M.DC.XXIV.

[Note 320: Ce mot de _Pont-Breton_, dont nous n'avons pu

parvenir à trouver l'étymologie, servoit à désigner une

espèce de petites chansons satiriques alors fort à la mode.

L'air sur lequel ces chansons couroient s'étoit d'abord

seul appelé ainsi; par suite la chanson elle-même en avoit

pris le nom. L'on en a la preuve par le _Chansonnier

Maurepas_ (t. 1, p. 383), qui, reproduisant un couplet

contre la princesse de Conti, dit qu'il se chantoit sur

l'air des _Ponts-Bretons_; et par un passage de Tallemant

(édit. in-12, t. 1, p. 113), où certain couplet de Voiture

ayant la même coupe que celui du recueil de Maurepas est

appelé un _Pont-Breton_. Voiture a lui-même attesté la

popularité de ces sortes de chansons: «Nous chantâmes en

chemin, écrit-il au cardinal de La Valette, une infinité

de _sçavans_, de _petits doigts_, de _bons soins_, de

_Pons-Bretons_.» (_Oeuvres_, Paris, 1713, in-8, t. 1, p.

24.) Des chansons satiriques le nom passa aux pasquils

faits dans le même esprit, soit en vers, comme le livret

rarissime qui a pour titre _Les Ponts-Bretons_ (1624, pet.

in-8), soit en prose, comme la pièce reproduite ici; soit

en prose et en vers, comme le petit volume, non moins

rare, vendu à la dernière vente Nodier: _Le Passe-partout

des Ponts-Bretons, corrigé et augmenté de toutes les plus

belles pièces_ (1624). Ce n'est qu'un libelle diffamatoire,

dit Nodier dans une note (_Description raisonnée d'une

jolie collection de livres_, p. 233, nº 586), et nous

comprenons par là, comme par ce que nous savions déjà des

_Ponts-Bretons_, qu'on dût craindre fort de se voir la

proie de leur scandaleuse popularité. C'est ce que redoute

surtout la pauvre Erothée dans sa _Lettre à Néogame_. Cette

dernière pièce est de 1624, comme celle que nous donnons

ici, comme presque toutes les autres où figurent les

Ponts-Bretons. Ce fut, à ce qu'il paroît, l'époque de leur

grande vogue. Dix ans après, elle avoit tout à fait cessé

et l'on n'en parloit plus que comme d'une chose surannée.

Nous lisons dans _Le Doux entretien des bonnes compagnies_

(_Paris_, Guignard, 1634, in-12), chanson 14e, _Le Caquet

des femmes_:

Les _Ponts-Bretons_ charmèrent

Autrefois nos esprits,

Les _petits doigts_ gaignèrent

Bientôt après le prix:

Mais maintenant on les blasme

De n'être pas curieux.

Quand les femmes sont ensemble,

Leur caquet vaut beaucoup mieux.]

* * * * *

_L'Autheur aux Clercs du Palais._

Compaignons, le sommeil me causa l'autre jour une certaine vision

nocturne. Je n'ay voulu manquer vous en faire part; non pas que le

subject soit digne de vos merites, mais à cause qu'il est risible.

Vous y trouverez beaucoup de fautes; je vous prie que ce ne soit

sans la consideration que je me suis fort peu mis en peine de

parvenir au doctorat.

Si quelques uns de vous y remarquent leurs maistres, vous pourrez

d'autant plus juger si les histoires sont veritables ou fabuleuses.

Vous pouvez croire que, si j'eusse eu quelque partie d'eloquence,

ma plume ne se seroit espargnée à berner les messieurs desquels je

traicte (car il est bien certain que leurs actions le meritent).

J'estime que vos bontez suppléeront le defaut de cela aussi bien que

mon incapacité, et que vous ne regarderez ce PONT-BRETON de mauvais

oeil, puisqu'il vous est adressé de la part de celuy qui s'efforcera

de vous tesmoigner en toutes occurences qu'il est

Vostre plus affectionné confrère, D. T.

* * * * *

_Le Pont-Breton des Procureurs, dedié aux Clercs du Palais._

Desjà les tenèbres descendoient le grand galop des montagnes, et

desjà ma plume s'alentissoit si fort que le cageoleur babil d'un

procureur, dictant à un sien copiste, m'estoit très ennuyeux[321].

Lors, me soustrayant un peu de l'obeissance deue, je me desrobay de

l'estude, non sans faire imaginer à ce procureur, qui estoit ravy

en des enthousiasmes de practique, que je luy desrobois une partie

du pain que sa liberalité m'avoit eslargy ce jour-là. Je ne fus pas

si tost à la halle aux draps que l'un des ministres de Morphée,

captivant mon esprit dans la corbeille de mensonge, le pourmena

en une multitude d'actions procuratoires, et luy fit voir tant de

merveilles que le temps de la descrire me defaudroit plustost que

la matière. Toutesfois je vous feray participant de celles qui se

sont peu arrester dans les cellules de ma cervelle (quoy que mal

timbrée), afin de faire voir à la posterité clerique que je ne suis

moins affectionné vers mes confrères que justement irrité contre les

actions odieuses de ces attrape-minons[322].

[Note 321: On sait que Boileau-Puimorin, frère de

Despréaux, lorsqu'il étoit chez le greffier leur

beau-frère, savoit se soustraire à l'ennui de ces dictées

nocturnes et se donner le moyen de dormir entre les lignes:

«M. Dangois, étant obligé de passer la nuit à dresser le

dispositif d'un arrêt, le dictoit à M. Puimorin, et M.

Puimorin écrivoit si promptement que M. Dongois étoit

étonné que ce jeune homme eût tant de dispositions pour la

pratique. Après avoir dicté pendant deux heures, il voulut

lire l'arrêt, et trouva que le jeune Puimorin n'avoit écrit

que le dernier mot de chaque phrase.» (_Note de Racine le

fils_ sur la lettre de son père à Boileau du 6 août 1693.)]

[Note 322: C'est-à-dire assez fins et rusés pour attraper

un chat, un _minon_.]

Ainsi donc, ce fantasque dieutelet ayant troussé mon esprit leger

sur ses espaules, je luy fis faire diverses virevoustes[323], non

sans l'egayer beaucoup en des considerations capables de faire

dillater, à force de rire, les poulmons d'un Desmocrite. Je ne me

souviens pas de quel costé le vent estoit viré, mais je puis bien

asseurer que la première pose fut en une rue abboutissant en la rue

Sainct-Martin, qui est la penultiesme d'auprès Sainct-Nicolas[324],

où je remarquay une admirable querelle entre le maistre et le clerc:

et quoy qu'elle proceda de fort peu de chose, le superieur s'efforça

à faire jouer les ressorts du poignet au maniement de M. Martin

Baston[325]; mais le mal fut pour luy que l'inferieur, renforcé en

une resolution provoquée diverses fois par la prise d'une medecine

bachique, se rendit possesseur de ce M. Martin, laquelle possession

luy ayant accreu le courage, il fit voir que son adversaire en avoit

plus que de force, et de presomption que d'effect. Il est vray

qu'il ne fut pas si vilainement accoustré que le satyre Marsias par

Apollon: aussi la contestation n'estoit-elle survenue pour le jeu des

flustes, puisque cela procedoit de la mauvaise opinion d'un cocuage.

