Mais Montaigne est un spécialiste, lui aussi; c'est dans le domaine de

sa spécialité seul, et pour constituer l'idée de la science morale,

qu'il a pu seconder Bacon. Nul au XVIe siècle n'a poussé si loin que

lui l'enquête morale. Nul n'y a apporté un esprit aussi précis. Son

oeuvre est parallèle à celle de Machiavel: il contrôle son expérience

personnelle par celle des grands écrivains de l'antiquité, et cherche

à dégager ainsi des règles morales comme Machiavel pose des règles

politiques. On pourrait être tenté de croire que l'action de

Montaigne a été semblable à celle de Machiavel. Je pense qu'elle a été

analogue, mais moins efficace.

Nous n'avons que peu d'enseignement à tirer d'une dizaine de souvenirs

antiques qu'on s'est plu à retrouver à la fois dans les _Essais_ de

Montaigne et dans le _De augmentis_. Pour quatre de ces rencontres, la

version de Bacon diffère de celle de Montaigne[91]. Dans deux autres

cas, Bacon nous renvoie directement à la source ancienne[92]. Il est

vrai que, tout en indiquant une référence à la source première, il

peut faire usage d'un intermédiaire, et il est vrai encore que les

déformations lui sont fort habituelles; il serait bien téméraire

néanmoins de prétendre que Montaigne a suggéré ces allégations.

Restent quatre ou cinq cas où Bacon n'indique pas de source[93], et où

son allégation est conforme à celle de Montaigne. Ajoutons que dans

son recueil d'apophtegmes, qui a été composé pour réaliser un des

points du programme tracé dans le _De augmentis_, une douzaine de mots

fameux de l'antiquité sont repris sur lesquels Montaigne avait insisté

déjà. Ces faits inclinent nos esprits à admettre une relation entre

les deux oeuvres. Il serait hasardeux toutefois d'en tirer une

conclusion autre que celle-ci: que Bacon s'intéresse aux mêmes

exemples que Montaigne, que sa curiosité est attirée par les mêmes

objets.

Quelques similitudes d'idées entre nos deux écrivains sont à signaler.

Bien entendu, nous les chercherons surtout dans les livres VII et VIII

de Bacon, où il est traité de la morale et de la science civile.

N'oublions pas, au reste, que Bacon n'expose pas ses idées morales. Il

l'a fait dans les _Essais_ et n'y revient qu'accessoirement ici. Son

objet est de frayer la voie à une science des moeurs. Nous ne sommes

donc pas en droit d'attendre un grand nombre de similitudes.

L'idéal de la santé du corps, pour Bacon[94], est la santé qui met «en

état de supporter toutes sortes de changements et de soutenir toutes

espèces de choses.» C'est exactement l'idéal que Montaigne proposait à

son disciple quand il lui donnait comme modèle la «merveilleuse nature

d'Alcibiades» qui savait se «transformer si aisement à façons si

diverses, sans interest de sa santé surpassant tantost la somptuosité

et pompe persienne, tantost l'austerité et frugalité lacedemonienne,

autant reformé en Sparte comme voluptueux en Ionie[95].» Montaigne

revient fréquemment sur cette idée. Dans les derniers jugements qu'il

a portés sur Alexandre[96], sur César[97], sur Socrate[98], on

constate que c'est avant tout cette flexibilité de leur âme, cette

souplesse à s'adapter à toutes les circonstances de la vie qui l'ont

séduit.

Bacon raille la chimère de la sagesse stoïque et les prétentions des

philosophes: «Voyez sur quel ton tout à fait tragique Sénèque nous

dit: «Quoi de plus grand que de voir un être aussi fragile que l'homme

atteindre à la sécurité d'un Dieu![99]» Montaigne a choisi chez

Sénèque un autre passage, d'ailleurs détaché de la même épître[100],

pour le tourner en dérision[101], mais l'esprit qui l'anime est le

même et, comme Bacon, les rodomontades stoïciennes le divertissent

bien souvent.

