«J'ai voulu composer un andante, tout à fait d'après le caractère

de Mlle Rose. C'est la vérité: tel est l'andante, telle est Mlle

Cannabich.» (6 décembre 1777.)

Ainsi telle est la force de l'esprit dramatique chez Mozart, qu'il se

fait jour jusque dans les oeuvres qui comportent le moins son emploi,

celles où le musicien met le plus de sa personnalité et de ses rêves.

* * * * *

Fermons ses lettres, abandonnons-nous au flot de sa musique. C'est ici

qu'est son âme tout entière. Nous y retrouvons, dès le premier instant,

la tendresse et l'esprit qui sont son essence même.

Ils sont partout mêlés, à tous ses sentiments et à toutes ses pensées;

ils les enveloppent, les pénètrent, les baignent d'un doux rayonnement.

C'est pourquoi il n'a jamais réussi--ni cherché--à tracer des caractères

antipathiques. Il suffit de penser au tyran de _Léonore_, aux

personnages sataniques du _Freyschütz_ et d'_Euryanthe_, aux héros

monstrueux du _Ring_, pour se convaincre par l'exemple de Beethoven, de

Weber et de Wagner, que la musique est très capable d'exprimer et

d'inspirer la haine et le mépris. Mais, comme dit le duc du _Soir des

Rois_, elle est surtout «l'aliment de l'amour»; et l'amour est son

aliment. Telle est la musique de Mozart. C'est pour cela qu'il est si

cher à ceux qui l'aiment. Il le leur rend si bien!--C'est comme un

retour perpétuel de tendresse, un flot ininterrompu d'amour, qui coule

de cette âme affectueuse à celles de ses amis.--Tout enfant, il avait un

besoin maladif de tendresse. On conte qu'un jour il demanda brusquement

à une princesse d'Autriche: «Madame, est-ce que vous m'aimez?» et

qu'elle, pour le taquiner, ayant répondu non, l'enfant eut le coeur gros,

et se mit à pleurer.--Le coeur est toujours resté enfant. La naïve prière

se répète constamment sous cette tendre musique: «Je vous aime.

Aimez-moi»[515].

Aussi a-t-il constamment chanté l'amour. Réchauffés par son coeur, les

personnages conventionnels de la tragédie lyrique, sous la fadeur des

paroles et la galanterie monotone des situations, ont trouvé des accents

personnels, dont le charme dure encore pour tous ceux qui aiment.--Cet

amour n'a rien d'emporté, ni de romantique; ce n'est que la douceur ou

la tristesse d'aimer. La passion, dont Mozart ne souffrit point durant

sa vie, n'a déchiré le coeur d'aucun de ses héros. La douleur de dona

Anna, ou même la jalousie de l'Elektra d'_Idomeneo_ n'ont aucun rapport

véritable avec le démon de Beethoven et de Wagner. De toutes les

passions, il ne connut bien que la colère et l'orgueil. La passion par

excellence, «la Vénus tout entière...», n'apparaît point chez lui. Mais

c'est ce qui imprime à l'ensemble de son oeuvre son caractère d'ineffable

sérénité: et pour nous, qui vivons à une époque où les artistes tendent

à ne nous plus faire connaître l'amour que par les ardeurs brutales de

la chair, ou par l'hypocrite «mysticisme» d'un cerveau hystérique, la

musique de Mozart ne nous charme pas moins par ce qu'elle ignore de

l'amour que par ce qu'elle en sait.

