[228] Voir Hermann Kretzschmar, _Die Venetianische Oper

(Vierteljahrschrift für Musikwissenschaft_, 1892);--et Romain Rolland,

_L'Opéra populaire à Venise_ (_Mercure musical_, 15 janvier et 15

février 1906).

[229] Incantation de Médée, dans le _Giasone_ de 1649.

[230] _Ibid._ Rôle de Demo.

[231] Surtout dans la _Didone_ de 1641.

[232] Il y a dans Cavalli toute une série de scènes du Sommeil, dont

Lully a pu s'inspirer. J'ai peine à croire qu'il n'ait pas connu, entre

autres, celle de l'_Eritrea_ de 1652, l'air délicieux de Celinda: _Dolce

sonno, amico nume_ (acte I, sc. XIX), avec son accompagnement berceur de

trois violes.--Voir aussi la scène pastorale de Prasitea dans

l'_Ercole_, et les choeurs qui suivent: _Dormi, dormi, o sonno_.

L'architecture musicale de l'_Ercole_ de Cavalli offre d'ailleurs bien

des ressemblances avec celle des futurs opéras de Lully: l'importance

des _Sinfonie_, le style fugué de l'ouverture, aux rythmes fiers et

saccadés, la structure du Prologue, les choeurs et les danses à la fin

des actes, les mélodies chantées aux rythmes de danse, et le mélange

dans un même chant des mesures à trois et à quatre temps.--Toutefois, il

faut reconnaître que Cavalli lui-même s'était un peu adapté, dans cette

oeuvre, au goût régnant alors en France.

[233] Il use, en le reconnaissant, de certains procédés de style

instrumental français (_Serenata_ de 1662).--On a pu supposer qu'il

avait voyagé en France vers 1660.

[234] En particulier, dans la _Dori_ de 1661 et _Pomo d'Oro_ de

1666-7.--Mais on ne doit pas oublier que si Cesti était arrivé au faîte

de sa réputation quand Lully était encore au début de sa carrière, les

divertissements de Lully se répandaient déjà en Europe et étaient copiés

dans les autres cours, comme les modes françaises. Il s'était formé un

style international, dont Paris, Vienne, et les villes italiennes

étaient les principaux ouvriers. J'inclinerais toutefois à croire que

Lully, plus intelligent qu'inventif, et plus organisateur que créateur,

a dû probablement emprunter encore plus que fournir aux autres.

[235] Voir l'article précédent.--Je ne fais qu'indiquer en passant cette

question, encore assez obscure, des rapports de Lully avec ses

précurseurs italiens et français. Les travaux incessants de M. H.

Quittard contribuent à l'éclaircir, chaque jour; et M. Henri Prunières

doit lui consacrer un des chapitres de l'ouvrage qu'il prépare, en ce

moment, sur l'_Esthétique de Lully_.

[236] Auteurs de l'opéra: _le Triomphe de l'Amour_, donné à

Saint-Germain-en-Laye en 1672.

[237] Il semble que ce fut Molière,--plus préoccupé des rapports de la

musique avec la comédie qu'aucun des grands auteurs dramatiques de son

temps,--qui eut le premier l'idée de racheter à Perrin son privilège de

l'Opéra. Il s'en confia à Lully, qui se hâta d'exécuter le projet pour

lui seul, en évinçant Molière.--Voir Sénecé, _Lettre de Clément Marot_

(1688), et Nuitter et Thoinan, _les Origines de l'Opéra français_

(1886).

[238] Lecerf de la Viéville.

[239] _Les Hommes Illustres_ (1696).

[240] Boscheron, _Vie de Quinault_ (1715).

[241] «La passion qui le dominait le plus», continue Boscheron, «était

l'amour; mais il la conduisait toujours avec tant d'adresse qu'il se

pouvait vanter avec justice qu'elle ne lui avait jamais fait faire un

faux pas, malgré les emportements qu'elle inspire d'ordinaire aux

autres. Nul n'avait plus d'esprit dans le tête-à-tête...»

Ne pourrait-on adresser la même critique aimable aux opéras de Lully?