Bacon reproche en particulier aux sectateurs de Zénon de troubler les

esprits et de les terroriser avec leurs remèdes contre la peur de la

mort. Certes la plupart des doctrines des philosophes nous paraissent

être trop timides et prendre, en faveur des hommes, plus de

précautions que la nature ne le veut, par exemple, lorsque, voulant

remédier à la crainte de la mort, ils ne font que l'augmenter. Comme

ils ne font de la vie humaine qu'une sorte de préparation à sa fin,

d'apprentissage de la mort, il est forcé qu'un ennemi contre lequel on

fait tant de préparatifs paraisse bien terrible et bien

redoutable[102]. Montaigne avait d'abord pensé que la mort devait être

notre préoccupation constante, mais il avait si bien changé d'opinion

qu'à la fin de sa vie il avait protesté aussi énergiquement que Bacon

contre cette méthode contre nature. Son essai _De la physionomie_ est

plein de cette pensée. Il y critique le mot de Cicéron «tota

philosophorum vita commentatio mortis est», et réplique que la mort

n'est point le «but» mais seulement le «bout de la vie»[103]. Par de

nombreux exemples, il montre que toute cette vaine préparation nous

effraie au lieu de nous tranquilliser, et nous rend insupportable la

mort que l'homme de la nature souffre sans émotion. Après Montaigne,

Bacon est si pénétré de cette idée que (nous l'avons constaté) il la

reprendra dans ses _Essais_ quelques années plus tard.

D'autres idées communes aux deux auteurs, qui doivent reparaître dans

les _Essais_ de 1612, trouvent dans l'_Advancement of learning_ leur

première expression. Sans y revenir, je me contente d'indiquer le

fait. A titre d'exemple on pourra voir, au chap. III du livre VI, ce

que Bacon dit de la mort et de l'esprit d'innovation.

Bacon[104] et Montaigne[105] s'accordent à déclarer que, pour bien

connaître les moeurs d'un homme, c'est à ses domestiques et à ceux qui

vivent familièrement avec lui qu'il convient de s'adresser. Tous deux

voient dans les représentations théâtrales un excellent exercice pour

la jeunesse, et ils les recommandent aux éducateurs[106]. Quand on

entend Bacon proclamer «Epitomes are the moths and corruptions of

learning»[107], le mot de Montaigne revient à la mémoire: «Tout abrégé

sur un bon livre est un sot abrégé[108].» Ces derniers rapprochements

toutefois sont peu significatifs. Il est plus intéressant peut-être de

constater que, de même que Montaigne[109], Bacon donne l'assassin de

Guillaume d'Orange comme un modèle de fermeté dans la douleur[110].

Une image aussi leur est commune qui pourrait bien trahir une

réminiscence. Bacon: «So as Diogenes' opinion is to be accepted, who

commended not them which abstained, but them which sustained and

could refrain their mind in praecipitio, and could give unto the mind

(as is used in horsemanship) the shortest stop or turn[111].»

Montaigne: «C'est chose difficile de fermer un propos et de le coupper

despuis qu'on est arrouté, et n'est rien où la force d'un cheval se

cognoist plus qu'à faire un arrest rond et net[112].»

Pour la plupart, ces textes de Bacon figurent déjà dans l'édition

anglaise de 1605. Il convient de rappeler encore qu'en 1623, au moment

où Bacon complète son oeuvre et la traduit en latin, le personnage de

Montaigne est présent à son esprit, non pas seulement l'auteur, mais

l'homme qui s'est décrit dans ses _Essais_: «Ceux qui, nous dit-il,

ont naturellement le défaut d'être trop à la chose, trop occupés de

l'affaire qu'ils ont actuellement dans les mains, et qui ne pensent

pas même à tout ce qui survient (ce qui, de l'aveu de Montaigne, était

son défaut), ces gens-là peuvent être de bons ministres, de bons

administrateurs de républiques, mais s'il s'agit d'aller à leur propre

fortune, ils ne feront que boiter[113].» L'idée ici exprimée ne répond

que bien imparfaitement à celle que Montaigne donne de lui-même dans

le chapitre intitulé «_De l'utile et de l'honneste_»[114]. Ma

conviction est qu'il n'y a pas lieu de chercher un texte précis, que

Bacon n'en avait aucun dans la pensée. Il y a là sans doute un effet

de sa négligence habituelle. Mais est-il paradoxal de voir dans

l'imprécision de cette allégation sinon une preuve, du moins une

invitation à croire que Montaigne était familièrement connu de Bacon?

