M.DC.XXXI[216].

[Note 216: Nous ne connoissons ce livre que par

l'exemplaire qui se trouve à la bibliothèque de l'Arsenal.

Il eut pourtant deux éditions; la seconde, très augmentée,

se trouve aussi, mais sans titre, à la même bibliothèque.

Une série de _huitains_ adressés aux arquebusiers en est

la pièce la plus curieuse; elle nous a beaucoup servi pour

l'annotation des _quatrains_ que nous donnons ici.]

* * * * *

_A l'Occasion._

Occasion, qu'à moy t'es souvent presentée,

Lorsque, pour mon malheur, ne t'ayant souhaittée,

Jeune, je ne daignois de te prendre aux cheveux;

Ores que je suis vieil et que je te souhaitte,

Si jamais tu reviens t'offrir dans ma logette,

A tes offres soudain j'attacheray mes voeux.

Le deplaisir que j'ay de t'avoir meprisée

Au temps que ma besongne estoit des grands prisée,

Et que tu me voulois mettre à Fontainebleau[217],

M'est si grand que depuis, pour marque de ma faute,

Au bourg où je me tien, j'ay dans ma chambre haute

Dudit Fontainebleau l'admirable tableau.

Enfin je pouvois estre, exempt des fascheries,

Dans ce Fontainebleau ou dans les Galeries

Où maints artisans sont au service des rois.

Mais j'ay beau regretter Fontainebleau, le Louvre,

Le temps qui est perdu jamais ne se recouvre,

Ny l'homme ne peut estre au monde qu'une fois.

[Note 217: L'arsenal particulier du roi étoit à

Fontainebleau, dans la partie du château qu'on appeloit le

_pavillon des armes_. Une des chambres de ce pavillon avoit

servi de prison au maréchal de Biron.]

_A la Fortune._

Fortune, qui conduis sur la terre et sur l'onde

En diverses façons la brigade du monde,

Fay que ce petit livre, où je suis esperdu,

Pour ne l'avoir sceu faire, en ce temps où nous sommes,

Digne de voir le jour, ny d'estre veu des hommes

Ne soit des mesdisans ny pincé, ny mordu.

De plus, fais, s'il te plaist, que ce petit volume,

Au sortir de ma forge, où le charbon s'allume,

Ne s'aille mettre au jour sans guide et sans support:

Car, s'il est attaqué de quelque Menippée,

Un coup de langue est pire qu'un coup d'espée,

Ou fais à tout le moins qu'il prenne un passeport.

Toy donc que je reclame, ô Fortune perverse!

Qui eslève les uns et les autres renverse

Dans les malheurs du monde où le destin nous met,

Ne me sois point contraire, ains conduis mon envie;

Mais quoy! tu ne peus rien en ceste humaine vie,

Ny le destin non plus, si Dieu ne le permet.

_Au Bonheur._

Bonheur, qui peux beaucoup et qui n'as rien d'injuste,

Qui conduis les desseins de nostre grand Auguste,

Sous le vouloir de Dieu et de Sa Majesté,

Je te prie et conjure, au nom de ce monarque,

De vouloir empescher que d'aucun aristarque

Ce petit avorton ne soit trop molesté.

_Au mesme._

La chauve Occasion[218], qui va sur une boule,

Ny la Fortune aussi, qu'entre le peuple roule,

Ne sont pas tant que toy en ce bas univers.

Parquoy, de tout mon coeur, je te supplie encore,

O souverain Bonheur, que j'aime et que j'honore!

D'estre le sauf-conduit de moy et de mes vers.

[Note 218: Pour comprendre cette épithète de _chauve_ qu'il

donne à l'Occasion, après avoir dit tout à l'heure qu'il

eût dû la prendre aux cheveux, il faut se souvenir d'une

épigramme célèbre de l'Anthologie sur une statue de cette

déesse la représentant avec une longue chevelure sur le

devant de la tête et aucun cheveu par derrière.]