[242] Boileau écrit: «Monsieur Quinault, malgré tous nos démêlés

poétiques, est mort mon ami». (_Réflexions critiques sur quelques

passages de Longin._)

[243] Il y a lieu de croire d'ailleurs que Quinault ne dut pas moins ce

choix aux préférences du Roi qu'à celles de Lully. Il était, avant

Racine, le plus parfait représentant de la tragédie amoureuse, qui

faisait les délices de la jeune cour et le chagrin de Corneille (voir la

préface de _Sophonisbe_). Son premier essai de collaboration avec Lully

fut dans _Psyché_ (1670).--A partir de _Cadmus et Hermione_ (1673), il

fut seul poète en titre de l'Opéra, jusqu'en 1686,--à la réserve des

années 1678 et 1679, où Lully mit en musique la _Psyché_ de Thomas

Corneille et _Bellérophon_ de Thomas Corneille et Fontenelle.

[244] Plus 2 000 livres de pension, assurées par le Roi.

[245] «Ce grand homme qu'il avait à ses gages...», dit J.-J. Rousseau.

[246] Lecerf de la Viéville.

[247] Voir Lecerf et _Menagiana_.--Mais Boscheron assure qu'il ne la

connut que lorsqu'il travaillait à _Armide_.

[248] Boscheron.--Ce fut Quinault qui cessa, par scrupules religieux,

d'écrire pour l'Opéra. Il commença un poème sur _l'Extinction de

l'Hérésie_. Lully chercha, par tous les moyens, à le ramener à lui. Puis

il s'adressa à Campistron, qui lui écrivit _Acis et Galatée_ et _Achille

et Polyxène_, dont il n'eut le temps d'achever que le premier acte.--Les

deux fidèles collaborateurs se suivirent de près dans la tombe. Lully

mourut le 22 mars 1687, et Quinault, le 29 novembre 1688.

[249] Racine y consentait fort bien. Qu'on se reporte au récit de

Boileau, dans son Avertissement d'un _Prologue d'Opéra_. On verra que

Racine avait accepté d'écrire pour Lully un opéra intitulé _la Chute de

Phaéton_, qu'il en avait même écrit et récité au Roi quelques fragments;

que Boileau n'avait pas fait plus de difficultés à accepter d'en écrire

le prologue, et qu'en effet il l'écrivit partiellement. Si le projet ne

se réalisa point, ce ne fut pas que Boileau et Racine, d'eux-mêmes, y

renoncèrent. Ce fut, raconte Boileau, que, «M. Quinault s'étant présenté

au Roi, les larmes aux yeux, et lui ayant remontré l'affront qu'il

allait recevoir, le Roi, touché de compassion», reprit leur sujet à

Racine et à Boileau, et le rendit à Quinault.--On voit qu'il n'eût tenu

qu'à Lully d'avoir Racine comme librettiste. Et, en réalité, il l'eut.

Racine écrivit pour lui l'_Idylle sur la Paix_, que Lully mit en musique

(1685).

[250] Lecerf de la Viéville.

[251] Il avait une voix de basse,--mais «un filet de voix», dit

Lecerf.--«Même âgé, il chantait encore volontiers ses airs.»

[252] Lecerf de la Viéville.

[253] _Ibid._--On conte la même chose de Beethoven. Un jour, ayant vu

galoper un cavalier sous sa fenêtre, il improvisa, dit-on, le motif de

l'_allegretto_ de la Sonate pour piano op. 31, nº 2, en _ré mineur_.

«Beaucoup de ses plus belles pensées», ajoute Czerny, «sont nées de

semblables hasards. Chez lui, tout bruit, tout mouvement, devenait

musique et rythme.»

[254] Si Quinault avait Mlle Serment, Lully avait Mlle Certain, la jolie

claveciniste. Mais il ne lui permettait pas de se mêler de son travail.

«...Certain, par mille endroits également charmante,

Et dans mille beaux arts également savante,

Dont le rare génie et les brillantes mains

Surpassent Chambonnière, Hardel, les Couperains.