On fait une allusion précise à un texte qu'on vient de lire, ne

l'eût-on parcouru qu'une seule fois. S'agit-il, au contraire, d'un

ouvrage auquel on revient de temps à autre, on en parle d'après les

souvenirs et les impressions qu'il a laissés. On apprécie le caractère

de l'auteur qui s'y peint d'après l'idée globale qui se dégage de son

livre. On s'y trompe d'ailleurs quelquefois. J'ajoute que dans le

même passage, Bacon développe des recommandations qui sont

particulièrement chères à Montaigne[115], celle-ci, par exemple, qu'il

faut éviter de se mêler inconsidérément de trop de choses; cette autre

surtout que le premier des préceptes, pour bien agir, est de se

connaître soi-même. «L'oracle qui nous dit: «Connais-toi toi-même»,

n'est pas seulement une règle générale de prudence, mais un précepte

qui tient le premier rang en politique.» On sait quelle large place

lui a été faite dans les _Essais_.

Si l'on rapproche ces indications des constatations que nous avons

faites en étudiant les _Essais_ de Bacon, on sera porté à croire que

Montaigne est l'un des moralistes dans la familiarité desquels Bacon a

fortifié et stimulé sa propre réflexion morale. Voici qui est plus

précis: avant Bacon, Montaigne avait indiqué les sources de la science

morale; il avait dit que les ouvrages des poètes et des historiens

étaient ses livres préférés, ceux dont il nourrissait sa pensée[116].

Au chapitre _De l'institution des enfans_, il a montré quel profit

pour la vie pratique on pouvait tirer des histoires, et

particulièrement des biographies de Plutarque. «Les historiens, dit-il

encore, sont ma droitte bale: car ils sont plaisans et aysez; et quant

l'homme en général, de qui je cherche la congnoissance, y paroist plus

vif et plus entier qu'en nul autre lieu; la variété et vérité de ses

conditions internes, en gros et en détail, la diversité des moyens de

son assemblage et des accidents qui le menacent. Or ceux qui escrivent

les vies, d'autant qu'ils s'amusent plus aux conseils qu'aux

événemens, plus à ce qui part du dedans qu'à ce qui arrive au dehors,

ceux-là me sont plus propres: voylà pourquoy en toutes sortes, c'est

mon homme que Plutarque[117].» Bacon n'avait qu'à recueillir des

indications aussi nettes. «S'il faut dire ce que nous pensons sur ce

point, écrit-il au sujet de la connaissance des passions humaines, les

véritables maîtres en cette science, ce sont les historiens et les

poètes; eux seuls, en nous donnant une sorte de peinture vive et

d'anatomie, nous enseignent comment on peut d'abord exciter et allumer

les passions, puis les modérer et les assoupir; comment aussi on peut

les contenir, les réprimer, empêcher qu'elles ne se produisent au

dehors par des actes; comment encore, malgré les efforts qu'on fait

pour les comprimer et les tenir cachées, elles se décèlent et se

trahissent; quels actes elles enfantent..., et une infinité d'autres

choses de cette espèce[118].» Bacon revient à diverses reprises sur

cette idée, et il ne méconnaît pas non plus la valeur du genre

biographique. Ce sont les biographies qui serviront surtout à

construire la science des affaires. «Comme c'est l'histoire des temps

qui fournit les meilleurs matériaux pour les dissertations sur la

politique, ce sont aussi les vies particulières qui fournissent les

meilleurs documents pour les affaires, parce qu'elles embrassent toute

la variété et tout le détail des affaires et des occasions tant

grandes que légères[119].»

Là toutefois s'arrête la ressemblance. L'usage que Montaigne a fait de

ces sources est très différent de celui que Bacon en voulait faire. Ce

que Bacon demande, c'est une enquête méthodique qui aboutisse à une

véritable thérapeutique de l'âme. Il veut qu'au moyen des lettres, des

papiers des négociateurs, au traits essentiels les principaux types de

caractères afin de les cataloguer. Cela fait, avec la même précision,

on entreprendra l'étude des affections, des passions, on en

déterminera les causes, on en mesurera les effets, on en dressera un

inventaire raisonné et pratique. Enfin, et c'est une troisième

enquête à faire chez les historiens et les poètes, il faudra examiner

toutes les forces par lesquelles on peut agir sur les âmes; la

coutume, l'éducation, la louange, la fréquentation, l'amitié; il

faudra préciser les conditions dans lesquelles elles agissent,

l'intensité et la durée de leur action. Ainsi, quand la science morale

sera constituée, si nous nous trouvons en face d'un homme, nous

n'aurons qu'à reconnaître à quel type appartient son tempérament,

quelles sont les passions qui l'agitent, et nous connaîtrons les

remèdes qui nous permettront de le guérir de ses défauts, les ressorts

qui le feront agir à notre volonté. Peut-être j'exagère, en le

précisant, le déterminisme de Bacon; peut-être il n'a pas l'illusion

que sa médecine morale puisse être jamais si rigoureuse; néanmoins

dans l'ensemble telle est bien sa pensée.