_Aux Censeurs._

Censeurs que je redoute, et non sans apparence,

Attendu qu'en mes vers on ne voit qu'ignorance

Et que confusion;

Traitez-moy doucement en ceste poesie,

Et je me souviendray de vostre courtoisie

En toute occasion.

_Aux Lecteurs._

Lecteurs, qui ne sçavez d'où ny de quelle marque

Est celuy qui dedie à nostre grand monarque

Des quatrains si mal faits,

C'est un pauvre artisan, Auvergnat de naissance,

Lequel par ses escrits vous donne cognoissance

De ses petits effects.

* * * * *

_Quatrains au Roy._

Grand roy, dont le renom sur la terre et sur l'onde

Vole et fait oublier les hauts faits des Romains,

En vous offrant les voeux du moindre ouvrier du monde,

Je vous offre humblement de l'oeuvre de ses mains.

Ce n'est pas de ceste oeuvre, où l'art du lapidaire

Paroist riche, esclatant sur l'or jaune bruny,

Ains c'est une harquebuse au mieux que j'ay sceu faire,

Ensemble un pistolet leger et tout uny[219].

Et si le beau n'y est, ainsi qu'il devoit estre,

A tout le moins le bon n'en est point separé.

L'enrichisseure au fust[220] ne sert rien qu'à paroistre,

Et le fer bien trempé ne doit estre doré.

La bonté plus que l'or est aux armes requise.

En celles dont le beau tient la place du bon,

L'utile y cède au fard, et Mars aussi ne prise

Les armes riches d'or qu'au croc de la maison.

Donc, pour sçavoir connoistre et conserver durables

Toutes armes à feu en leur lustre et bonté,

En voicy, ô grand roy! des advis convenables

A qui les portera pour Vostre Majesté.

On trouve assez souvent longs, legers et sans jointe,

Des canons beaux du tout, qui sont rudes et faux;

Mais à les voir dedans, du gros jusqu'à la pointe,

On peut, quand ils sont neufs, connoistre les defauts.

Car, si dans un canon la lueur n'est esgalle,

C'est que le trou serpente ou qu'il n'est point pareil,

Et ce trou fait ainsi, ne portant droit la balle,

Se cognoist mieux de l'oeil à l'ombre qu'au soleil,

Non de près, mais de loin, un gros calibre escarte;

Un moyen porte mieux le menu plomb serré;

Pour tirer d'une balle au blanc dans une carte,

Le plus petit calibre est le plus asseuré.

Bref, un canon bien fait, gros de moyenne sorte,

De peu de poudre il tire au loin, droit, fort et franc;

Le trop gros n'est si doux, ny de loin droit ne porte,

Qu'à force de charger, sa grosse balle au blanc.

En limant un canon, si le fer n'y demeure

Esgal de suite en rond, il faut croire, dès lors,

Que sans le relimer, quoy qu'on fasse à toute heure,

Il sera tousjours faux en dedans ou dehors.

Et, bien qu'il soit dehors droit et droit de calibre,

Si le trop gros derrière au devant vise bas,

Ou quand le mouvement du rouet[221] n'est pas libre,

L'un fait tirer trop haut, l'autre trembler le bras.

Enfin, si le calibre au dessus ne s'accorde,

Cela fait un canon injuste et repousser.

Un bon canon doit estre aussi droit qu'une corde

Et d'un fer non cassant, ny sujet à fausser.

Le fer trop aigre aussi en rouets rouille et casse;

Le trop doux est trop foible et ne trempe assez dur;

L'entre-deux est meilleur pour la guerre et la chasse,

Mais un rouet leger doit estre d'acier pur[222].

Aussi n'estimant point, pour servir d'ordinaire,

Un pistolet de fer s'il n'est un peu grossier,

Lorsque j'en promets un et que je le dois faire

Leger, durable et bon, je le fay tout d'acier.