De cette aimable enfant le clavecin unique

Me touche plus qu'_Isis_ et toute sa musique.

Je ne veux rien de plus, je ne veux rien de mieux

Pour contenter l'esprit, et l'oreille, et les yeux....»

(La Fontaine, _Épître à De Niert_.)

On voit que, sur ce point, Lully était d'accord avec La Fontaine. Mais

il est assez plaisant que le malin Florentin ait conquis la rivale,

qu'on se plaisait à lui opposer. Mlle Certain (ou Certin) était toute

jeunette, au temps où La Fontaine écrivait son _Épître_: elle était

alors élève de De Niert, et elle n'avait pas plus de quinze ans. Plus

tard, dit Walckenäer, «après que ses talents furent développés par

Lully, elle devint célèbre par les beaux concerts qu'elle donnait chez

elle, et où les plus habiles compositeurs faisaient porter leur

musique.»

[255] Furetière, cité par Lecerf.

[256] Voir, dans le _Bourgeois Gentilhomme,_ comment le maître de

musique s'y prend pour composer une sérénade:

LE MAITRE DE MUSIQUE _(à son Élève)._--Est-ce fait?

L'ÉLÈVE.--Oui.

LE MAITRE DE MUSIQUE.--Voyons... Voilà qui est bien.

LE MAITRE A DANSER.--Est-ce quelque chose de nouveau?

LE MAITRE DE MUSIQUE.--Oui, c'est un air pour une sérénade, Que

je lui ai fait composer, en attendant que notre homme fût éveillé...

Du moins, ici, le maître rend justice à son «écolier».

[257] Lecerf de la Viéville.

[258] «Il n'y avait d'exception que pour le comte de Fiesque, qui en

pouvait lire et chanter quelques morceaux; et il en était extrêmement

discret.»

[259] Jean-François Lalouette (1651-1728), bon violoniste, fut maître de

chapelle à Saint-Germain-l'Auxerrois et à Notre-Dame; il écrivit des

cantates et des motets. Pascal Collasse, de Reims (1649-1709), fut

maître de la musique de la chambre, et composa de nombreux opéras. Marin

Marais (1656-1728), virtuose renommé sur la basse de viole, écrivit

aussi des opéras, dont un, l'_Alcyone_ de 1706, fut célèbre.

M. Pougin suppose que Lully avait, au moins dans les premiers temps, son

clavecin à l'orchestre de l'Opéra, comme il l'avait dans le théâtre de

Molière.

[260] Lecerf ajoute: «C'était la mesure de la légèreté de main qu'il

leur demandait. Vous voyez que ce terme de vitesse est raisonnable et

borné».

Cette observation donnerait à penser que, déjà, du temps de Lecerf, les

mouvements de Lully étaient joués plus lentement.--Le choix de cette

page d'_Atys_ n'était pas si mauvais. Il y faut beaucoup de précision

nerveuse dans l'attaque: qualité à laquelle Lully tenait par dessus

tout...

[261] Lecerf de la Viéville.

Ces musiciens de l'orchestre, sur qui Lully déchargeait sa colère,

n'étaient pas cependant de pauvres hères. Certains d'entre eux furent

des virtuoses et même des compositeurs distingués. Le violoniste

Marchand écrivit une messe, jouée à Notre-Dame. Le basse de viole

Théobalde composa un opéra, _Scylla_, donné en 1701. Le flûtiste

Descoteaux était ami de Boileau, de Molière et de La Fontaine; il se

disait philosophe, et La Bruyère, dit-on, fit son portrait, dans le

chapitre _de la Mode_, sous le nom du «Fleuriste». On a voulu

reconnaître l'autre flûtiste, Philbert, dans la galerie des portraits de

La Bruyère, sous le masque de Dracon, le virtuose aimé des dames.--(Voir

une série d'intéressants articles de M. Arthur Pougin, parus dans _le

Ménestrel_, en 1893, 1895 et 1896, sur _la Troupe de Lully_).--Il semble

aussi que parmi les violonistes étaient Rebel (père de Jean-Ferry Rebel

et d'Anne Rebel, qui épousa Lalande), et Baptiste (père de Baptiste

Anet),--tous deux ancêtres de lignées d'artistes illustres au siècle

suivant.