Il y a pourtant chez lui un fonds de sensualité. Moins passionné, il est

plus voluptueux que Gluck et que Beethoven. Il n'est pas un idéaliste

d'Allemagne; il est de Salzbourg, sur la route de Venise à Vienne, et

semblerait plutôt à demi Italien. Son art rappelle parfois les

expressions alanguies des beaux archanges et des androgynes célestes de

Pérugin, dont la bouche est faite pour tout autre chose que pour la

prière. Mozart est d'une plus large envergure que le peintre de Pérouse,

et il a su trouver des accents autrement émouvants pour le monde de la

foi. Ce n'est pourtant qu'en Ombrie qu'on peut trouver un terme de

comparaison avec cette musique pure et sensuelle. Pensez à ces charmants

rêveurs d'amour: à Tamino, cette fraîcheur virginale d'une âme où

l'amour vient d'éclore;--à Zerline;--à Constance;--à la comtesse des

_Nozze_, à sa tendre mélancolie;--à la rêverie poétique et voluptueuse

de Suzanne;--au _Quintetto_, qui pleure et rit, et à la langoureuse

béatitude du _Terzetto_ (_Soave sia il vento_) de _Cosi fan tutte_,

semblable «au suave Zéphyr, qui souffle sur un banc de violettes,

dérobant et apportant son parfum[516]»:--à tant de grâce et de

_morbidezza_.--Mais le coeur reste toujours--presque toujours--ingénu,

chez Mozart; sa poésie transfigure tout ce qu'il touche, et l'on aurait

peine à reconnaître, sous la musique des _Nozze_, les brillants

personnages, mais secs et corrompus, de la pièce française. Le brio sans

profondeur de Rossini est bien plus près du sentiment de Beaumarchais.

C'est presque une nouvelle création que cet admirable Chérubin, qui dit

l'inquiétude et le ravissement d'une âme enveloppée par le souffle

mystérieux de l'amour. L'innocence saine de Mozart a passé sur les

situations équivoques (Chérubin chez la comtesse, etc.), sans y voir

qu'un sujet à de gais dialogues. En réalité, il y a un abîme entre les

_don Juan_ et les _Figaro_ de Mozart, et ceux de nos auteurs français.

L'esprit français a chez Molière quelque chose d'âpre, quand il n'est

pas précieux, rude ou bouffon. Chez Beaumarchais, il est sec et

scintillant. L'esprit de Mozart n'a aucun rapport avec eux; il ne laisse

aucun arrière-goût d'amertume; il est sans malignité; c'est le plaisir

de vivre, d'agir, d'être en mouvement, de dire et de faire des folies,

de jouir du monde, de la vie; il est imprégné d'amour. Ce sont

d'aimables créatures qui se grisent de rires, de mots dits à tort et à

travers, pour cacher l'émotion amoureuse qui est au fond de leur coeur.

Elles font penser aux folles lettres, que Mozart écrivait à sa femme:

«Petite femme chérie, si je voulais te raconter tout ce que je fais

avec ton cher portrait, tu rirais bien souvent! Par exemple, quand

je le tire de sa prison, je lui dis: Dieu te bénisse, petite

Constance!... Dieu te bénisse, friponne!... tête ébouriffée,... nez

pointu!--Et puis, quand je le remets en place, je le fais glisser

peu à peu, en disant tout le temps: Allons!... allons!...

allons!... mais avec l'énergie particulière que demande ce mot qui

dit tant de choses!... Et pour finir, je dis bien vite: Bonne nuit,

petite souris, dors bien.--Je crois bien que je viens d'écrire là

quelque chose de fort stupide (du moins pour le monde)... mais

voilà le sixième jour que je suis loin de toi, et vraiment il me

semble qu'il y a déjà un an... Ah! si les gens pouvaient voir dans

mon coeur, je rougirais presque...» (13 avril, 30 sept. 1790.)

* * * * *

L'abondance de gaieté produit la bouffonnerie. Il s'en mêle une forte

dose à l'esprit de Mozart. La double influence de la comédie bouffe

italienne et du goût viennois devaient y contribuer. C'est la partie la

moins intéressante de son oeuvre, et nous nous en passerions volontiers;

mais elle se comprend. Il est bien naturel que le corps ait ses

exigences à côté de l'esprit; et quand, il déborde de joie, la

bouffonnerie jaillit d'elle-même. Mozart s'amuse comme un enfant. On

sent que ses Leporello, ses Osmin et ses Papageno le divertissent

prodigieusement.