Toutesfois, je vous asseure (s'il n'y a point d'erreur en mon calcul)

que jamais vilain ne fut si delicatement epousté. La rencontre me

fut grande en ce logis, car cette action ne fut pas si tost close

par la sortie de l'epousteur, qu'un incident relevé en bosse par

le merite du subject parut, procedant de la reception faicte par

la procureuse de quatre testons envoyez pour une presentation; ce

qui fascha tellement monsieur, qui avoit l'imagination grandement

preoccupée de l'asseurance de les toucher, que, s'en voyant descheu,

il se constitua en une alteration autant approchée de sa raison

ordinaire, que son anxieté estoit extravaguante: d'où vint qu'il ne

peut pas retenir la bonde d'un tonneau d'injures qui scandalisèrent

fort la procureuse, non pas sans reverberation. De là je retrograday,

car j'avois passé pardevant la _Croix de fer_[326]. Estant en cet

endroit, j'apperceu une certaine lumière; et quoy que j'apprehende

fort les ardants[327], je ne laissay de m'en approcher. Ce qui

m'esmeut à la charité fut la cruauté barbaresque d'un, lequel, estant

bien Fourré[328], ressembloit la damoiselle qui, après s'estre bien

chauffée, n'avoit plus froid. C'estoit au temps (je m'en souviens)

que le soleil estoit au signe d'Aquarius: et encor que l'on die

que nos esprits sont impassibles, et par consequent qu'ils ne sont

susceptibles au froid, je ne laissay d'en sentir quelque chose, d'où

j'inferay que les pauvres clercs (que je puis appeler souffrans)

n'en estoient pas exempts. Je penetray plus avant en l'humeur de ce

venerable Fouré (que l'on dit n'estre chicaneur) par le moyen d'une

riotte[329] qui se passa entre luy et son maistre clerc, fondée sur

l'obmission de bailler un defaut à juger à poinct nommé, ce qui n'est

rien à comparaison des frequentes clabauderies du personnage, que

je laissay continuer en ses fantasques discours, qui m'estourdirent

beaucoup plus que ne fit l'autre jour un concert querelleux d'une

grande partie des harangères des halles. Je continuay mon chemin,

qui hazardeusement se rencontra en une rue où le noir manteau de

l'obscurité ne peut estre si dominant que je n'apperçusse quantité

de testes portant bois. Il me souvint d'Acteon, mais je m'y arrestay

particulierement, car je sçavois bien que je ne cognois rien en

l'arithmetique, et neantmoins il en estoit besoing, d'autant que

le nombre des poinctes esgalloient quasi celles des picques d'un

bataillon carré. J'en laisse la decision à ceux qui en sçavent les

particularitez, ou qui prendront la peine de les considerer de

jour, pour dire qu'en ceste mesme rue deux certains[330] persistent

en leurs habits; et si l'un d'eux a une mulle qui est souvent

couverte d'un mullet[331], cela n'empesche pas la froideur de leurs

cuisines, car l'on tient pour très constant que leurs clercs n'ont

les estomachs offensez par la quantité des viandes qui leur sont

presentées, et si je me suis laissé dire que la qualité d'icelles est

fort cheftive; et toutesfois (selon mon jugement) cela n'est rien au

prix de la prodigalité de deux autres, lesquels, comme ils sont d'une

mesme reception, sont aussi demeurans en une mesme rue aboutissante

en la rue Saincte-Avoye (n'estoit que j'ay peu de papier, je

cotterois les autres tenans); ils ne rougissent point d'enfermer

la pluspart du temps le pain gaigné à la sueur des visages pendant

qu'ils se farcissent abondamment le ventre de viandes delicates.

Il vaudroit bien mieux pour l'un d'eux d'espier les menées qui se

passent en sa maison, qui le touchent bien près du chef. O malheur!

faut-il qu'il y ait des hommes si aveuglez qu'ils ne puissent voir

les blesseures les plus mortelles! Y a-il partie plus susceptible

du danger de la mort que la teste? et neantmoins ils n'y prennent

pas garde, et font la sourde oreille comme cestuy-cy. Je ne sçay pas

s'il a leu l'unziesme fable du second livre des Metamorphoses, où il

est fait mention que le corbeau descouvrit à Phoebus qu'il avoit veu

Coronis couchée avec un jeune homme de Thessalye, pour raison de quoy

il banda son arc et atteignit la poictrine de cette pauvre Coronis

d'une flesche inevitable, poitrine qu'il avoit si souvent joincte

à la sienne. Mais, pauvre corbeau! quel salaire receus-tu pour la

juste divulgation de ce forfait, sinon que ta couleur, auparavant

blanche, fut muée en une lugubre qui ne nous represente autre chose

que la tristesse? La punition de nostre procureur ne fut pas beaucoup

dissemblable, car il donna congé au revelateur de la chasteté de sa

femme. Ainsi il n'y eut point mutation de couleur, mais d'habitation.

Je ne reprendray pas Phoebus de son action, car il n'est pas bien de

reprendre les dieux; mais celle-cy ayant esté commise par un homme

mortel, je diray, quand on devroit m'appeler audacieux et temeraire,

qu'il ne fait pas bien et qu'il ne meritoit pas d'avoir un clerc si

fidelle. La commiseration que j'ay de l'infortune non meritée de ce

pauvre jeune homme (si vous appellez infortune d'avoir les dents

un peu longues durant deux ou trois mois qu'il fut bourgeois) me

fait bondir le cerveau. L'apprehension que j'ay que les larmes ne

mouillent mon papier me fait passer à la consideration des actions

enragées, voire endiablées, d'un demeurant près Saincte-Opportune; et

quoy qu'il soit bien haut de taille, si est-ce qu'elles le surpassent

de la hauteur d'une pyramide. Je brisay à main gauche, assez près de

la rue Mauvaise parolle[332], où j'aperceus la sordidité d'un qui est

reputé avoir autant de finance en bourse que le duc de Bar. Je voyois

certains buffets et coffres qui n'estoient pas moins remplis de

pistolles, ce qui fut cause que je vous y souhaitois, ô compagnons!