[262] Préfaces aux deux parties du _Florilegium_,--recueil d'admirables

pièces instrumentales, publiées en 1695 et 1698.--On a réédité récemment

cette oeuvre dans les _Denkmäler der Tonkunst in OEsterreich_, et M.

Robert Eitner a publié dans ses _Monatshefte für Musikgeschichte_

(1890-1891) les notes de Muffat, minutieuses et précises, sur

l'orchestre de Lully.

[263] C'est le fameux «premier coup d'archet», dont la tradition se

maintint pendant tout le XVIIIe siècle, et dont Rousseau et Mozart font

des gorges chaudes. Ce devait être quelque chose d'un peu analogue à

«l'attaque» à la Weingartner.

«Le bruit de notre _premier coup d'archet_ s'élevait jusqu'au ciel avec

les acclamations du parterre.» (J.-J. Rousseau, _Lettre d'un symphoniste

de l'orchestre_.)

Mozart écrit à son père (12 juin 1778, Paris):

«Je n'ai pas manqué le _premier coup d'archet_. Quelle affaire ils en

font, ces animaux-là! Que diable! Je ne vois pas de différence... Ils

commencent bien ensemble... comme partout ailleurs. Cela fait rire!...

Un Français à Munich demande à D'Abaco: «Monsieur, vous avez été à

Paris?--Oui.--Que dites-vous du _premier coup d'archet_? Avez vous

entendu le _premier coup d'archet_?--Oui, j'ai entendu le premier et le

dernier.--Comment, le dernier, que veut dire cela?--Mais oui, le premier

et le dernier... Et le dernier même m'a donné plus de plaisir.»

[264] «_Scharfe charakteristiche Rhytmik_», comme dit Robert Eitner.

Un rythme incisif et expressif.--Mais Lully ne tenait pas moins à la

délicatesse. Nombre d'indications de ses partitions insistent sur ce

point: «_Jouer doucement.... sans presque toucher les cordes... Ne point

ôter les sourdines que l'on ne le voye marqué..._»

[265] Perrin et Cambert avaient eu beaucoup de mal à recruter des

chanteurs à Paris et en province, surtout en Languedoc. De Toulouse,

venait Beaumavielle, qui joua les grands rôles de basse de Lully

(Alcide, Jupiter, Pluton, Roland). De Béziers vint Clédière, qui jouait

les rôles de haute-contre (Atys, Thésée, Bellérophon, Admète, Mercure).

Plusieurs des meilleures actrices de Lully avaient aussi débuté dans les

opéras de Cambert, ou dans les ballets de la cour. Ainsi, Marie Aubry

(Sangaride, Io, Andromède), et surtout Mlle de Saint-Christophle,

tragédienne excellente (Médée, Alceste, Junon, Cybèle, Cérés).

Voir les articles cités de M. Arthur Pougin.

[266] Voir Marpurg, _Historisch-kritische Beyträge zur Aufnahme der

Musik_, 1754, Berlin. (_Lebensnachrichten von einigen berühmten

französischen Sängerinnen._)

[267] Lecerf de la Viéville.

[268] _Ibid._

[269] Il chassa, parce qu'elle était enceinte, sa plus jolie actrice,

Louise Moreau, la Paix de _Proserpine_,--qui avait fait la conquête du

Dauphin.

[270] «Il les avait tous mis sur le pied de recevoir sans contestation

le personnage qu'il leur distribuait.» (Lecerf.)

[271] Voir page 235.

[272] Ainsi, _Prometheus_ de Goethe, traduit en musique par Reichardt,

Schubert et Hugo Wolf.

[273] Il serait plus juste de dire: «Quand il eut perdu sa

maîtresse».--En effet, «_quand elle eut perdu son maître_» ne signifie

pas: «après la mort de Racine»; car elle est morte avant lui, en 1698.

Cela veut dire: «après la fin de leur liaison», soit, à ce qu'il semble,

au temps où elle se lia avec le comte de Clermont-Tonnerre,--«_le

tonnerre qui l'avait déracinée_»,--vers 1678.

