Comme peux-tu, fol astrologue,
Trop orgueilleux, superbe et rogue,
Cognoistre la force des cieux,
Leurs mouvemens et influance,
Puisque ta belle suffisance
N'est que d'avoir du sable aux yeux?
Tu ne cognois pas, grosse beste,
Alors que tu lèves la teste
Pour voir les astres si souvent,
Que tu tombes dans une fosse[363].
Dieu! que ta science est bien fausse,
Puis qu'elle te va decevant!
Il convient que je t'accompare
Au trop audacieux Icare,
Qui tresbucha dedans la mer;
Tu verras bien tost que tes aisles
Fondront aux coelestes chandelles,
Et que tu ne peux qu'abysmer.
Tu trompes par ephemerides
Les esprits de sçavoir cupides;
Si le sort est bon ou mauvais,
Tu crois de le pouvoir predire;
Et comme au ciel pourrois-tu lire,
Puisque tu ne le vis jamais?
Tu ne vois ta follie extresme:
Tu ne te cognois pas toy-mesme,
Et tu veux sçavoir le futeur;
C'est une chose imaginée,
Ce qu'on appelle destinée,
Car Dieu de nos maux n'est l'autheur.
Insensé, ne crains-tu la chaisne,
Le tourment, le mal et la peine
De celuy à qui le vautour
Le coeur mange, arrache et desvore?
Puny plus griefvement encore
On te pourra voir quelque jour.
[Note 363: C'est la fable d'Ésope, _l'Astrologue_, reprise,
comme on sait, par La Fontaine, liv. 2, fable 13. «Je sçais
bon gré, dit Montaigne (_Essais_, liv. 2, chap. 12) à la
garse milésienne qui, voyant le philosophe Thalès s'amuser
continuellement à la contemplation de la voulte celeste et
tenir toujours les yeux eslevez contremont, lui mit en son
passage quelque chose à le faire bruncher, pour l'advertir
qu'il seroit temps d'amuser son pensement aux choses qui
estoient dans les nues quand il auroit pourveu à celles qui
estoyent à ses pieds.» Montaigne cite ensuite ce vers que
Cicéron, _De divinat._, liv. 2, chap. 13, dirige contre
Démocrite:
Quod est ante pedes nemo spectat, coeli scrutantur plagas.
D'après une anecdocte que raconte le _Menagiana_ (Collect.
des Ana, t. 1, p. 78), il paroîtroit que ce qui fait le
sujet de ces fables arriva un jour réellement.]
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_Contre un certain bragamasque[364] subject au mal caduc et à la
pince_[365]