mais il falloit que ce fût corporellement (car nos esprits ne peuvent

pas transferer les finances), et vos corps estoient enveloppez dans

les doux linceuls du sommeil. Je jure que je vous eusse fait une

exhortation larronnesque, en quoy n'y eût point eu de peché si le

proverbe est veritable: Tous biens sont communs; il n'y a que moyen

de les avoir. Et si d'avanture vous eussiez fait les scrupuleux,

encor que je ne sois incube[333], vos pouvoirs ne m'eussent empesché

l'emprunt d'un de vos corps. Or, ne pouvant faire autre chose que

de contenter ma fantasie, je tournay la veue d'un autre costé, et,

voyant quelques autres coffres, j'estois desjà ravy d'estonnement,

croyant que par le dedans ils ressemblassent les autres. Cela fit

que je m'escriay: O! que de richesses! elles surpassent celles de

la Bastille[334]. Mais je fus deschu de ma croyance; car, au lieu

de ce precieux metal, je n'y apperceus que des haillons rapiecetez

diverses fois: en sorte que ceux qui comme moy les ont veuz peuvent

asseurer affirmativement qu'en cela le maistre est aussi peu superflu

que prodigue en la despense de l'achapt des meubles persiens qui se

remarquent en ce venerable logis. En suitte, mon chemin s'adressa

vers Sainct-Eustache, chez un qui est accreu en biens sans faire

tort à personne; et neantmoins il est rentré en quelque espèce de

modestie; car, au lieu qu'il souloit porter la calotte de satin, il

ne porte plus que celle de taffetas, ce que j'estime beaucoup: car

les hommes de nostre siècle se portent fort peu au rabais de leur

estat quand leurs biens augmentent; mais j'appris qu'il est tant

soit peu chicaneur. Baste! puis qu'il traicte bien ses clercs. Je

n'eus pas si tost la consideration vague qu'elle fut remplie. Ce

fut assez près de la Monnoye, où l'on me voulut faire croire qu'il

y en avoit de la cornardise. Je ne le voulois pas, mais cela me fut

asseuré, voire quasi prouvé par des conjectures, indices et preuves

si manifestes, mesme particularisé par des entrevues de la femelle et

d'un certain moyenneur[335] de faveur et praticque, que ma croyance

fut contraincte de changer au desavantage du procureur, non pas sans

m'estonner de son exhuberance, parce qu'elle diffère beaucoup des

humeurs farouches et discourtoises de quantité d'autres hommes qui

ne considèrent pas que la simplicité est la mère d'innocence, et

que Jean est un beau nom[336]. Je tiray à droicte file par dessus

le Pont-Neuf et continuay vers la rue Dauphine, où j'appris qu'il y

avoit eu querelle entre le maistre, la maistresse et la chambrière,

pour raison du vol domestique par elle commis, en ce que l'on

pretendoit qu'elle avoit tiré un demy-septier de vin au clerc, outre

son ordinaire: «Comment, larronnesse (dit la procureuse), avez-vous

esté si hardie de nous voller de la façon? Ce n'est pas d'aujourd'huy

que vous usez de ces tours là; vous en faictes bien d'autres! Je

m'en estois bien apperceue, et neantmoins, pour esprouver vostre

fidelité, je vous ay commise ce soir pour tirer du vin, et vous me

volez, meschante et malheureuse que vous estes! Je vous feray bailler

le fouet. Sus, qu'on m'aille querir un commissaire pour faire punir

cette galande, afin de luy apprendre et à ses semblables à voller

leurs maistres. Vertu de ma foy, coquine! je vous baille de bons

gages, voire mesme plus que vous ne gaignez; outre cela, les clercs

de mon mary vous donnent plus d'un escu par mois (du moins c'est

mon intention)[337], et neantmoins vous ne sçauriez vous empescher

d'un larcin punissable. Allez, gueuse, quand il m'en devroit couster

cinquante escus, je vous feray pourrir en une prison.» La servante,

toute esperdue par le moyen de la crainte de ces espouvantables

menaces, eut de l'astuce parmy sa simplicité, quoy qu'elle fût saisie

d'apprehension et d'estonnement. «Madame, dit-elle, vous baillez

au maistre clerc chopine à dîner et chopine à souper. Aujourd'huy

vous avez vous-mesme tiré chopine pour son dîner dans le pot de

trois demy-septiers, lequel ayant negligé de transferer en un autre

vaisseau, j'ay tiré dessus. Vous trouvez ce pot plain; vous n'en

sçauriez inferer autre chose sinon que j'ay accomply fidellement

la charge que vous m'avez donnée. Pensez-vous, Madame, que je sois

telle que vous dictes? J'aymerois mieux estre morte. On me cognoist

bien: je suis aussi femme de bien que vous; je n'ay jamais affronté

personne. Puisque vous me jugez de cette qualité, je suis preste

de m'en aller, en me payant.--O la meschante femme! repliqua la

procureuse, voyez comme elle pallie son larcin, pensant m'arracher de

la fantaisie la croyance de la verité! Ouy, ouy, tu t'en iras; mais

ce ne sera pas sans payer une sallière d'etain pesante demy-livre,

deux serviettes et un torchon, que tu m'as laissé prendre ou que tu

m'as toy-mesme vollé.» Sur ces discours qui se tenoient en une salle

haute, voicy arriver le procureur, venant de son estude, lequel

avoit le ventre creux comme un tabourin. Il demandoit à soupper,

non pas sans subject, car il avoit fait un dîner de fort peu de

consequence. La procureuse n'eut pas la patience de le laisser entrer

pour luy dire: «Monsieur, voylà une cagnarde[338] qui nous volle;

elle a mesme ce soir tiré un demy-septier de vin à vostre maistre

clerc. Pour moy, je ne suis pas resolue de l'endurer.--Aussi ne

l'entens-je pas», respondit le procureur. S'adressant à la tireuse

de vin, qui trembloit comme la feuille: «Escoutez, dit-il, ma mie,

cela n'est pas beau de voller son maistre; du petit l'on vient au

grand. Ignorez-vous qu'il y a eu des serviteurs domestiques pendus

pour cinq sols? J'ay leu l'Escriture saincte, ou j'ay veu qu'il s'est

manqué peu qu'un homme n'ayt esté damné pour un denier, et vous

me prenez un demy-septier de mon vin, qui revient à près de trois

sols la pinte rendu ceans! Remerciez bien Dieu que je ne suis point

homme vindicatif, et l'heure qu'il est, car sans cela je vous ferois

emprisonner.» La servante vouloit repliquer, lorsque la procureuse

luy ferma bouche, disant: «Tais-toy, effrontée! Mort de ma vie! je ne

sçay qui me tient que je ne t'assomme.» La parole du maistre donna

trefve à cette querelle. Je ne sçay si ce fut à cause que la creusité

de son cerveau ne pouvoit endurer de bruit, lequel, estant remply,

il fut en son estude exprès pour faire une reprimande à ce maistre

clerc; et, n'eust esté qu'il est bon cheval de trompette, il l'eust

mis au fond de ses chausses. «Vrayement, dit-il, il fait beau voir

que vous suborniez ma servante pour vous faire tirer du vin! N'en

avés-vous pas assez d'une chopine que je vous donne à chaque repas?

Il y a beaucoup de procureurs qui n'en donnent pas tant à leurs

clercs.» De quoy ce clerc ne fit pas grand compte, ains se contenta

de faire une response convenable au merite de l'action; et quoy qu'il

fût à propos de parler de la manière en laquelle on estoit traicté

chez luy, neantmoins il se retint, encor qu'il soit intollerable de

se veoir bailler quasi tous les jours du vent à guise de viande, du

vin mixtionné d'eau, des draps estre trois mois en un lict, et le

reste s'accomoder en sorte qu'il n'y a pas un de sa vacquation chez

qui on soit bien accommodé[339]. Cette retenue ne l'a neantmoins

empesché de s'efforcer de le decrier à l'un d'une façon, l'autre

d'une autre, sans pouvoir dire pourquoy ny fonder sa malignité sur

autre chose que sur un simple mescontentement non causé. Il est vray

qu'autrement il s'esloigneroit de l'influence quasi particulière à

ceux de son pays, en quoy toutesfois sa gloire et sa presomption le

rendent tant soit peu excusable.

[Note 323: Volte-face.]

[Note 324: C'est, par conséquent, la rue Jean-Robert.]