On sent quel abîme sépare un pareil état d'esprit de celui de

Montaigne. Montaigne a analysé avec pénétration certaines de ces

forces morales dont Bacon demande l'étude: la coutume, par exemple,

l'amitié, la gloire, et de toutes ces analyses un disciple de Bacon

pourrait tirer grand profit; il a dit des choses fort justes sur la

plupart des passions humaines, mais jamais il ne l'a fait avec la

méthode que réclame Bacon, je veux dire avec l'intention d'éclairer

toutes les faces de la question qu'il traite, de subordonner son étude

à une fin déterminée. Il a bien employé quelque part avant Bacon le

mot de «science morale», mais dans sa bouche ce mot avait un sens

différent, le sens habituel du seizième siècle, et n'entraînait aucune

autre idée que celle de connaissance. De caractères, il a déclaré

hautement qu'il étudiait le sien et rien que le sien, qu'il ne jetait

un regard sur les autres que pour éclairer par le contraste sa propre

peinture. Surtout il n'a jamais eu la prétention de fixer des formules

universelles. Il ne donne pas de recettes infaillibles pour agir sur

les esprits. Il aide seulement ses lecteurs à se mieux connaître et à

mieux connaître les autres.

Je ne dirai pas, certes, que Machiavel a conçu, lui non plus, les

sciences morales avec le même déterminisme que Bacon; je crois

cependant qu'il s'en est approché. Il définit, par exemple, les cinq

précautions qu'un prince doit prendre lorsqu'il ajoute un Etat nouveau

à ses Etats héréditaires; il détermine les conditions dans lesquelles

telle ou telle de ces précautions peut devenir superflue; il exprime

ses conclusions en termes impératifs, sous forme de lois. Rien que le

style de Machiavel devait avoir une action sur Bacon. Aussi, quand

Bacon prescrit la méthode dont il convient d'user pour extraire des

histoires, la science des affaires et la science morale, c'est chez

Machiavel, non chez Montaigne, qu'il en trouve le modèle. «La manière

d'écrire qui convient le mieux à un sujet aussi diversifié et aussi

étendu que l'est un traité des affaires et sur les occasions éparses,

la plus convenable, dis-je, serait celle qu'a choisie Machiavel pour

traiter la politique, je veux dire celle qui procède par observations,

et, pour me servir d'une expression commune, par dissertations sur

l'histoire et sur les exemples, car la science qui se tire des faits

particuliers tout récents et qui se sont pour ainsi dire passés sous

nos yeux est celle qui montre le mieux le chemin et qui apprend le

plus aisément à repasser par les faits. Or, c'est suivre une méthode

beaucoup plus utile, dans la pratique, de faire militer la

dissertation sous l'exemple que de faire marcher d'abord la

dissertation et d'y joindre ensuite l'exemple. Et il ne s'agit pas ici

simplement de l'ordre, mais du fond même du sujet, car lorsqu'on

expose d'abord l'exemple comme base de la dissertation, on le présente

ordinairement avec tout l'appareil de ses circonstances, lesquelles

peuvent quelquefois rectifier la dissertation, et quelquefois aussi la

suppléer[120]... »

Autant que Machiavel, je crois, Montaigne se montre docile au fait. Il

subordonne la dissertation à l'exemple. Mais il le fait d'instinct,

par besoin de vérité, non par système et d'une manière ostensible

comme Machiavel dans ses _Discours_ sur Tite-Live. Il semble bien qu'à

l'origine, dans ses premiers _Essais_, il avait adopté le même cadre.

Mais trop souple, trop défiant de lui-même et des forces de la raison

humaine, il désespéra vite d'enfermer la réalité dans des formules. Si

les autres se reconnaissent en lui, s'ils peuvent profiter de ses

remarques, c'est que tout homme porte en soi la forme de l'humaine

nature; ce n'est pas qu'il ait la prétention de décrire les différents

types humains, de les classer, de fournir de sûres recettes pour agir

sur chacun d'eux et modifier à volonté les passions et les activités.