[274] Ici, Louis Racine semble faire une erreur tout à l'avantage de son

père. Baron avait été formé par Molière, et non pas par Racine.

[275] Cité par les frères Parfait, dans le t. XIV de leur _Histoire du

Théâtre Français_, et par Lemazurier, dans sa _Galerie historique des

acteurs au Théâtre Français_ (1810).

[276] Appendice à la _Correspondance entre Boileau et Brossette_, 1858,

p. 521-522.

[277] Du Bos prétend que Racine donna à la Champmeslé l'intonation du

rôle de Phèdre, vers par vers.

[278] Abbé du Bos, _Réflexions critiques sur la poésie et sur la

peinture_, 1733, III, 144.--(La 1^re édition est de 1719.)

[279] Lemazurier, _Galerie historique des acteurs du Théâtre-Français_

(1810).

[280] Titon du Tillet remarque à propos de Beaumavielle (le Jupiter, le

Roland, l'Alcido de Lully), l'habitude «de faire valoir sa voix par des

sons trop nourris et emphatiques, _qui était en usage parmi nos anciens

acteurs_».

[281] Du Bos, _Ibid._, I, 419.

[282] _Ibid._, III, 154.

[283] Le premier rôle de Racine que joua la Champmeslé fut Bérénice, en

novembre 1670. Elle avait alors 26 ans.

[284] Il est curieux que cette scène d'_Iphigénie_ soit précisément la

même que Diderot, dans son _Troisième Entretien sur le Fils Naturel_, en

1757, propose comme thème de déclamation musicale au réformateur de

l'opéra, qu'il attend et qu'il pressent,--qui sera Gluck, vingt ans plus

tard.--(Voir p. 224).

[285] Entendez: le parler ordinaire de la tragédie.

[286] L. de la Laurencie, _Le goût musical en France_, 1905.

[287] _Atys_, IV, 4.

[288] _Isis_, II, 2.

[289] _Ibid._, II, 4.

[290] _Thésée_. Acte II. Premier air de Médée.

[291] _Thésée_. Deuxième air de Médée.--Voir aussi le récit de Méduse

dans _Persée_ (III, 1), ou celui de Théone dans _Phaéton_ (III, 1.):

«Quoi! malgré ma douleur mortelle...».

[292] _Armide_. Monologue du second acte.

[293] _Proserpine_. Prologue.

[294] _Ibid._, II, 1.

[295] Ainsi, dans _Atys_:

ACTE I: «Atys est trop heureux.»

ACTE III: «Que servent les faveurs.»

ACTE IV: «Espoir si cher et si doux.»

dans _Isis_:

ACTE II: «Ah! quel malheur de laisser engager son coeur!»

dans _Proserpine_:

ACTE II (air d'Alphée): «Amants qui n'êtes point jaloux.»

dans _Alceste_: l'air de la nymphe de la Seine, dont la phrase:

«Le héros que j'attends ne reviendra-t-il pas?»

répétée cinq fois, rend si bien l'insistance du sentiment langoureux.

ACTE II (air d'Hercule): «Gardez-vous bien de m'arrêter.»

[296] On sent ici la différence qu'il y a entre le musicien littérateur,

qui puise son inspiration dans le texte littéraire, et trouve parfois de

beaux motifs mélodiques dont il ne tire point parti,--et le musicien de

race, qui part quelquefois d'un thème banal, et en fait sortir peu à peu

des pensées admirables.

[297] Il y en a 2 à 300 dans ses pièces, écrit La Viéville, et d'une

variété, d'une force de chant prodigieuse!...»

[298] Lecerf de la Viéville de la Fresneuse, _Comparaison de la musique

italienne et de la musique française_, 1705, Bruxelles.--Quatrième

conversation, p. 153 et suiv.

[299] Le Prévost d'Exmes rapporte, en 1779, qu'on fit déclamer à Mlle

Lecouvreur ce monologue d'Armide: «_Enfin! il est en ma puissance_», et

qu'on fut surpris de constater que sa déclamation était exactement

conforme à celle de Lully.