[Note 325: C'est dans Rabelais (liv. 3, ch. 4) que nous

trouvons pour la première fois cette expression, si bien

reprise par La Fontaine, liv. 4, fable 5.]

[Note 326: La _Croix de fer_ étoit un cabaret situé rue

Saint-Denis, près de Saint-Leu. On peut lire dans les

poésies de Colletet un sonnet _sur un dîner à la Croix

de fer_, et consulter aussi les _poésies_ de Jean de

Schelandre. Il ne faut pas confondre cette maison avec

celle qui avoit la même enseigne rue de La Harpe, et

derrière laquelle se trouvoient les restes des Thermes de

Julien.]

[Note 327: Les chandelles. Mot du dictionnaire des

Précieuses: «Inutile, ostez le superflu de l'_ardent_.»

C'est ainsi, selon Somaize, qu'on disoit: «Laquais, mouchez

la chandelle.» Par une rencontre singulière, le même mot se

retrouve avec le même sens dans une autre langue factice,

mais d'une autre espèce, dans l'argot. (Francisque Michel,

_Etudes de philologie comparée sur l'argot_, p. 15.)]

[Note 328: Jeu de mots sur le nom d'un procureur de ce

temps-là.]

[Note 329: Dispute.]

[Note 330: Dans le sens de _quidam_.]

[Note 331: C'est-à-dire quoique ces procureurs aient chacun

une mule qu'ils montent souvent, ce qui, pour les gens de

cette sorte, est une marque d'opulence, ils ne laissent pas

de traiter chichement leurs clercs.]

[Note 332: Cette rue, qui aboutissoit à celle des

Bourdonnais, a disparu dans ces derniers temps. Elle devoit

son nom sans doute aux lavandières, qui affluoient dans

ce quartier, et desquelles l'une des rues voisines tient

sa dénomination. Les procureurs qui logeoient rue des

_Mauvaises-Paroles_ n'étoient pas pour la faire débaptiser,

et je croirois presque que son premier nom de rue de

_Mauvais-Conseil_ venoit d'eux.]

[Note 333: «Démon qu'on s'imagine venir coucher avec les

femmes et en abuser.» (_Dict. de Trévoux._)]

[Note 334: Le trésor, qui avoit été long-temps au Temple,

puis au Louvre, puis dans une des tours du Palais, étoit à

la Bastille au temps de Henri IV et de Louis XIII. Quand

le premier mourut, il avoit «quinze millions huit cent

soixante et dix mille livres d'argent comptant dans les

chambres voûtées, coffres et caques estant en la Bastille,

outre dix millions qu'on en avoit tirez pour bailler au

trésorier de l'espargne.» (_Mémoires_ de Sully, 4e part.,

ch. 51.) Cet argent ne dura guère: V. notre édition des

_Caquets de l'Accouchée_, p. 54, note. La richesse du

trésor de la Bastille n'en resta pas moins proverbiale,

comme on le voit ici, et comme le prouve ce passage de la

13e satire de Regnier (vers 259):

Prenez-moi ces abbez, ces fils de financiers,

Dont, depuis cinquante ans, les pères usuriers,

Volant à toutes mains, ont mis en leur famille

_Plus d'argent que le roi n'en a dans la Bastille_.]

[Note 335: Vieux mot qui se disoit pour entremetteur.

«Le connestable de Saint-Pol, dit Commynes (liv. 3, ch.

8), vouloit toujours estre _moyenneur_ de ce mariage.»

Chapelain l'emploie aussi dans son excellente traduction de

_Guzman d'Alpharache_ (2e partie, liv. 3): «Sa bonne amie,

la _moyenneuse_ de leurs plaisirs secrets.»]

[Note 336: On sait dans quel sens il se prend toujours.

Aussi Mme Des Houlières a-t-elle écrit:

Jean, que dire de Jean? C'est un terrible nom,

Que jamais n'accompagne une épithète honnête.]

[Note 337: Les chambrières se plaignoient souvent du peu de

libéralité des clercs, témoin celle qu'on fait parler dans

les couplets suivants:

Aussi bien n'ai-je aucun profit,

Si ce n'est des savattes;

Nostre maistre clerc est si vilain!

Fariron lanla, fariron lan lein.

Nostre maistre clerc est si vilain!

Aga, ma pauvre fille!

Il ne m'a encor rien donné,

Fariron, etc.

Il ne m'a encor rien donné,

Et si je le décrotte

Et lui empèze ses rabats.

Fariron, etc.

(_Le Doux entretien des bonnes compagnies_, 1634,

chanson 57.)]

[Note 338: Ou _caignarde_, qui signifie _chienne_ en argot.

On disoit aussi _caigne_: «Passez, passez, ordes _caignes_

que vous estes.» (_Les cent Nouvelles nouvelles_, 28e

nouv.)]

[Note 339: Le sort des clercs de procureur, chez leur

patron, ne s'étoit pas amélioré à la fin du XVIIIe siècle.

Collin d'Harleville, qui en avoit pâti, en a fait la

description piteuse et sommaire dans cette pièce monorime

qu'il intitule: _la Bonne Journée_, et à la suite de

laquelle il écrivit en note: «Cette petite folie est à peu

près le seul fruit que j'aie retiré de quatre à cinq ans de

cléricature:

Un pauvre clerc du Parlement,

Arraché du lit brusquement

Comme il dormoit profondément,

Gagne l'étude tristement,

Y griffonne un appointement

Qu'il ose interrompre un moment

Pour déjeuner sommairement.

En revanche, écrit longuement,

Dîne à trois heures sobrement,

Sort au dessert discrètement,

Reprend la plume promptement

Jusqu'à dix heures... seulement.

Lors va souper légèrement;

Puis au sixième lestement

Grimpe, et se couche froidement

Dans un lit fait Dieu sait comment!

Dort, et n'est heureux qu'en dormant...

Ah! pauvre clerc du Parlement!]

Mais, a ce que je voy compagnons, ma prolixité vous est ennuyeuse;

vous en avez du subjet; aussi vous promets-je, pourveu que vous

vouliez me donner encor tant soit peu d'audience, une livre de

dragées à distribuer entre vous au sol la livre à la prochaine foire

Sainct-Germain.

La rue Sainct-André n'est pas beaucoup esloignée du lieu duquel je

viens de parler. J'y remarquay quatre personnages abondamment humbles

pour leurs conditions; l'on les void souvent rabrouer un pauvre clerc

à double carillon et l'expedier à leur fantaisie, sans considerer que

son maistre ne prend leurs bricolles en payement. Leur malice est

bien affectée, s'ils se souviennent d'un distique qui se remarque

dans le cimetière Sainct-Innocent en ces termes:

Nous avons esté comme vous,

Et serez aussi comme nous[340].

[Note 340: Ces deux vers se lisoient sans doute sur

une tombe, ou bien peut-être faisoient-ils partie de

l'inscription qui se trouvoit au dessus de la voûte

construite par Nicolas Flamel du côté de la rue de la

Lingerie, et dont les dernières traces disparurent lors

de la démolition des charniers, en 1786. (G. Peignot,

_Recherches sur les Danses des morts_, p. 85.)]