L'acier en tout ouvrage a beaucoup plus de force

Et d'esclat que le fer, quand il est bien poly;

Un canon de trois pieds, leger comme une escorce

En seroit du tout bon et grandement joly[223].

Il est vray qu'il seroit en beaucoup plus de peine,

Beaucoup plus qu'un de fer difficile à forger,

Mais qu'il seroit aussi fait en si longue haleine

Beaucoup plus fort qu'un autre et beaucoup plus leger.

De tels canons Bellone est encor despourveue,

Et pour en faire voir j'en ferois volontiers;

Mais je suis devenu si foible et court de veue

Que je me juge impropre à tous rudes mestiers.

Pour de petits et forts et legers tout ensemble,

A moins de peine et frais j'en fay bien quelques uns

En des pistolets plains, qui seront, ce me semble,

Au service de Mars, meilleurs que les communs.

En après, pour monter ces canons que j'approuve,

A rouets ou fusils[224], suivant ma reigle icy,

Un cormier rouge et dur est le bois que je trouve

A monter le plus beau et le meilleur aussi[225].

Mais de polir ce bois et luy donner un lustre

De vernis sans vernis, il n'appartient à ceux

Dont le trop peu de peine est l'arrest qui les frustre

D'un art qui ne s'aprend au train des paresseux.

La polisseure au fer est aussi mal aisée:

D'un bon estaim bruslé il faut tirer le fin,

Et de la mesme poudre en eau douce infusée

Aux armes polies blanc on donne une autre fin.

Pour faire ceste poudre, en voicy ma coustume:

Ayant mis dans un pot l'estaim sur le brasier,

En l'escumant, l'escume en cendre se consume,

Et dans l'eau trouble après j'en oste le grossier.

Et puis, pour en polir d'un plomb fait en platine

L'acier et fer trempé, il n'y faut rien d'huilé,

Ains faut estre plus propre en ceste poudre fine

Qu'en l'esmery, qu'on passe avant l'estain bruslé.

De plus, il faut du temps et de la patience

A polir un rouet quand il est trop ouvré,

Et ce trop sans besoin (pour dire en conscience)

Fait perdre un temps qu'après n'est jamais recouvré.

Soit de fer ou d'acier, une oeuvre toute unie

Se polit mieux qu'une autre, et ne couste pas tant:

Un pistolet tout plain, dans une compagnie,

Est commode et durable en son lustre esclattant.

Il se peut faire aussi des pistolets de chasse

Qui de cinquante pas porteront comme il faut

La dragée[226] serrée au bout de ceste espace;

Mais trop de poudre escarte et fait tirer trop haut.

Dans un pistolet neuf sur tout je recommande

D'y mettre après la balle un bouchon fort à plain,

Afin qu'en le portant la balle ne descende,

Et, le voulant tirer, qu'il ne crève en la main.

Car, si dans un canon le plomb ne joint la poudre,

Il faut de la baguette en haut le repousser,

Et qui ne le fait pas ce canon est un foudre

Que la charge, en tirant, fait crever ou bosser.

Voilà donc pour garder qu'un pistolet ne crève,

Et, pour chasser la rouille et le tenir bien net,

Il faut l'huiller par fois, autant en bruit qu'en trefve,

Et le frotter souvent d'un linge blanc et sec.

L'haleine et le serain, les mains chaudes suantes,

Sans linge pour torcher ce que l'on voit paslir,

Font ternir et rouiller les armes reluisantes,

Et où la rouille grave il faut tout repolir.

Il est fort convenable à un brave courage

D'avoir des pistolets qui soient faits en amy;

Mais tel pense en porter d'assez bons pour l'usage

Qu'à faute d'entretien ne le sont qu'à demy.

Et, pour ne rien celer en ce discours des armes,

Parlant des pistolets, je diray nettement

Que je suis estonné qu'en ce temps plein d'alarmes

L'usage des fuzils s'y voit aucunement.

Car, tant que la guerre est, je ne puis me resoudre

A faire des fuzils que pour le cabinet.