Il a donc présenté à Bacon une collection de faits moraux, telle

qu'aucun moderne ne pouvait lui en offrir. Je ne dirai pas que Bacon

lui doit des idées morales qu'il n'aurait pas eues sans lui: ces

questions d'origine sont trop délicates pour que nous puissions nous

prononcer à leur sujet. Du moins personne ne pouvait mieux que

Montaigne donner l'habitude de l'analyse psychologique, enseigner à

voir les faits moraux sans les déformer, à les noter scrupuleusement.

La lecture d'une oeuvre où tant de sujets moraux étaient abordés, où

l'étude du tempérament individuel et des passions était entreprise

avec un esprit si positif, était un stimulant pour Bacon. C'était

quelque chose, pour susciter un constructeur, que d'entasser tant de

matériaux de la science morale. Mais aux yeux de Bacon, Montaigne a su

à peine commencer la construction. Il a très bien exploré les sources

où l'on devait puiser; mais l'essentiel de la doctrine baconienne,

l'objet de la science future, sa méthode, ses partitions, toute cette

conception d'une science rigide que le philosophe anglais, pénétré

qu'il est des méthodes des sciences physiques, prétend imposer aux

études morales, tout cela est absolument étranger à Montaigne.

[74] Il serait sans intérêt de distinguer ici, comme nous

l'avons fait pour les _Essais_, les deux rédactions

successives de cet ouvrage, la rédaction anglaise de 1605

(_Advancement of learning_) et la rédaction latine de 1623

(_De Augmentis scientiarum_). Je renverrai uniformément à

cette dernière.

[75] Dans son _Examen vanitatis doctrinæ gentium et veritatis

disciplinæ christianæ._

[76] Voir mon ouvrage sur les _Sources et l'Evolution des

Essais de Montaigne_, t. II, p. 212.

[77] Certainly, if a man meditate much upon the universal

frame of nature, the earth with men upon it... will not seem

much other than an ant-hill, whereas some ants carry corn,

and some carry their young, and some go empty, and all to and

from a little heap of dust (_Advancement of learning_, I,

VIII, 1).

[78] II, XII, t. III, p. 234.

[79] _Dialogues_ XLVI, 19.

[80] Par exemple, le mot d'un ancien sur le nombre de

serviteurs que «nourrit» Homère, mot qui est différemment

rapporté chez Bacon, I, VIII, 4, et chez Montaigne, II,

XXXVI.

[81] Telle est cette idée à diverses reprises exprimée par

Cicéron que Socrate a ramené la philosophie du ciel sur la

terre: Bacon I, V, II; Montaigne III, XII, t. VI, p. 171.

Voici encore deux traits pris à Plutarque: le mot d'un

musicien à Philippe: Bacon I, VII, 6; Montaigne I, XL; le mot

de Solon sur les lois qu'il a données aux Athéniens: Bacon I,

III, 5; Montaigne III, IX, t. VI, p. 138. Peut-être y a-t-il

plus de compte à faire de ce dernier rapprochement qui porte

sur un trait moins vulgarisé, semble-t-il, et aussi de cette

idée, pourtant inspirée par Cicéron et par Platon, que

l'étonnement est le germe du savoir: Bacon I, III, 3;

Montaigne III, XI, t. VI. p. 259. Le nombre de ces

rapprochements est peut-être aussi à prendre en

considération. Pourtant ces indications restent vagues.

[82] Voir en particulier, dans I, V, de longs développements

sur ce sujet.

[83] Voir surtout l'essai _Du pédantisme_.

[84] I, XXXIX, p. 182: «Cettuy-cy, tout pituiteux, chassieux

et crasseux... »

[85] III, XIII au début.

[86] Début de I, 25 et III, 1.

[87] I, XXIV, t. II, p. 12.

[88] «A farther proceeding therein (in philosophy) doth bring

the mind back again to religion.» (_Of the advancement of

learning_, liv. I; éd. Spedding, p. 267.) (Voir ci-dessus p.

35.)

[89] Cf. _Novum organum_, livre II, aphorisme 5.