Ils en peuvent bien dire autant; mais ils n'ont garde, car cet

abaissement seroit trop vil pour des personnes qui sont vallets des

parties. Leur vanité n'empeschera pas ma muse de le repeter d'une

autre façon au mesme sens:

Comme nous vous avez estez,

Et comme vous vous nous verrez.

Encor avons-nous cet advantage sur eux qu'ils ne peuvent pas estre

ce que nous sommes, et nous pouvons estre ce qu'ils sont, tellement

que nous avons plus de faculté qu'eux.

L'humeur fantastique d'un autre, demeurant près les Cordeliers,

n'est pas moins semblable, car il s'est porté à frapper un clerc

faisant les requestes, parce qu'il poursuivoit un huissier de faire

voir la fin de ses chicaneries touchant la reddition d'un procez;

mais le compère ne fut si mal advisé qu'il ne luy rendît une febve

pour un poix. A ce propos, je supplie vos jugemens très solides,

ô compagnons! de considerer si ce procureur avoit bonne grace. Ce

clerc representoit son maistre et ne demandoit que la justice, et

neantmoins, dans le lieu le plus sacré sainct de cette Astrée[341],

dans la salle du plus auguste Parlement, il ne peut pas retenir sa

main, tant sa passion fut dereglée et remplie d'erreur. Pour moy,

je suis d'advis qu'il ne faisoit pas bien. Je ferois tort à la

reputation d'un demeurant rue de La Harpe si je disois qu'il ne void

pas mieux des despens qu'un autre, et neantmoins il sçait si bien

charlater[342], que souvent il faict croire à de jeunes barbes qu'il

a bien rencontré. C'est un bon violon[343], vrayement. Il est venu à

Paris avec des sabots, et son fils porte tous les jours le manteau

doublé de panne. Passant de là en la rue des Anglois, l'on me fit

recit qu'un demeurant bien près de la rue du Plastre bricolle d'un

costé et sa femme de l'autre. Que l'on en die ce que l'on voudra,

ce ne sont qu'actions semblables; ils sont à deux de jeu, et sont

quasi tousjours cartes esgalles. Je m'asseure que vous autres ne

monstrerez aucune action envieuse de l'heur de ces deux personnages;

et pourquoy, puisqu'ils vivent contents? Leur consideration est bien

fondée, car il n'y a rien au monde qui contente plus l'homme que

la nouveauté. Je fus transporté en la rue des Trois-Portes[344],

où je cogneu qu'un procureur veut louer le devant de sa maison

à une bordeliste, sans toutesfois en vouloir souffrir l'entrée.

Cela n'est pas raisonnable, car toutes conventions doivent estre

observées s'il n'y a lettres fondées sur la minorité, la force ou

la lezion: encor faut-il qu'elles soient entherinées; mais rien de

tout cela ne se rencontre en la personne de ce procureur, car il est

autant capable de contracter que d'avoir beaucoup de practique; et

neantmoins l'on dit qu'il n'a pas le moyen de nourrir un clerc. La

rue Sainct-Jean-de-Beauvais est du mesme quartier, au bout d'embas

de laquelle demeure un certain qui n'est cocu qu'à demy. Il y a peu

qu'il fut autheur d'un dialogue d'entre luy et un certain clerc qui

demandoit le sien. Il commença l'exorde de son discours par ces

motifs choisis: «Mon amy, pourquoy venez-vous desbaucher mon clerc?»

Il eust continué sans l'interruption de celuy auquel il s'adressoit,

qui n'est pas grue. «Monsieur, dict-il, j'ay affaire à vostre clerc,

et pretends fort peu de le desbaucher; mon intention est esloignée

de cette action, que je sçay estre desagreable à vous autres,

messieurs.» A quoy ce venerable cagot repliqua: «Vous ne sçauriez

m'oster cela de la fantaisie, vous estes tous des desbauchez. Sans

mentir, dict-il, adressant sa parole à une de ses parties, la

jeunesse est bien corrompue. Aussi ne sçaurions-nous plus tirer de

service de nos clercs. Je vois bien que celuy-cy a esté de la societé

du cordon rouge[345].--Monsieur, respondit le clerc, vous m'excuserez

si je vous dicts que vous me prenez pour un autre; l'affaire pour

laquelle je viens est fort pressée (à la verité c'estoit pour une

assignation de gueule).» Nonobstant ceste remontrance, la promptitude

l'emporta à dire: «Mon amy, vous le verrez demain au Palais si bon

vous semble; il a affaire pour le present, et quoy que vous ayez peu

à luy dire, cela ne laisserait de le destourner de mes affaires.

Bon souhait et bonne santé.--Grand mercy, Monsieur, dit le clerc;

vostre courtoisie m'oblige beaucoup; elle m'obligeroit davantage

si elle permettoit que mon desir reussist, ce que je ne desirerois

toutesfois, puisque l'abondance de vos affaires ne le permet, sur

lesquelles je n'ay que voir; mais je ne laisseray de dire, avec

vostre permission, que naguères vous luy faisiez coppier des bulles

de nostre sainct-père pour gaigner les pardons à Pasques, et ce à

faute d'autre besongne. Ne faictes point tant l'empesché.» Ce clerc,

ainsi esconduit, sortit à l'instant de ce cornard logis, non pas sans

barbotter diverses imprecations contre ce tyran clerc en ces termes:

«Ah! faut-il qu'un homme de si peu de merite soit procureur! Ah!

faut-il qu'un mesprizeur de gens de bien se voye eslevé par dessus

eux! Ah! que l'influence qui a causé cet effect estoit mauvaise!

A la mienne volonté que j'eusse la super-intendance de la justice

pour quelque temps! je ferois de belles ordonnances, et commencerois

par la deposition de beaucoup de ces ignares qui ne sçavent guère

par delà la facture d'un defaut simple. Je me trompe tant soit peu,

car aucuns d'eux taschent de faire une production lorsqu'il y a

un advertissement; encore est-ce fort peu, car l'urgence de leurs

grandes et importantes affaires cause qu'ils imittent la cour, car

ils en font renvoy, non pas aux enquestes, mais à leurs clercs.»

[Note 341: Astrée est mise là pour Thémis, avec laquelle on

la confondoit souvent. Elle étoit déesse de la justice au

siècle d'or, Thémis ne l'a été qu'au siècle de fer.]

[Note 342: De l'italien _ciarlare_, bavarder. Nous ne

connoissons pas d'autre exemple de ce verbe _charlater_,

dont le mot _charlatan_, qui est si bien resté, est tout

simplement le participe. Il a formé lui-même le verbe

_charlataner_, qui se trouve dans le _Dictionnaire des

trois langues_ d'Oudin, et que Mercier tenta de rajeunir,

mais qui pourtant ne vaut pas l'autre.]

[Note 343: Sur ce mot, dans ce sens, V. Fr. Michel, _Etudes

de philologie sur l'argot_, p. 430.]

[Note 344: La rue des Trois-Portes, de même que celles

du Plâtre et des Anglois, dont il vient d'être parlé,

est voisine de la place Maubert; elle y aboutit même.

C'est chez un des procureurs, alors assez nombreux, de ce

quartier, que Voltaire fut quelque temps clerc en 1714.

Il se nommoit maître Alain; il avoit son étude, non pas

rue Perdue, comme l'ont dit l'abbé Duvernet et Lepan, mais

_près les degrés de la place Maubert_, dans cette partie

de la place qui va de la rue de la Bûcherie à la rue

Galande, et qui s'appeloit alors rue Pavée-Saint-Bernard.