La bouffonnerie chez lui atteint quelquefois au sublime. Que l'on pense

au caractère de don Juan, et à tout cet opéra qualifié par l'auteur

d'_opera buffa_[517]. La bouffonnerie pénètre ici l'action tragique;

elle se joue autour de la statue du commandeur et des douleurs d'Elvire.

La scène de la sérénade est une situation bouffe; mais l'esprit avec

lequel Mozart l'a traitée en fait une scène de haute comédie. Le

caractère tout entier de don Juan est tracé avec une souplesse de main

surprenante. A vrai dire, il est exceptionnel dans l'oeuvre de Mozart; et

il l'est peut-être aussi dans l'art musical du XVIIIe siècle[518]. Il

faut aller jusqu'à Wagner pour trouver, dans le théâtre de musique, des

personnages d'une vie aussi vraie, aussi pleine et aussi logique, d'un

bout à l'autre de l'oeuvre. S'il est une chose, au premier instant, qui

surprenne, c'est que Mozart ait pu tracer avec cette assurance le

caractère d'un grand seigneur sceptique et libertin. Mais si l'on étudie

d'un peu plus près l'égoïsme brillant, railleur, orgueilleux, sensuel et

colère de ce don Giovanni (qui est un Italien du XVIIIe siècle, et

non plus le hautain Espagnol de la légende, ou le sec petit marquis

athée de la cour de Louis XIV), on remarquera qu'il n'y a pas un trait

en lui que Mozart n'ait pu retrouver en soi-même, dans ces obscures

profondeurs de l'âme, où le génie sent poindre les germes de toutes les

puissances bonnes ou mauvaises de l'univers. Chose étrange! Chacun des

mots, dont nous venons de nous servir pour caractériser don Juan, nous

avait déjà servi pour définir l'âme et le talent de Mozart. Nous avons

parlé de la sensualité de sa musique et de son esprit railleur. Nous

avions noté son orgueil, ses transports de colère, et son égoïsme

redoutable--et légitime.

Ainsi (ô paradoxe!) Mozart portait en lui les puissances d'un don Juan,

et il a pu réaliser dans son art le caractère qui, dans son ensemble, et

par la combinaison différente des mêmes éléments, était le plus éloigné

de lui qu'on pût trouver. Il n'est pas jusqu'à sa tendresse câline, qui

ne se soit traduite ici par la force de séduction du personnage. En

dépit des apparences, cette âme aimante eût probablement échoué à

peindre les transports d'un Roméo,--et un don Juan a été sa plus

puissante création.--Ainsi le veut souvent la nécessité paradoxale du

génie.

* * * * *

Mozart est le compagnon préféré des coeurs qui ont aimé et des âmes

apaisées. Ceux qui souffrent, se réfugient de préférence dans les bras

du grand consolateur, le grand inconsolable, Beethoven, qui tant

souffrit.

Cependant Mozart ne fut point épargné. Le sort lui fut plus rude encore

qu'à Beethoven. Il connut la douleur, sous toutes ses formes; il connut

les déchirements de la souffrance, la terreur de l'inconnu et les mornes

angoisses de l'âme solitaire. Il les exprima dans quelques pages, que

Beethoven et Weber n'ont pas surpassées. Entre toutes, il faut citer ses

_Fantaisies_ et l'_Adagio_ pour piano _en si mineur_. Ici, nous voyons

apparaître une puissance nouvelle, que nous n'avions pas encore aperçue

chez Mozart, et que je nommerais le génie, si ce ne semblait une

impertinence de laisser entendre que nous ne l'avions pas encore

rencontré en dehors de ces oeuvres. Mais j'appelle: génie, ce grand

souffle indépendant du nôtre, qui emporte une âme, parfois médiocre, ou

qui lutte avec elle; c'est une puissance étrangère à l'esprit où elle

établit sa domination; c'est le Dieu qui est en nous, et qui pourtant

n'est pas nous.--Jusqu'ici, nous n'avions vu en Mozart qu'un être

merveilleusement riche de vie, de joie et d'amour; mais c'était toujours

lui-même que nous retrouvions au travers des âmes où il se

transformait.--Ici nous atteignons le seuil d'un monde plus mystérieux.