Le feu s'y fait trop haut au dessus de la poudre,

Et s'escarte en tombant autour du bassinet.

En outre ce deffaut, un autre est au couvercle

Qui ne s'ouvre en haussant qu'après le coup du chien;

Ce coup faisant le feu, ce feu trouve un obstacle

Qui l'empesche d'entrer où la poudre se tient.

Et neantmoins, au temps d'une paix asseurée,

Pour la chasse, en tous lieux unis et raboteux,

Les fuzils sont aisez et de longue durée;

Mais au besoin de Mars ils sont un peu douteux[227].

A ces fuzils nouveaux il y faut une pierre

Mince et large, à l'esgal de la pièce devant,

Et, selon qu'elle s'use (ouvrant ce qui la serre),

Il en faut mettre une autre, ou la tourner souvent.

Les fuzils à l'antique, estant de bonne force,

Le bassinet s'ouvrant à temps et par ressort,

Semblent estre meilleurs, d'autant que sur l'amorce

Le coup du feu s'y fait plus à plomb et plus fort.

Mais le plus asseuré, et où le plus j'acquiesce,

C'est quand le bassinet est libre au coup de feu,

Et que ce coup bas n'hausse, ains pousse l'avant-pièce.

Le feu s'y fait plus bas, et bas s'escarte peu.

De plus, quand d'un fuzil la desserre est mouvente

Où le coq se repose[228], et non au plus haut point,

En y portant le doigt ce mouvement contente,

Et sans bander plus haut le coq ne bouge point.

Or, vous en offrant un de ceste mesme mode,

Qui est la moins sujette aux fascheux manquemens,

Si Vostre Majesté la trouve assez commode,

Je suis prest d'obeyr à ses commandemens.

Je suis tousjours esté d'une humeur si craintive,

Si pauvre et si grossier et si peu demandé,

Que je n'ose entreprendre en ceste vie active

De travailler pour vous sans estre commandé.

D'ailleurs, j'ay ouy dire, ô prince magnanime!

Qu'on avoit fait entendre à Vostre Majesté

Que mon pauvre oeuvre est mieux pour un pusillanime

Que pour un qui s'en sert quand Mars est irrité.

Que cela soit ou non, je ne sçaurois qu'y faire:

Le meilleur, en tous cas, c'est de patienter.

Si ores la Fortune est à mes voeux contraire,

Le temps la peut changer sans m'y violenter.

Ainsi, avec le temps, qui tout change et rechange,

Je pourray voir changer la fausse opinion

Que l'envie a craché sur un peu de louange

Que j'ay dans l'arsenal du frère d'Enyon[229].

Toutesfois, s'il falloit me tenir d'ordinaire

A Paris, pour cela je n'y durerois pas:

Un triste mal, causé d'humeur atrabilaire,

Me fait hayr le bruit du monde et ses appas.

Mesme sur le declin de ma penible vie,

Où, me voyant fort pauvre et de vivre ennuyé,

Je crains plus les mocqeurs que je ne crains l'envie:

Car qui n'excelle en rien n'est de rien envié.

De plus, j'ay tant d'enfans qu'il me seroit estrange

De les conduire au loin ou d'en estre à l'escart,

Ny n'espère, où que j'aille, aucun gain ny louange,

Estant le plus grossier de tous ceux de mon art.

Aussi, pour m'excuser, si l'on me veut reprendre

En ce petit discours trop rude et mal troussé,

Je dis qu'un artisan ne se peut faire entendre

Par les mots de son art sans estre un peu forcé.

Moy donc, le moindre en l'art des faiseurs d'harquebuzes,

Et le moins entendu pour parler à un roy,

Doublement importun, à la porte des Muses

J'ay mandié ces vers, qui parleront pour moy,

Ce ne sont point des vers des savantes estudes:

Onc je n'y ay passé un seul jour de mes ans;

Ils ont esté cueillis ès rudes solitudes

Où je roule ma vie au train des païsans.