C'est Voltaire qui nous donne lui-même cette adresse dans

ses lettres à Mlle Dunoyer du 20 janvier et du 10 février

1714. Thiriot étoit clerc dans la même étude; c'est là que

Voltaire se lia d'amitié avec lui.]

[Note 345: Tout bon ivrogne étoit de la _société du Cordon

rouge_, tout fin gourmand de la _société du Cordon bleu_.

On devine par là d'où vient le nom donné encore aux habiles

cuisinières.]

En la mesme rue demeurent quatre autres personnages de mesme qualité,

qui sont aussi remarquables pour les cornes que ceux de la rue

Quinquempoix[346]. Il est vray que l'un d'eux se recompense d'un

autre costé, car, par artifice et contre le gré de sa femme, il

faict en sorte d'avoir de belles servantes, ce qui n'est pas tant

reprehensible qu'une sienne action toute recente envers l'un de ses

clercs. Je croy qu'elle luy fut inspirée par les furies infernales,

car, ayant faict trelantantan avec une certaine brunette, sa malice

affectée donna ordre que le pauvre clerc mist aussi fremin dans

le bissac, d'où s'ensuit la perfection d'une petite creaturette,

laquelle, venue avant terme à compter du jour que le niais avoit

esté leurré, l'on le fait constituer prisonnier, supposant contre

verité qu'il avoit fait ce dont il n'avoit peut estre fait qu'une

oreille[347], tellement qu'estant janne, il a fallu cracher au

bassin[348], et par ce moyen descharger monsieur le procureur en

son honneur et en ses biens. Or, compagnons, dictes-moy ce que vous

eussiez faict en cette rencontre. Vous avez du subject de vous faire

remarquer estonnez; pour moy, si on m'en avoit fait autant, j'en

aurois la raison ou je mourrois en la peine. Aussi ceste meschanceté

m'est-elle si odieuse que, si je continuois sur ce subject le fil

de mon discours, je m'asseure que j'entrerois en une invective

qui pourroit me causer une opilation de ratte. Pour esviter cet

inconvenient, continueray de cheminer en la mesme rue, où je fus

spectateur des actions de deux procureurs et de leurs femmes, qui

jouent au change à qui mieux mieux. Ce qui faict remarquer cela

plus drolle est la jalousie de l'une. Qu'elle le dissimule tant

qu'elle voudra, pour me l'oster de la fantaisie, il faudroit qu'elle

s'abstînt d'espionner si souvent, sur le pas de sa porte, les allées

et venues de son mary. Toutesfois ce n'est pas sans raison car c'est

grand pitié de frustrer une pauvre femme de son ordinaire. Je le juge

par moy-mesme, en ce que, quand je ne trouve rien à disner chez mon

maistre, cela me fasche fort.

[Note 346: Il paroît décidément que cette pauvre rue

Quincampoix avoit les maris trompés en partage. Tallemant,

ayant eu à la nommer dans son _historiette_ de Scudéry,

met en note: «On l'appelle aussi _la rue des Cocus_.»

(Edit. in-12, t. 9, p. 146.) On la surnommoit encore rue

des _Mauvaises-Paroles_. V. notre édit. des _Caquets de

l'Accouchée_, p. 11.]

[Note 347: Allusion au conte du _Faiseur d'oreilles_, que

la 3e des _Cent Nouvelles nouvelles_ et le 11e des Contes

de des Périers avoient popularisé bien avant La Fontaine.]

[Note 348: Sur les indemnités que le père supposé de

l'enfant devoit payer à la servante engrossée, V. notre t.

1, p. 319-320, note.]

Cela n'est pourtant pas si esloigné de la raison qu'une autre action

d'un petit procureur crotté qui fait donner assez souvent un plat

de lentilles fricassées avec du vinaigre et le beurre resté d'un

plat de morue qu'il avoit mangé à son disner à deux clercs qui ne

manquent aucunement d'appetit, s'emancipans fort peu de visiter le

cabaret, et, en consequence d'un si bon repas, sans aucun relasche,

non pas seulement d'excrementer à loisir, les faict travailler toute

la nuict, tesmoing ces paroles addressées à un qui y avoit esté

trop longtemps à sa fantaisie: «Vous ne devriez pas revenir de ce

privé! J'ay grossoyé la moitié d'un inventaire sur un defaut depuis

que vous y estes. Il faut mettre au net les contredits d'un tel: je

veux les faire offrir demain en baillant.--Monsieur, respondit le

clerc, _ad impossibile nemo obligatur_. Il entend bien le latin,

et ne chante qu'en françois: il est neuf heures sonnées, les

contredits contiennent huict rooles de minute bien pressez: quand j'y

travaillerois toute la nuict, je n'en pourrois pas venir à bout.--Mon

amy, dit le maistre, au bout de l'ausne faudra le drap. Travaillez

tousjours et ne perdez point de temps. Si vous n'aviez pas yvrongné

tout le long du jour (le pauvre garçon n'y avoit point songé),

vous ne concluriez comme vous faictes à aller bien tost coucher.

Estes-vous plus grand seigneur que moy? Avant qu'estre parvenu à ma

charge, j'en ay bien faict d'autres! Ignorez-vous qu'au temps où nous

sommes on n'a point de bien sans mal?»

Je ne vous diray pas quelle fut la suitte de l'action, car sur

ces entre-faicts mon somme se termina: c'estoit sur le poinct que

l'Aurore s'ennuyoit de son decrepité jaloux. Lors le procureur que

j'avois quitté le soir, esveillé aussi matin qu'il s'estoit couché

tard, commença à crier: «Holà! ho! n'avez-vous pas encor assez dormy?

Je vay vous faire porter un bouillon.--Vous me feriez grand plaisir,

dy-je à basse voix; cela referoit un peu ma cervelle, qui a esté

ceste nuict excessivement travaillée en la consideration des actions

de vos confrères.»

Cest importun crieur, reyterant cest Holà! diverses fois, me

contraignit contre mon gré à lever ma teste de dessus le chevet,

non pas sans incommoder la profondité de ma pensée, en laquelle

repassoient les considerations sus dictes. Je m'habillay, faisant

le sault de l'Allemand, du lict à la table, car j'avois reservé

la veille quasi demy-septier de vin. Cela me rafraischit un peu.

Aussitost je descends en l'estude, non pas sans m'imaginer qu'il y

avoit quelque similitude de cette descente avec celle d'un qui seroit

envoyé aux enfers. Je me consolay sur la consideration qu'il faut

necessairement suivre ce qui nous est prescript par le destin et les

diverses vicissitudes de la fortune.

_La plaisante nouvelle apportée sur tout ce qui se passe en la guerre

de Piedmont, avec la Harangue du capitaine Picotin[349] faicte au duc

de Savoye sur le mescontentement des soldats françois._

_A Bezié, par Claude Moret._

1615, in-8.