C'est l'essence même de l'âme qui parle, son être impersonnel et

universel,--l'Être,--le fond commun des âmes, que seul le génie peut

exprimer. Il s'engage parfois entre l'âme individuelle et son Dieu

intérieur des dialogues sublimes, surtout aux heures où l'âme accablée

se réfugie dans son sanctuaire inaccessible. Ce dualisme de l'âme et de

son démon se retrouve constamment dans l'art de Beethoven. Mais l'âme de

Beethoven est violente, capricieuse, fantasque, passionnée. Celle de

Mozart est juvénile, délicate, souffrant parfois de son trop de

tendresse, mais harmonieuse, chantant sa souffrance en phrases bien

rythmées, et finissant par s'y laisser bercer, par sourire au milieu de

ses larmes à la grâce de son art, à sa propre séduction (_Adagio en si

mineur_). C'est le contraste de cette âme de fleur et de ce génie

souverain, qui fait le charme sans prix de ces poésies musicales. Telle

Fantaisie ressemble à un arbre au large tronc, aux bras puissants, au

feuillage finement dentelé, et parsemé de fleurs au léger parfum. Un

souffle héroïque emporte le premier morceau du _Concerto_ pour piano _en

ré mineur_, et les éclairs s'y entrecroisent avec les sourires. La

célèbre _Fantaisie et sonate_, en _ut mineur_, a la majesté d'un dieu

Olympien, et l'élégante sensibilité d'une héroïne de Racine. Dans

l'_Adagio en si mineur_, le dieu est plus sombre encore, et prêt à

lancer la foudre; l'âme soupire, parle de la terre, aspire aux

tendresses humaines, et finit par s'endormir dans l'alanguissement de sa

plainte harmonieuse.

* * * * *

Il est des occasions enfin où l'âme de Mozart, s'élevant plus haut

encore, rompt ce dualisme héroïque, et parvient aux régions sublimes et

pacifiées, à la limite desquelles meurt le souffle des passions

humaines. Alors il est l'égal de plus grands; et Beethoven lui-même,

dans ses visions de vieillesse, n'atteint point à des cimes plus

sereines que Mozart transfiguré par la foi.

Le malheur est que ces moments sont rares, et que la foi de Mozart ne

s'exprime que par exception. Et cela, pour sa certitude même. Un homme

comme Beethoven, qui a sans cesse à créer sa foi, en parle constamment.

Mozart est un croyant; sa foi est ferme et paisible, elle ne le

tourmente point, il ne parle pas d'elle; il parle du monde gracieux et

éphémère, qu'il aime et dont il veut être aimé. Mais lorsque la

nécessité du sujet dramatique ouvre son art au sentiment religieux, ou

lorsque les graves soucis, les souffrances, les pressentiments de la fin

prochaine rompent le charme de la vie et ramènent ses regards vers Dieu

seul,--alors Mozart n'est plus Mozart (j'entends celui que le public

connaît, et admire sous ce nom). Il apparaît celui qui fût devenu, si la

mort ne l'eût arrêté en route, l'artiste digne de réaliser le rêve de

Goethe: d'unir l'âme chrétienne à la beauté païenne, d'accomplir, comme

le voulait Beethoven dans sa _Dixième Symphonie_, «la réconciliation du

monde moderne avec le monde antique,--ce que Goethe avait tenté dans son

_Second Faust_[519]».