Ce ne sont point aussi d'une plume subtile

Les beaux traits ny l'emprunt d'un langage affetté;

Ains c'est du fruict forcé de ma veine infertile

Qu'indiscret je dedie à Votre Majesté.

Et, si vous acceptez mon bien peu d'industrie,

Selon ce que j'en ose icy mettre en avant,

Sans me faire quitter tout à fait ma patrie,

Vous ne lairrez d'en voir les effets bien souvent.

J'envie tant l'honneur de vous rendre service,

Que quand je n'en aurois que l'envie tousjours,

Ceste envie me semble à devider propice

Sous vostre règne heureux le reste de mes jours.

Faites-m'en donc donner (ô très puissant monarque!)

La charge et le moyen convenable au projet,

Et je seray tant mieux, jusqu'où ma fin se marque,

De Vostre Majesté le très humble sujet.

[Note 219: Ces armes que Poumerol offre ici au roi n'ont

pas été conservées, que je sache. Je ne connois comme ayant

pu appartenir à Louis XIII qu'un mousquet à mèche à double

détente, ayant sur la plaque de couche les armes de France

et de Navarre; puis un autre portant la date de 1627, avec

le nom de _Jean Simonin, à Lunéville_; enfin un autre

encore, daté de 1616, signé sur le canon: _D. Jumeau._ Ce

Jumeau est le même que nous avons trouvé dans la pièce du

_Feu royal_, avec le titre d'_arquebusier ordinaire de Sa

Majesté_. (V. plus haut, p. 13 et suiv.)]

[Note 220: C'est-à-dire sur le bois (_fustis_), sur

l'_affût_. Le mousquet de Jean Simonin, de Lunéville, dont

il est parlé dans la note précédente, porte ainsi sur le

bois des ornements sculptés d'un beau travail.]

[Note 221: Les arquebuses à rouet avoient succédé aux

arquebuses à mèche. Leur mécanisme étoit le plus parfait

qu'on eût encore trouvé pour la batterie des armes à feu.

Il consistoit en une roue d'acier placée à la culasse de

l'arquebuse ou du mousquet, et qui, mise en mouvement par

la détente d'un ressort, alloit dans sa rotation frapper à

coups redoublés sur une platine à silex.]

[Note 222: Dans les huitains qui se trouvent dans la

seconde édition de ses poésies, Poumerol dit, entre autres

choses, à ses confrères les arquebusiers:

Je leur conseille aussi d'user

De fer d'Espagne en leur boutique,

Afin de ne point abuser

De leur art ni de leur pratique.

Le bon fer et le bon charbon,

L'acier, le soin, l'expérience

Et de l'ouvrier la patience,

Est ce qui rend l'ouvrage bon.]

[Note 223: Il dit encore dans ses huitains:

Un bon acier entre deux fers,

Comme le bois dans son escorce,

Soudé par des maistres experts,

Augmente d'un canon la force.]

[Note 224: C'est vers 1630 seulement qu'on avoit substitué

au mouvement du rouet contre la platine à silex le simple

choc de la pierre à feu ou _fusil_: de là le nom nouveau

de ces sortes de mousquets. Les vers de Poumerol sont de

1631: il y parle donc d'une chose toute récente. Aussi,

plus loin, les appellera-t-il ces _fusils nouveaux_. (V.

Marolle, _la Chasse au fusil_, 1788, p. 47.)]

[Note 225: Il dit dans ses huitains:

En outre, pour estre subtils

A couper le bois des montures,

Il faut avoir de bons outils

Pour en bien faire les jointures,

Et que tous les fers agencez

Dans du cormier rouge et durable

Soient d'un lustre presque semblable

A des diamans enchassez.]

[Note 226: C'étoit le petit plomb avec lequel on tiroit sur

le menu gibier.]