[Note 349: Le capitaine Picotin étoit sans doute un de ces

aventuriers qui, pendant le chômage des guerres, alloient

se mettre au service des petits Etats étrangers, notamment

à celui des princes d'Italie, et leur prêtoient leurs

secours mercenaires dans les querelles qu'ils avoient

entre eux. Ainsi, c'est en France, que l'Italie du XVIIe

siècle, bien différente de ce qu'elle étoit aux époques

antérieures, se recrutoit de _condottieri_. Les financiers

italiens, alors si nombreux à Paris, se chargeoient pour

l'ordinaire de ces embauchements. Malherbe nous parle

d'une affaire de cette espèce que le banquier Cenami, dont

il a été question dans notre tome 3, p. 174, avoit ainsi

montée pour le duc de Lucques: «Sennamy (_sic_) ayant fait

offrir à MM. de Lucques de leur mener et nourrir, durant

leur guerre contre le duc de Modène, trois cents hommes de

pied, ils lui ont donné commission.» (_Lettre_ de Malherbe

à Peiresc du 14 septembre 1613.) On finit par s'inquiéter

à la cour de ces enrôlements, qui appauvrissoient la

France de soldats. Louis XIII les défendit par les

lettres-patentes du 22 septembre 1614, que nous avons

déjà citées (t. 5, p. 217). C'est avant cette date que le

capitaine Picotin avoit dû servir le duc de Savoie. Tout me

donne à penser, en effet, que l'expédition pour laquelle il

lui avoit mené sa compagnie est celle du Montferrat et de

Mantoue, vers le milieu de 1613. Malherbe, dans sa _lettre_

du 4 juin, appelle cette guerre «la chaleur du foie de M.

de Savoie», sans doute parcequ'il s'y étoit jeté en affamé

qui va tout dévorer; mais, la France, l'Espagne et les

Vénitiens s'étant mis de la partie, il fallut bien qu'il se

calmât et fît la paix. Le renvoi des compagnies mercenaires

dut suivre de près. De là la plainte du capitaine Picotin.]

Çà, çà, çà, où sont-ils? A la guerre! à la guerre! Me voicy tout

prest à bien faire. A quoy tient-il qu'on ne m'employe? Vite, vite,

Picotin meurt de faim! une bonne table, une bonne cuisine! Qu'on se

depesche! j'ay plus d'envie d'escrimer des dentz que de jouer de

la picque. Mais quoy! j'ay beau dire, pour tout cela point de table

mise, point de cuysine qui fume, personne ne rinse des verres, point

de flascon, point de bouteille, rien; je ne vois que la campagne,

et me faut paistre de boire la poussière. Ha! pauvre Picotin, quand

j'estois ché le bon homme[350], je faisois chère de cavaliers, je me

faisois traicter en marchand et payois en soldat; et maintenant je ne

treuve pas d'eau fresche pour me gargariser la dent!

[Note 350: Le paysan. V. plus haut, p. 53, note, et, sur

les ravages des soldats dans les campagnes, notre t. 5, p.

215, note.]

A! ventre sus ventre! tue! tue! tue! L'ennemy, voyant mes moustaches

relevez, fuira devant moy. _Guara, guara gli signor Picotin!_ Tu

seras maistre de Milan, tu mesureras le velours à la picque. Çà, qui

en veut achepter? Envoyez-moy des marchands, j'en feray bon marché.

Toutes les villes seront à toy, te voilà maistre du païs. Ha! les

belles _signore_ qui seront à ton commandement! A la guerre, à la

guerre, Picotin!

Mais je pensois puis après d'autre sorte. Où vas-tu, Picotin? Tu t'en

vas à la guerre, tu n'as point d'argent, on n'en reçoit point: comme

feras-tu pour t'entretenir et tes compaignons? Faudra se curer les

dents à la napolitaine: un peu de pain seulement, et bien souvent

point; tes souliers finis, faut marcher sur la chrestienté[351].

Nuict et jour, couché sus la dure, à la pluye, aux vents, aux orages,

l'ennemy en teste, il se faut battre; on tue, on estropie, l'on ne

regarde à qui l'on donne, l'on ne prefère personne. Que diable est

cela? Alte, alte, Picotin! je me donne à cinq cens mil pistoles des

plus belles et pesantes qui soient dans le Curial[352] de Madrid si

je vas à la guerre!

[Note 351: C'est-à-dire sans semelle aux souliers, et par

conséquent nu-pieds, comme les premiers chrétiens.]

[Note 352: L'Escurial.]

Mais quoy! capitaine Picotin, tu as esté tousjours si vaillant,

jamais il ne t'a manqué de valeur, et maintenant que le grand

Turc veut attaquer les Maltois[353], perdras-tu courage? Nenny,

nenny. Où sont-ilz? Vitte une croix de Malte, un vaisseau prest,

que je m'embarque; despechons vitte: en trois coups à Malte, à

l'armée contre le Turc; prenons Tripoly, allons vite assieger

Constantinople[354]. Il est nostre. Courage! Rends toy, grand Turc!

Je le tiens prisonnier, prisonnier! Il est à moy. Donne-moy ton

cimeterre. Ha! le vilain! comme il pu! Il a chié en ses chausses de

la peur. Teste de Mahom! comme ces diables de Turcs fuyent! J'en veux

aujourd'huy plus tuer que jamais ne fit Oger le Dannois. Petardons le

serail, allons viste prendre ces sultannes. A la guerre, à la guerre!

Vive le capitaine Picotin, par mer et par terre!

[Note 353: Ces projets d'expédition du sultan Achmet 1er

contre Malte n'eurent pas de suite.]

[Note 354: Toute expédition contre le Turc étoit très

populaire en France; V. t. 5, p. 212. A la fin du règne

de Louis XIII, ce fut un empressement général pour aller

au secours de Candie, assiégée par l'armée ottomane.

La chanson _Allons à Candie, allons_, couroit partout.

Annibal Gantez, à qui Louis XIII avoit commandé une messe,

ne manqua pas de faire chanter son _Kyrie eleison_ sur

l'air de la belliqueuse chanson. Il étoit sûr d'être ainsi

populaire et à la mode du premier coup.]

Ha! Picotin, où veux-tu aller? Ce n'est pas peu de faict de

t'embarquer. La mer a des grosses ondes: si une fois tu estois

enveloppé là dedans, il y a des poissons qui t'avalleroyent en

un mourceau, et te faudroit puis sortir par le trou du cul. Vive

ceux qui plantent des choux! ilz ont un pied en terre, et l'autre

pas guère loing[355]. Puis tu serois canonné, tu ne pourrois pas

retenir les balles de canon à ta main pour les renvoyer contre

tes ennemis, comme faisoit Gargantua, qui pour une nuict, ayant eu

tout le jour la teste pesante[356], treuva plus de dix mil grosses

balles d'artillerie dans ses cheveux. J'aymerois mieux faire comme

Cleopatre, qu'en se pignant tumboit des grosses perles precieuses,

qu'elle faisoit puis disoudre pour festoyer ce pauvre abusé de

Marc Antoine; puis tant d'incommodité, boire d'eau sale, manger le

biscuit, et bienheureux quelquefois qui en peut avoir; à la mercy

des vents et de l'eau, tous les jours et nuicts en crainte d'estre

attaquez de l'ennemy, qui sont gens rudes et infidelles. Ha! pauvre

Picotin, s'ilz te tenoient, ilz t'enchaîneroient, ilz te feroient

couper les couilles; ilz auroient autant de regretz de toy comme un

laquay d'un pety paté. Je n'en suis pas; non, non, je n'en suis pas.