Dans trois oeuvres surtout, Mozart a exprimé le Divin: dans _le Requiem_,

dans _don Juan_, et dans _la Flûte enchantée_.--_Le Requiem_ respire le

pur sentiment de la foi chrétienne. Mozart y a fait le sacrifice de ses

séductions et de ses grâces mondaines. Il n'a gardé que son coeur, qui se

fait humble, repentant, tremblant, pour parler à Dieu. Un douloureux

effroi et une contrition tendre parcourent l'oeuvre, d'un sentiment

grandiose et convaincu. La mélancolie touchante et l'accent personnel de

certaines phrases font sentir que Mozart pensait à lui-même, quand il

demandait pour d'autres le repos éternel.--Dans les deux autres oeuvres,

le sentiment religieux s'élargit encore; par l'intuition artistique, il

sort des limites étroites d'une foi particulière, pour exprimer

l'essence même de toute foi. Les deux ouvrages se complètent. _Don Juan_

dit le poids de la prédestination, qui s'appesantit sur l'homme esclave

de ses vices et entraîné dans le tourbillon des apparences; la _Flûte

enchantée_ chante l'extase libre et pacifiée des Sages. L'un et l'autre,

par leur simplicité puissante et leur calme beauté, ont un caractère

antique. L'implacable fatalité de _don Juan_ et la sérénité de _la

Flûte_ sont peut-être ce que l'art moderne a produit de plus près de

l'art grec, sans en excepter même les tragédies de Gluck. La sublime

pureté de certaines harmonies de _la Flûte_ plane à des hauteurs où

s'élèvent à peine les mystiques ardeurs des chevaliers du Graal. Ici,

tout est lumière. Rien n'est plus que lumière.

* * * * *

C'est en elle que Mozart s'éteignit, le 5 décembre 1791.--On sait que la

première représentation de _la Flûte_ avait eu lieu le 30 septembre

précédent, et qu'il avait écrit _le Requiem_ dans les deux derniers mois

de sa vie.--Ainsi il commençait à peine à livrer le secret de son être,

au moment où la mort le frappa,--à trente-cinq ans. Ne médisons point de

la mort. Mozart l'appelait sa «meilleure amie»; et c'est à son approche,

sous son souffle fécond, qu'il prit pleinement conscience des puissances

supérieures qu'il tenait captives en lui, et qu'il s'abandonna à elles

dans ses oeuvres les plus hautes: les dernières.--Mais il est juste de se

souvenir qu'à trente-cinq ans, Beethoven n'avait encore écrit ni

l'_Appassionata_, ni _la Symphonie en ut mineur_, et qu'il était bien

loin de concevoir _la Neuvième_ et _la Messe en Ré_.

Tel que la mort nous l'a laissé, interrompu dans son cours, Mozart nous

reste comme une source éternelle de paix. Au milieu du bouleversement de

passions qui, depuis la Révolution, ont soufflé sur tous les arts et

troublé la musique, il est doux de se réfugier parfois dans sa sérénité,

comme au sommet d'un Olympe aux lignes harmonieuses, et de contempler au

loin, dans la plaine, les combats des héros et des dieux de Beethoven et

de Wagner, et la vaste mer du monde aux flots frémissants.

_Suave, mari magno..._

* * * * *

Les articles qui composent ce volume, et qui tous se rattachent à un

sujet commun: l'histoire du théâtre musical, ont paru d'abord,

séparément, dans diverses Revues:

La _Revue d'Histoire et de Critique musicales_ a publié, en juin 1902,

l'introduction: _De la place de la Musique dans l'Histoire générale_

(leçon d'ouverture de l'École de musique, à l'École des Hautes-Études

Sociales);--et en janvier, juin, et octobre 1901, l'étude sur _le

premier Opéra joué à Paris: l'Orfeo de Luigi Rossi_.