[300] Il importe de noter d'ailleurs que le récitatif de Lully--comme

l'ensemble de sa musique--était exécuté, de son temps, et sous sa

direction, d'une façon beaucoup plus vive et moins traînante qu'on ne le

fait depuis. «On le chantait moins, et on le déclamait davantage.»--Je

reviendrai plus loin sur cette question.

[301] Il faut croire que ce genre de spectacle était dans notre sang;

car déjà dans _les Peines et les Plaisirs de l'Amour_ de Cambert, en

1672, il y avait un acte fameux,--le second,--_le Tombeau de Climène_,

où l'on voyait, dans une allée de cyprès, autour d'un sépulcre blanc, se

dérouler une noble pompe funèbre.--Les Français de la fin du XVII{e}

siècle étaient très fiers de ces scènes lyriques, qu'ils considéraient

comme une spécialité nationale. «Les sacrifices, les invocations, les

serments, dit Lecerf de la Viéville, sont des beautés inconnues chez les

Italiens.»--On reconnaît le goût pompeux des Français de ce temps: leur

esprit néo-antique se combinait ici avec leur prédilection de

catholiques romains pour l'apparat des grandes cérémonies religieuses.

[302] Airs du valet Arbas.

[303] L'air d'Archas: _Quelque embarras que l'amour fasse_, rappelle

l'air des Poitevins du _Bourgeois gentilhomme_. L'air-rondeau des Faunes

et l'air de Pan: _Que chacun se ressente_, a trouvé certainement son

modele dans les pastorales de Cambert. La charmante chaconne chantée de

l'acte I: _Suivons l'amour_, est tout à fait dans le style de la

comédie-ballet. Certains airs sont presque des airs de vaudevilles:

ainsi, l'air de la nourrice: _Ah! vraiment, je vous trouve bonne..._ A

côté des airs à danser, il y a des airs d'un comique très fin, comme le

joli air d'Aglante: _On a beau fair l'amour_, qui montrent que Lully

aurait pu, s'il avait voulu, être un de nos plus charmants petits

maîtres, et fonder notre opéra-comique. Mais ce qui abonde surtout dans

_Cadmus_, ce sont les airs de cour, les chansons galantes, dans le style

de Lambert, faites pour le concert, bien plus que pour le théâtre (Air

du Soleil, airs de Charite, etc.).

[304] Le Roi s'enthousiasma pour _Cadmus_, et, jusqu'à ses derniers

jours, il lui resta fidèle. Lecerf de la Viéville raconte que, dans sa

vieillesse, venant d'entendre des airs de Corelli, qui était alors à la

mode, Louis XIV se fit jouer par un violon de sa musique un air de

_Cadmus_, et dit: «Je ne saurais que vous dire: voilà mon goût à

moi».--Naturellement, la cour partagea ce froût; et _Cadmus_ gagna

définitivement la cause, encore fort incertaine, de l'opéra français.

[305] Ainsi, les airs de Licomède et de Céphise.

[306] «On reprocha à Quinault, dit Boscheron, d'avoir gâté le sujet

d'Euripide avec des épisodes inutiles.»--On trouvera l'écho des

polémiques, que suscita _Alceste_, dans l'écrit apologétique de Charles

Perrault: _Critique de l'Opéra, ou examen de la tragédie intitulée

Alceste, ou le triomphe d'Alcide_ (publiée dans le _Recueil de divers

ouvrages en prose et en vers_, dédié par Le Laboureur à S. A. Mgr le

prince de Conti, 1675).

[307] Dès la pièce suivante, il donne un nouveau coup de barre. Sans

rompre aussi brutalement que dans _Alceste_ l'équilibre de la tragédie,

et en prenant bien garde de conserver à celle-ci ses nobles lignes,

Lully réintroduit, mais avec discrétion, l'élément comique dans son

admirable _Isis_, de 1677, «pour laquelle il avait pris, dit La

Viéville, une peine infinie». Il y varie, autant que possible, le

spectacle, les danses, les fines symphonies, et tâche de réchauffer

l'action.