[Note 227: Dans l'armée, on étoit de l'avis de Poumerol:

aussi fut-on long-temps avant d'y admettre le fusil. C'est

en 1670 seulement qu'on l'adopta comme arme de guerre,

après lui avoir fait subir quelques modifications réglées

par l'ordonnance du 6 février de cette année-là, et qui ont

rendu son mécanisme à peu près semblable, sauf la légèreté,

à celui qui est encore en usage. L'année suivante fut créé

le régiment des _fusiliers_, qui devoit son nom à l'arme

spéciale dont chaque homme étoit muni. En 1692, l'usage

s'en étendit à tous les régiments. L'ordonnance du 12

décembre détermina le nombre d'hommes qui en porteroient

dans chaque compagnie. Malheureusement, c'étoit un nombre

très restreint; il n'y en avoit que quatre pour les

compagnies ordinaires et dix pour celles des gardes. Les

autres avoient le mousquet à rouet ou la pique. En 1703,

rien n'étoit changé; Villars se plaignoit encore de ce

qu'il y eût dans son armée trop peu d'hommes armés de

fusils; le tiers des bataillons en manquoit alors. «Au

siége de Kehl, écrit-il à Chamillart, ceux qui descendoient

la tranchée étoient obligés d'en laisser la plus grande

partie pour ceux qui la montoient.» (_Mémoires de Villars_,

Collect. Michaud et Poujoulat, p. 199.)]

[Note 228: A cette époque, la batterie étoit souvent

ciselée, soit en forme de _coq_ tenant la pierre dans son

bec, soit en forme de _chien_ la tenant dans la gueule; les

deux mots, employés tous deux par notre poète, sont donc

identiques. La dernière de ces deux représentations, qui

offroit plus de garantie de force, ayant été employée plus

souvent, le mot de _chien_ survécut à celui du _coq_, et on

sait qu'il est encore en usage, malgré l'abandon de toute

figure.]

[Note 229: C'est-à-dire Mars. _Enyo_ est le nom grec de

Bellone.]

* * * * *

_A tous en general._

Mars estoit sans second en toutes ses batailles;

Il ne pouvoit forcer les coeurs ny les murailles

Des huguenots mutins, et n'eust pas eu du bon

Sans Louys de Bourbon.

Ce Louys est un roy des plus grands de la terre;

Il tient de Jupiter le sceptre et le tonnerre,

Et fait trembler de peur plus de quatre fois l'an

Pampelone et Milan.

La ville qu'autresfois s'est montrée imprenable,

Aux forces de ce roy n'a pas esté tenable,

Ny tant d'autres encor qui l'avoient dedaigné

N'y ont guères gaigné.

L'estranger qui menace et qui n'ose paroistre

Au front de son envie, a bien sceu recognoistre

Que la France a un roy qui, comme les Cesars,

Ne craint point les hasards.

Vous donc tous qui devez en chacune province

Servir fidellement vostre souverain prince,

Gardez-vous desormais de faire aucun faux bon

A Louys de Bourbon.

* * * * *

_A Monsieur le duc d'Orléans, frère unique du roy, par François

Poumerol, son arquebusier._

Monseigneur, je vous offre et vous supplie prendre

En vostre sauf-conduit

Ce discours qui mal fait va faire honteux reprendre

Celuy qui l'a produit.

Toutesfois, si vous seul, à qui seul je l'adresse,

Le prenez sans desdain,

Il aura moins de crainte et moy plus de hardiesse

En ce destroit mondain.

Ce n'est pas que je veuille en mon art mechanique

Estre cogneu de tous,

Car je le suis assez de ce qu'en ma boutique

Je travaille pour vous.

Aussi, recognoissant ceste faveur bien grande

Et ce qui est de moy,

Je n'ose pas respondre alors qu'on me demande

De qui j'ay de l'employ.

Neantmoins, desirant de ne me plus sousmettre

Qu'à vostre volonté,

Dans cet avant-propos j'ay hasardé de mettre

L'entière vérité;

Et pour ma sauvegarde en ce que je m'expose

A la veue d'autruy,

Excusez (s'il vous plaist) si trop effronté j'ose

Souhaitter vostre appuy:

Car ce discours, estant parmy la populace

De grace despourveu,

Marchant soubs vostre adveu (qui toute crainte efface)

En sera bien mieux veu.