La _Revue de Paris_ a publié les articles sur _l'Opéra avant l'Opéra_

(1er février 1904),--_Gluck_ (15 juin 1904),--_Grétry_ (15 mars

1908),--et les deux premières parties des _Notes sur Lully_ (15 février

1908).

Les quatre dernières parties de l'étude sur _Lully_ ont paru dans _le

Mercure musical_ du 15 janvier 1907;--et la _Revue d'Art dramatique_ a

donné, en 1903, le petit portrait de _Mozart_, qui date, en réalité,

d'une dizaine d'années plus tôt.

Supplément musical

[Illustration: Partition

L'Orfeo de Luigi Rossi (1647)

Désespoir d'Orphée

Acte III, scène X et dernière.]

TABLE DES MATIÈRES

INTRODUCTION: De la place de la Musique dans l'Histoire générale 1

L'OPÉRA AVANT L'OPÉRA 19

I. Les _Sacre Rappresentazioni_ de Florence et les _Mai_

de la campagne Toscane 21

II. Les Comédies latines et les représentations à l'antique 32

III. Les Pastorales en musique et Torquato Tasso 41

LE PREMIER OPÉRA JOUÉ A PARIS: L'«ORFEO» DE

LUIGI ROSSI 55

I. Mazarin et la musique 55

II. Les Barberini en France 63

III. Luigi Rossi avant son arrivée en France 69

IV. La représentation d'_Orfeo_ à Paris, et l'opposition

religieuse et politique à l'Opéra 79

V. _L'Orfeo_ 89

VI. Luigi Rossi après _l'Orfeo_ 100

NOTES SUR LULLY 107

I. L'Homme 107

II. Le Musicien 116

III. Le Récitatif de Lully et la déclamation de Racine 143

IV. Éléments hétérogènes de l'opéra de Lully 169

V. Les Symphonies de Lully 181

VI. Grandeur et popularité de l'art de Lully 192

GLUCK 203

GRÉTRY 247

MOZART 273

SUPPLÉMENT MUSICAL

_L'Orfeo_ de Luigi Rossi (1647):--Désespoir d'Orphée. 297

1430-08--Coulommiers. Imp. PAUL BRODARD.--P11-09.

LIBRAIRIE HACHETTE ET Cie

BOULEVARD SAINT-GERMAIN, 79, A PARIS

LES GRANDS ÉCRIVAINS FRANÇAIS

ÉTUDES SUR LA VIE LES OEUVRES ET L'INFLUENCE DES PRINCIPAUX AUTEURS DE

NOTRE LITTÉRATURE

Notre siècle a eu, dès son début, et léguera au siècle prochain un goût

profond pour les recherches historiques. Il s'y est livré avec une

ardeur, une méthode et un succès que les âges antérieurs n'avaient pas

connus. L'histoire du globe et de ses habitants a été refaite en entier;

la pioche de l'archéologue a rendu à la lumière les os des guerriers de

Mycènes et le propre visage de Sésostris. Les ruines expliquées, les

hiéroglyphes traduits ont permis de reconstituer l'existence des

illustres morts, parfois de pénétrer jusque dans leur âme.

Avec une passion plus intense encore, parce qu'elle était mêlée de

tendresse, notre siècle s'est appliqué à faire revivre les grands

écrivains de toutes les littératures, dépositaires du génie des nations,

interprètes de la pensée des peuples. Il n'a pas manqué en France

d'érudits pour s'occuper de cette tâche; on a publié les oeuvres et

débrouillé la biographie de ces hommes fameux que nous chérissons comme

des ancêtres et qui ont contribué, plus même que les princes et les

capitaines, à la formation de la France moderne, pour ne pas dire du

monde moderne.