Je vous rends vostre croix; je vous remercie, je ne veux pas estre

chevallier par eau: je vas planter des choux. _A Dio siaz._ Je me

donne à autant de doubles sequins comme il y a de grains de moutarde

dans un boisseau si j'y vas.

[Note 355: «O que trois et quatre fois heureulx sont ceulx

qui plantent choulx!... car ils en ont toujours en terre

ung pied; l'aultre n'en est pas loing.» (_Pantagruel_, liv.

4, ch. 18.)]

[Note 356: _Gargantua_, chap. 37, _Comment Gargantua, soy

peignant, faisoit tomber de ses cheveulx des boulets

d'artillerie_.]

* * * * *

_Harangue._

Voicy la troisième fois, prince très illustre, qu'ayant appellé à

vostre ayde le peuple courageux de France, vous l'avez congedié

à mains vuides: sy bien qu'à ce coup la pluspart de ces vaillans

capitaines et soldats qui, soubs l'ombre de voz banières, avoient

esperance de desnicher le superbe Espagnol de la Lombardie, se voyent

frustrez de leur attente; et moy entre tous les autres ay sujet d'un

extrême mescontentement, me voyant avoir employé tout mon peu de

pouvoir pour m'acquerir quelque petit coing en voz graces, me vois

à ceste heure reduit au petit point, l'escarcelle vuide d'argent,

pleine de vent; destitué de mes soldats, accompagné d'une trouppe de

chevaliers de l'hospital; bref, contraint de faire le demy-crucifix

et demander la passade aux païsans[357], desquels nous avons l'hyver

passé plaisamment plumé les poules. Ha! Picotin, quel tort fais-tu

à la France, à ta femme esplorée, à tes pauvres enfans! Que Vostre

Altesse regarde à ma pauvre famille, laquelle j'ay reduit à la

besace, ayant vendu tout autant de moyens qui me restoyent en fonds

pour m'equipper, soubs le pretexte de vostre service et l'asseurance

que j'avois de ne m'en retourner si à la legère et si peu chargé

des ducatons et soyes milanoises. Quittez, quittez, pauvres enfans

de Picotin, les pretentions que vous aviez de vous voir un jour fils

d'un mareschal de France, aggrandi par sa valeur martiale; allez,

allez, contentez-vous d'estre nez d'un serrurier ou crocheteur;

contentez-vous au son d'une lime sourde, non au bruyant fanfare de la

trompette; contentez-vous au battement des marteaux sur l'enclume,

non au tonnerre impetueux du canon. Mais quoy! grand prince, vostre

courage, qui ne s'est jamais mesuré en aucune de voz actions, se

laira-il maintenant r'accourcir et regler à l'aulne d'un bruit

vulgaire qui court parmy la France? Vrayement, j'ay appris qu'il se

dit coustumierement que vous estes fort charitable d'avoir en ceste

dernière guerre piedmontoise fait quasi autant d'hospitaux que de

capitaines françois ont suyvi voz estendards. Mais quelle charité,

faire des hospitaux sans les arrenter! Ce n'est pas tout: l'opinion

que nous avons conceu en general du peu d'estime qu'avez faict de noz

troupes, les ayant exposées à la furie de l'ennemy, a esté l'alumette

qui a mis le feu de mescontentement dans noz testes, qui en fument

encores; et prenez-vous garde que de ce feu ne naisse un embrasement

dans vostre estat que vous ne pourriez jamais esteindre avec toute

l'eau de l'Ocean, si ce n'est avec le payement et les gages deu à noz

compagnies. Qui ne croira à ceste heure que la fin de voz intentions

ne visoit à rien autre sinon à espuiser nostre France de gens-d'armes

pour en faire une boucherie, et vous en descharger par les mains de

voz adversaires? Pensiez-vous desarmer notre jeune monarque, affin

de l'exposer aux hostilitez estrangères? Non, vous ne rayerez jamais

du livre de la memoire publique ceste croyance, que vous avez trop

bien imprimée par les charactères sanglans de la deffaicte de huict

cens de noz compatriotes, les marques d'une infidelité que nous

pretendons sur Vostre Altesse, croyant que de guet-à-pand vous nous

avez vendu à l'ennemy. Sera-il dit, le permettrez-vous, illustrissime

seigneur, que la recompense de tant de genereux guerriers qui se

sont employez, au prix de leur vie, à la defence de vostre estat,

soit le seul mescontentement qu'ils remportent en leurs maisons?

Ce leur est oster l'esperance de jamais aller en vostre service,

les faire abhorrer ce brave desir qu'ils avoient de planter voz

armes victorieuses dans la citadelle de Milan, et vous rendre

reellement possesseur de voz pretentions. Somme toute, ce sera nous

coupper chemin de vous aller jamais favoriser par le port des armes

françoises, et à Vostre Altesse la voye de jamais passer à Milan.

[Note 357: C'est-à-dire tendre une main pour demander

l'aumône.]

_Le Carquois satyrique, par Antoine Gaigneu, Foresien_[358].

Ridendo dicere verum quis vetat?

[Note 358: Il n'est fait mention de ce poète que dans

le curieux ouvrage de M. Aug. Bernard, _Les d'Urfé_,

1839, in-8, p. 113. Il y est nommé Gagnieu. M. Bernard

le cite comme figurant au nombre des Forésiens qui ont

fait précéder de quelques petites pièces louangeuse les

volume manuscrit d'Anne d'Urfé que possède la Bibliothèque

Impériale (_Suppl. franç._, nº 183). Gagnieu, selon M.

Bernard, étoit sans doute l'avocat du Roi «qui figura dans

le conseil _anti-nemouriste_ tenu à Montbrison en décembre

1592, chez Louis Berthaud. Son sonnet autographe se trouve

aussi dans le gros volume manuscrit d'Anne.»]

* * * * *

_A Monsieur Jean-Baptiste Palleron, Lyonnois._

Monsieur,

L'asseurance que j'ay en vostre amitié et courtoisie me faict esperer

que vous agreerez ces gaillardes poesies. Je les vous offre, comme à

celuy qui a toujours favorablement oeilladé tout ce qui est provenu

de ma muse. Outre que vous estes tellement ennemy de la melancolie

que ce Carquois ne vous peut estre desplaisant et ennuyeux, vous

pourrez voir et visiter toutes les flesches et traicts qui sont dans

iceluy en peu de temps. Ce peu de temps me fera beaucoup d'honneur

et de faveur, principalement si, le bien-heurant[359] d'une benigne

reception, vous me permettez de me publier à jamais,

Monsieur,

Vostre très humble et très affectionné serviteur.

GAIGNEU.

[Note 359: Le favorisant. C'est le participe du verbe

_bien-heurer_, qui se prenoit souvent dans le sens

de favoriser, témoin ce passage d'Estienne Pasquier

(_Recherches_, liv. 4, lettre 5): «Cette dame Raison, dont

Dieu a voulu _bien heurer_ les hommes.»]

* * * * *

_Le Carquois satyrique, contre les alchimistes et rechercheurs de

pierre philosophale._

Variétés Historiques et Littéraires (06/10) Recueil de piéces volantes rares et curieuses en prose et en vers · 第 65 / 118 题