Prestres qui vivez sainctement,
Apportez le sainct sacrement,
Auquel nous avons tous refuge,
Et venez chasser Lucifer,
Qui se veut bastir un enfer
Dedans le corps d'un pauvre juge.
Ce demon ennemy des cieux
Luy rend si farouche les yeux
Que de frayeur mon poil s'herisse;
S'il ne plaict à Dieu l'en guerir,
On ne verra jamais tarir
Les gros ruisseaux de l'injustice.
Voyez comme il grince les dents,
Par le demon qui, au dedans
Le bourrellant, faict qu'il se pame!
Il s'allonge et roidit si fort
Que je ne donne point de tort
A ceux qui le jugent sans ame.
Hé! prestres, venez, accourez,
Ce pauvre juge secourez;
Que vostre eau salubre le lave,
Et n'oblyez le pain benit[366],
A celle fin que l'aconit[367]
Ne vienne à naistre de sa bave.
Comme peut-il en ce bas lieu
Estre l'image du grand Dieu,
Ayant en soy le roy des vices?
Il devient demon peu à peu;
On n'esteindra jamais ce feu,
Car il ayme trop les espices[368].
Non, non, prestres, ne venez pas:
En vain vous feriez tant de pas,
Puisque ce demon le possède;
Celuy-là qui s'est destiné
Pour vivre et mourir obstiné
N'a besoing de vostre remède.
[Note 364: Sans doute faut-il lire _braquamasque_, ce qui
seroit alors un dérivé de _braque_, mot qui, surtout dans
le Midi, s'emploie pour _fou_, _insensé_.]
[Note 365: C'est-à-dire au vol. C'étoit le mot en usage,
comme on le sait par ce passage de Marot, dans son _Epitre
au Roy pour avoir esté desrobé_:
Car votre argent, trop debonnaire prince,
Sans point de faute est subject à la _pince_.]
[Note 366: On est encore persuadé dans quelques villes
de province qu'en gardant les morceaux de pain bénit qui
se distribuent le dimanche à l'église, on se donne un
préservatif contre les maléfices. Aussi a-t-on bien soin de
les laisser religieusement moisir dans le fond de quelque
tiroir.]
[Note 367: Cette herbe étoit née, disent les poètes, de la
bave tombée de la triple gueule de Cerbère, quand Hercule
lui étreignit fortement le gosier et l'arracha des enfers.
(Ovide, _Metamorph._, liv. 7; Pline, liv. 27, ch. 3.)]
[Note 368: Sur les épices donnés aux juges pour honoraires,
voir t. 2, p. 179.]
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_Contre le fils d'un apothicaire qui vouloit estre coucu mal-gré la
volonté de tous ses parens et amys._