Car c'est là une de nos gloires, l'oeuvre de la France a été accomplie

moins par les armes que par la pensée, et l'action de notre pays sur le

monde a toujours été indépendante de ses triomphes militaires: on l'a

vue prépondérante aux heures les plus douloureuses de l'histoire

nationale. C'est pourquoi, les maîtres esprits de notre littérature

intéressent non seulement leurs descendants directs, mais encore une

nombreuse postérité européenne éparse au delà des frontières.

Beaucoup d'ouvrages, dont toutes ces raisons justifient du reste la

publication, ont donc été consacrés aux grands écrivains français. Et

cependant ces génies puissants et charmants ont-ils dans le monde la

place qui leur est due? Nullement, et pas même en France.

Nous sommes habitués maintenant à ce que toute chose soit aisée; on a

clarifié les grammaires et les sciences comme on a simplifié les

voyages; l'impossible d'hier est devenu l'usuel d'aujourd'hui. C'est

pourquoi, souvent, les anciens traités de littérature nous rebutent et

les éditions complètes ne nous attirent point: ils conviennent pour les

heures d'étude qui sont rares en dehors des occupations obligatoires,

mais non pour les heures de repos qui sont plus fréquentes. Aussi, les

oeuvres des grands hommes complètes et intactes, immobiles comme des

portraits de famille, vénérées, mais rarement contemplées, restent dans

leur bel alignement sur les hauts rayons des bibliothèques.

On les aime et on les néglige. Ces grands hommes semblent trop

lointains, trop différents, trop savants, trop inaccessibles. L'idée de

l'édition en beaucoup de volumes, des notes qui détourneront le regard,

l'appareil scientifique qui les entoure, peut-être le vague souvenir du

collège, de l'étude classique, du devoir juvénile, oppriment l'esprit;

et l'heure qui s'ouvrait vide s'est déjà enfuie; et l'on s'habitue ainsi

à laisser à part nos vieux auteurs, majestés muettes, sans rechercher

leur conversation familière.

L'objet de la présente collection est de ramener près du foyer ces

grands hommes logés dans des temples qu'on ne visite pas assez, et de

rétablir entre les descendants et les ancêtres l'union d'idées et de

propos qui, seule, peut assurer, malgré les changements que le temps

impose, l'intègre conservation du génie national. On trouvera dans les

volumes en cours de publication des renseignements précis sur la vie,

l'oeuvre et l'influence de chacun des écrivains qui ont marqué dans la

littérature universelle ou qui représentent un côté original de l'esprit

français. Les livres sont courts, le prix en est faible; ils sont ainsi

à la portée de tous. Ils sont conformes, pour le format, le papier et

l'impression, au spécimen que le lecteur a sous les yeux. Ils donnent,

sur les points douteux, le dernier état de la science, et par là ils

peuvent être utiles même aux spécialistes. Enfin une reproduction exacte

d'un portrait authentique permet aux lecteurs de faire, en quelque

manière, la connaissance physique de nos grands écrivains.

En somme, rappeler leur rôle, aujourd'hui mieux connu grâce aux

recherches de l'érudition, fortifier leur action sur le temps présent,

resserrer les liens et ranimer la tendresse qui nous unissent à notre

passé littéraire; par la contemplation de ce passé; donner foi dans

l'avenir et faire taire, s'il est possible, les dolentes voix des

découragés: tel est notre objet principal. Nous croyons aussi que cette

collection aura plusieurs autres avantages. Il est bon que chaque

génération établisse le bilan des richesses qu'elle a trouvées dans

l'héritage des ancêtres, elle apprend ainsi à en faire meilleur usage;

de plus, elle se résume, se dévoile, se fait connaître elle-même par ses

jugements. Utile pour la reconstitution du passé, cette collection le

sera donc peut-être encore pour la connaissance du présent.

J. J. JUSSERAND.

* * * * *

LIBRAIRIE HACHETTE ET Cie

BOULEVARD SAINT-GERMAIN, 79, A PARIS

LES GRANDS ÉCRIVAINS FRANÇAIS

Musiciens d'autrefois · 第 18 / 25 段