qu'il faisait marcher le corps du maréchal Oudinot sur Berlin,
il se porta avec le reste de son armée, par Dresde et Bautzen, sur le
Bober; mais à peine était-il arrivé à Loewemberg, qu'il eut connaissance
du mouvement qu'avaient fait les armées ennemies, elles étaient passées
de Silésie en Bohême, par Schweidnitz, et avaient pris la route de
Teplitz et de Peterswald, pour se porter sur Dresde, par la rive gauche
de l'Elbe. Le maréchal Saint-Cyr, qui était à Pirna, s'était retiré dans
la ville, dont il garnissait l'enceinte. L'empereur ramena toute l'armée
sur Dresde, à marches forcées, excepté le corps de Macdonald, qu'il
laissa sur le Bober. Le 26 août, il parut à Dresde au moment même où les
ennemis forçaient les redoutes dont il avait entouré la ville.
Il était temps que l'armée arrivât. Elle déboucha, attaqua sur-le-champ,
reprit les redoutes qui avaient été emportées, et se déploya en avant de
Dresde. Ce fut la jeune garde qui frappa ce coup de vigueur. L'armée se
plaça le soir, ainsi que pendant la nuit du 26 au 27 août, de la manière
suivante: son aile droite, où se trouvaient les corps des maréchaux Ney
et Victor, était à la droite de Dresde, adossée à l'Elbe, et ayant en
réserve toute la garde ainsi que la cavalerie. Dresde formait le centre
de la position. L'aile gauche avait la route de Pirna en avant de son
front, appuyant la droite à Dresde. Cette aile gauche était composée des
corps de Vandamme et de Saint-Cyr, et, je crois, du maréchal Marmont.
L'armée ennemie formait la circonvallation parfaite; les Russes ainsi
que les Prussiens composaient sa droite, la gauche était presque
entièrement formée d'Autrichiens.