[308] Perrault a bien raison de déplorer, dans sa défense d'_Alceste_,

que les «connaisseurs» puissent décréter à tort et à travers, et imposer

leur goût au grand public. Le grand public trouvait plaisir à ce mélange

du comique et du tragique, à «ces petites chansons»; mais, intimidé par

l'arrêt de l'élite, il n'osa pas les défendre. «Serait-ce à cause

qu'elles ne valent rien, demande Perrault, que tout le monde les sait

par coeur, et les chante de tous côtés?»

[309] Lully se délassait de ses opéras en écrivant des vaudevilles et

des chansons bachiques. «Il chantait la basse, et accompagnait de son

clavecin.»--Combien peut-on noter, dans ses opéras, d'airs qui ont le

caractère de vaudevilles!

[310] Sans parler des maîtres de l'air de cour, le charmant Guesdron,

Boësset, et surtout Lambert, qui fut en cela, comme en beaucoup d'autres

choses, un des modèles de Lully.

«En airs champêtres, dit Lecerf de la Viéville, Lully est notre héros,

ou du moins l'égal de Lambert.»

[311] Voir le _Triomphe de l'Amour_, et «la douce harmonie, qui se mêle

et s'accorde avec la voix de la Nuit. La Nuit, Diane cachée, le Mystère,

le Silence, les Songes...»

[312] Peut-être n'a-t-on pas assez montré l'intérêt historique des

livrets de Quiuault. Constamment ils reflètent, d'une façon à peine

voilée, les événements de la cour; et, comme aucun de ces poèmes ne fut

écrit sans avoir été soumis au Roi et discuté par lui, il est permis de

retrouver dans certaines scènes, l'inspiration ou l'influence

personnelle du Roi. Telle, dans _Proserpine_, la scène fameuse de Cérès

et de Mercure, pleine d'allusions aux infidélités amoureuses du Roi, qui

était alors épris de Mlle de Fontanges, et qui oppose aux reproches

jaloux de Mme de Montespan l'exemple de Cérés délaissée et de son

chagrin décent. Les contemporains ne s'y trompaient point: «Il y a une

scène de Mercure et de Cérès qui n'est pas bien difficile à entendre,

écrivait Mme de Sévigné, le 9 février 1680: _il faut qu'on l'ait

approuvée_, puisqu'on la chante.»

Les Prologues, dont le Roi est toujours le héros, suivent l'histoire des

guerres et des traités, _Isis_ célèbre les victoires navales que

venaient de remporter Jean Bart, Duquesne et Vivonne. _Bellérophon_ et

_Proserpine_ chantent la paix triomphante--et, déjà, menaçante pour la

sécurité du reste de l'univers.

«_Il soumettra tout l'univers_», annonce Quinault, commentant, à sa

façon, la lettre de Mme de Sévigné à Bussy: «La paix est faite. Le roi a

trouvé plus beau de la donner cette année à l'Espagne et à la Hollande

que de prendre le reste de la Flandre. Il le garde pour une autre fois.»

L'histoire du règne défile dans ces Prologues. Jusqu'aux chambres de

réunions, auxquelles on peut trouver une allusion dans le prologue de

_Persée_!

[313] Marpurg, _Historisch-kritische Beyträge zur Aufnahme der Musik_,

1754, Berlin.--I, 217.

[314] On sait que le type de l'ouverture italienne, déjà esquissé par

Landi dana le second acte de son _S. Alessio_, comprend essentiellement

un mouvement rapide, un mouvement lent et un mouvement rapide.

[315] L'ébauche de l'ouverture française apparaît aussi, comme l'a

remarqué M. Pirro, chez certains maîtres allemands de la même époque,

par exemple ehei Hammerschmidt et chez Beutschner.

[316] Abbé Du Bos, _Réflexions critiques sur la poésie et sur la

peinture_.

[317] _Id_., I, 460.

[318] Il s'agit ici de Roland qui revient à la raison.

[319] _Id_., I, 456-57.

Musiciens d'autrefois · 第 22 / 25 段