Veuillez donc, Monseigneur, avoir pour agreable

Ce petit offre icy,

Et pour vostre service, où j'en seray capable,

Veuillez-moy prendre aussi;

Et, bien que je demeure en faisant mon ouvrage

Où l'on ne vous peut voir,

Tout ce que j'ay et tiens de ce monde en usage

Est en vostre pouvoir.

Quand à ma pauvre vie, et qui m'a fait aprendre

L'art que je fais depuis,

Voicy ce qui en est: Dès ma jeunesse tendre

Jusqu'à l'aage où je suis,

Lorsque je fus porté à l'église romaine,

Tout pauvre que j'estois,

Monsieur de Beauvergier y fut et print la peine

De me nommer François.

Depuis, venant à croistre et mon pauvre père estre

Chargé de huict enfans,

Ce bon seigneur me print et me mit soubs un maistre

A l'aage de douze ans.

Soudain que je fus là à frapper sur l'enclume

D'un marteau rudement,

Sans m'oser plaindre j'eus de ma jeune coustume

Un rude changement.

Cela m'ennuyoit bien, mais, selon que mon aage

Et ma force augmentoit,

Toute sorte d'ennuy m'augmentoit le courage

D'aprendre comme on doit.

Je fus ainsi durant que deux ans s'escoulèrent

En esperant meilleur,

Et, au bout de ce temps, plusieurs me conseillèrent

D'aller servir ailleurs.

Suivant donc ce conseil, d'une humeur plus hardie,

Tout pauvre et sans besoing,

Je roulay quelque temps sans avoir maladie,

Ny tristesse, ny soing.

Mais le temps, qui tout change, en changeant ma jeunesse

Depuis de jour en jour,

M'a bien monstré comment la peine et la tristesse

Ne tient l'homme en sejour;

Et, pour compter mes ans, sans en vouloir rabatre

Le temps mal employé,

J'ay passé cinq fois dix; mais avant dix fois quatre

J'estois fort devoyé.

Sans voir faire j'ay fait ce qu'avant que je fusse

On faisoit rarement,

Et pour complaire aux grands j'ay fait plus que je n'eusse

L'hommage au changement.

Et, outre ce mestier, dont je gaigne ma vie

A forger et limer,

Voulant m'aprendre à lire, il me print une envie

De m'aprendre à rimer.

J'ay si souvent quitté la lime pour la rime

Et si souvent escrit,

Qu'or j'en quitte la rime à cause que la lime

Travaille moins l'esprit;

Et si j'eusse plus tost sceu qu'il m'estoit contraire

D'aimer les autres vers,

Je me fusse gardé d'entreprendre et de faire

Le moindre de ces vers.

Mais, durant que j'avois ce rompement de teste,

Où je prenois plaisir,

Je n'allois pas songer que le mal qui m'en reste

Me deust un jour saisir.

A plusieurs medecins, sans craindre la despence,

Je me suis presenté,

Et n'ai sceu recouvrer par leur experience

Ma premiere santé;

Si bien que les ennuis dont ma vie est atteinte

M'ont reduit à tel point

Que je n'en parle plus, si ce n'est par contrainte,

Lorsque le mal me poinct;

Et, comme la tourmente au marinier sur l'onde

Fait desirer le port,

Tourmenté de mes maux, je ne desire au monde

Autre ayde que la mort.

Mais, puis que Dieu retarde en ce bas precipice

De ma vie le bout,

Permettez (s'il vous plaist) qu'en vous faisant service

Je me die partout,

Monseigneur,

Vostre très humble et très obeissant harquebusier,

Variétés Historiques et Littéraires (06/10) Recueil de piéces volantes rares et curieuses en prose et en vers · 第 17 / 118 题