[90] Pour la science du gouvernement dont il indique

seulement la matière dans son _De augmentis_, qu'on lise dans

les _Essais_ les chapitres qu'il lui a consacrés; on verra

combien d'idées sont inspirées de Machiavel; et ici même

qu'on parcoure les deux parties qu'il distingue dans la

«science des affaires», à la fois ce qui concerne «l'art des

occasions éparses», et «l'art de se pousser dans le monde»,

on sentira nettement que son maître n'est ni l'idéaliste

Thomas Morus, ni l'auteur des _Six livres de la République_,

Jean Bodin, mais le politique réaliste de Florence.

[91] L'aventure de Thalès qui, regardant les étoiles, tombe

dans un puits: Bacon, II, 2; Montaigne, II, XII, t. IV, p.

47; le mot de Pythagore sur les jeux Olympiques: Bacon, VII,

1; Montaigne, I, XXVI, t. II, p. 42; le mot de Bias sur

l'amitié, que Montaigne, d'après Aulu-Gelle attribue à

Chilon: Bacon, VIII, 2; Montaigne, I, XXVIII, t. II, p. 94;

le mot de Statilius à l'occasion du meurtre de César: Bacon

VII, 2; Montaigne, I. L, t. II, p. 271.

[92] L'image empruntée à Sénèque sur les joueurs de

passe-passe: Bacon, V, 2; Montaigne, III, VIII, t. VI, p. 90;

un mot sur l'éloquence pris à la LII épître de Senèque:

Bacon, VII, 1; Montaigne, I, XL, t. II, p. 198.

[93] Faits allégués de part et d'autre pour prouver que les

animaux nous ont enseigné divers arts: Bacon V, 1; Montaigne,

II, XII, t. III, p. 211; exemples de raison raisonnante chez

les animaux: Bacon, _ibid._; Montaigne, II, XII, t. III, p.

218 pour les corbeaux de Barbarie, p. 231 pour les fourmis

qui rongent les extrémités du grain de blé afin de l'empêcher

de germer; opinion de Platon qui met la raison au cerveau,

l'ire au coeur, la cupidité au foie: Bacon, IV, 1, à la fin;

Montaigne, II, XII, t. IV, p. 62; allusion au rémora: Bacon,

III, 4; Montaigne, II, XII, t. III, p. 223. Ajouter encore le

mot de César qui préfère être le premier dans un village à

être le second dans Rome: Bacon, VIII, 2; Montaigne n'y fait

qu'une allusion, III, VII, t. VI, p. 74. La citation du

_Trinummus_ de Plaute (II. 84), que Bacon reproduit en la

modifiant «Nam pol' sapiens fingit fortunam sibi» peut avoir

été suggérée par Montaigne, I, XLII, t. II, p. 208, ou encore

par Juste Lipse, _Politiques_, I, VII.

[94] VII, 1, fin, trad. Riaux, p. 335.

[95] I, XXVI, t. II, p. 57.

[96] III, XIII, t. VII, p. 78.

[97] _Ibid._

[98] III, XIII, t. VII, p. 81.

[99] VII, 1, trad. Riaux, p. 330.

[100] _Epîtres à Lucilius_, LIII.

[101] II, XII, t. III, p. 261.

[102] VII, 2, trad. Riaux, p. 339.

[103] III, XII, t. VI. p. 292.

[104] VIII, 2, trad. Riaux, p. 393.

[105] III, II.

[106] Bacon, VI. 4, à la fin; Montaigne, I, XXVI, à la fin.

[107] III, 6.

[108] III, VIII, t. VI, p. 112.

[109] _Essais_, II, XXIX.

[110] IV, 1.

[111] VII, 1, à la fin.

[112] I, IX, t. I. p. 41.

[113] VIII, 2. trad. Riaux, p. 398.

[114] _Essais_, III, 1, auquel Spedding renvoie dans une note

de son édition.

[115] Notons toutefois que ces développements sont de 1605,

tandis que la phrase sur Montaigne a été ajoutée en 1623.

[116] II, X et I, 26, t. II. p. 21.

[117] II, X, t. III, p. 135.

[118] VII, 3, trad. Riaux, p. 350.

[119] VIII, 2, trad. Riaux, p. 385.

[120] VIII, 2, trad. Riaux, p. 385.

CHAPITRE IV

LA MÉTHODE DE LA SCIENCE. MONTAIGNE ET LE _Novum organum_

Montaigne et François Bacon · 第 5 / 8 段