Le colonel Lebel est mort dimanche dernier à Vitré, à 53 ans. Sorti de
Saint-Cyr en 1855, capitaine en 1869, lieutenant-colonel en 1883, il
avait pris sa retraite en 1890, avant l'âge, sa santé étant entièrement
détruite par une maladie de coeur. Bien que sa carrière n'ait été
marquée par aucun fait d'armes éclatant, peu de militaires auront laissé
un nom plus célèbre, attaché qu'il est, conjointement avec celui de
Tramond, à l'adoption du nouveau fusil à répétition de l'armée
française.
Les essais et les tâtonnements qui ont précédé la création de ce nouveau
fusil sont intéressants à rappeler.
En 1883, le général Campenon, alors ministre de la guerre, demanda qu'il
fût créé un fusil à répétition pour le Tonkin. On se mit au travail, et
en 1881 commença la transformation dans ce sens de l'arme existante, qui
devint alors le modèle 1885. En 1886, nouvelle modification due au
colonel Bonnet. Le colonel Tramond était à ce moment président de la
commission supérieure pour l'étude des armes à répétition, et le colonel
Lebel président de l'école normale de tir établie au camp de Châlon.
Sans vouloir diminuer la part qui revient au colonel Lebel dans
l'adoption de l'arme à laquelle il a attaché son nom, nous devons dire
que, sur la réclamation d'un membre de la commission supérieure, cette
dernière a décidé--et c'est la conclusion de son rapport--que ce fusil
est une oeuvre absolument impersonnelle et le produit d'efforts communs
qui ne permettent pas d'en attribuer la gloire à un seul. Les
expériences, du reste, se faisaient en même temps à l'école normale de
tir et à l'école de Versailles, et la commission supérieure ne tenait
compte que des résultats constatés par les deux commissions.
LA MISSION COMMERCIALE
DU CONGO FRANÇAIS
Il y a quelques mois, M. de Brazza, commissaire-général du Congo
français, demandait à chacune de nos grandes chambres de commerce
d'envoyer un délégué spécial dans cette colonie. Les délégués réunis
devaient former une commission dont le but serait d'étudier, de concert
avec l'administration locale, les moyens les plus propres à faciliter et
à développer le commerce d'importation et d'exportation entre la
métropole et l'une de nos plus importantes possessions africaines.
Les chambres de commerce ont répondu à l'appel qui leur a été fait.
Celle de Paris a nommé M. Vaucamps; celle de Lyon, M. Georges Schrimft,
M. Barthelnié représente Marseille; M. Blanquart de Bailleul, Rouen;
enfin, M. Jules Auchier, Bordeaux. Ces messieurs se sont immédiatement
mis en route: notre correspondant de Dakar au Sénégal nous signale leur
passage dans cette ville, à la date du 19 mai dernier, à bord du
paquebot-poste la _Ville de Macéio_ de la Compagnie des Chargeurs
réunis, capitaine Tanquerez, et pendant l'escale de quelques heures il a
pu photographier en groupe les cinq délégués.
Nous ne doutons pas que le succès ne couronne les efforts de la
commission. Déjà les communications avec nos colonies de cette partie du
globe sont assurées avec régularité. Indépendamment, en effet, de la
_Ville de Macéio_, la Compagnie des Chargeurs réunis a désigné pour
faire le service mensuel de cette ligne trois de ses beaux steamers:
_Ville de Pernambuco. Ville de Ceara, Ville de Maranhao._
Une autre compagnie de navigation, la Compagnie Fraissinet de Marseille,
dessert les mêmes parages, et y montre avec honneur le pavillon
français.
Le Havre, Nantes, Bordeaux, Marseille, c'est-à-dire nos quatre grands
ports maritimes, sont donc en communication directe avec le Congo
français. C'est par nos bâtiments que le fret transitera maintenant,
abandonnant les navires allemands, portugais et anglais, dont jusqu'ici
il avait été tributaire.